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ECONOMY
MEB : « On est passé d’un risque énergétique à un risque financier »
Croissance, inflation, vieillissement des populations… Le chef économiste de la Coface Jean-
Christophe Caffet a décrypté les principaux enjeux macroéconomiques à venir devant les membres
du Monaco Economic Board.
Par Milena Radoman
À quels scénarios les entrepreneurs monégasques peuvent-ils risques (politique de Chine + 1 qui ajoute un autre pays à la Chine en
s’attendre en 2024 ? Lors d’une conférence organisée en février par cas de problème). Enfin le vieillissement des populations, en particulier
le Monaco Economic Board , le chef économiste de la COFACE Jean- dans les pays développés, qui pèsera sur les finances.
*
Christophe Caffet a analysé la situation macroéconomique mondiale Pour résumer, « on va passer d’un monde globalisé à croissance forte
et exposé les tendances de fond pour les cinq à dix années à venir. avec une énergie bon marché et de l’argent facilement accessible
Si l’année 2023 s’est terminée sur une croissance mondiale de 2,6 %, à un monde plus volatile et qui se fragmente, avec une croissance
soit un demi-point de plus qu'attendu (notamment grâce aux boucliers qui, bien que plus faible, sera toujours présente », a conclu le chef
anti-inflation), l’économiste voit de nouveaux risques poindre sur le économiste de la COFACE.
court-terme. « On est passé d’un risque essentiellement énergétique
l’an dernier à un risque qui est aujourd’hui principalement financier ». *en collaboration avec Gramaglia Assurances et la Banque Populaire Méditerranée.
Et d’ajouter : « C’est paradoxalement plus rassurant car c’est quelque
chose que l’on connait mieux. »
Malgré un resserrement des taux, il n’est pas prévu de retrouver les C’est quoi un risque pays ?
conditions pre-covid. « On est revenu à des taux de l’ordre de l’avant Quelle est la liquidité et la solvabilité d’un pays ? Sa gouvernance
crise de 2008, mais avec des niveaux d’endettement public et privé est-elle bonne ou corrompue ? Ou encore quelle est l’efficacité
qui ont considérablement augmenté. » Conséquence : les conditions de ses tribunaux pour tout règlement de dettes ? Voici les
de financement resteront compliquées pour nombre d'entreprises qui questions que se pose une entreprise lorsqu’elle souhaite
connaissent de plus en plus de défaillances. investir ou exporter dans un pays. C’est pourquoi de nombreux
Pour 2024, la croissance mondiale devrait être de l’ordre de 2,2 %, organismes comme la COFACE calculent le risque pays. La
essentiellement due aux pays émergents, l’Europe poursuivant sur son COFACE, qui garantit les créances nées d’une opération de vente
rythme « mou » et les Etats-Unis, qui avaient surperformé, devraient par un exportateur français à un acheteur étranger et s’occupe
ralentir (de 2,4 % en 2023 à 1,2 % en 2024). de la couverture des risques que courent les exportateurs,
Malgré cela, Coface a relevé sa notation Risque Pays de 12 pays dont propose aujourd’hui une évaluation de 162 pays sur une échelle
6 en Europe. Sur son autre classement qui s’intéresse aux secteurs de 8 niveaux : A1, A2, A3, A4, B, C, D, E. « L’évaluation se base
d’activités au niveau mondial, Coface a relevé la note de dix-sept sur des critères macroéconomiques (risque économique
secteurs et en a abaissé cinq, traduction d’un optimisme prudent qui et social, politique, bancaire, financier, environnemental) et
fait suite aux chocs des crises récentes. microéconomiques. Notre modèle compile énormément de
données fiables (FMI, banques centrales, marchés, Banque
Volatilité mondiale) auxquelles s’ajoutent des données internes portant
Enfin pour le plus long terme, Jean-Christophe Caffet voit dans la sur l'expérience de paiement, la sinistralité des entreprises… »,
situation actuelle et à venir la fin d’un cycle de croissance forte et de explique Jean-Christophe Caffet, économiste en chef à la Coface,
faible inflation. Plusieurs défis de taille se présentent, à commencer rappelant que le réchauffement climatique est de plus en plus
par la transition énergétique « qui va coûter très cher dans un pris en compte. « Le risque environnemental prend aussi bien
environnement de taux plus élevé ». Autre tendance, la modification en compte les risques physiques (pollution, inondations…) que
des délocalisations des unités de production vers des pays « amis », les risques de transition (qualité des solutions mises en œuvre,
le « friendshoring », ou la duplication des unités pour diminuer les introductions de nouvelles régulations…). »
© MEB / Sébastien Darrasse
Conférence avec Jean-Christophe Caffet / Meeting with Jean-Christophe Caffet
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