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ECONOMY



          Nécessité d’une solidarité financière européenne

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          Des carnets de commande demeurant bien étoffés dans les entreprises, des coûts du pétrole et
          des matières premières sur le recul, une inflation désormais contenue autour de 2%, des bourses
          plutôt sereines : la rentrée économique s’annonce raisonnablement bien en Occident malgré la
          persistance des conflits au Proche Orient et entre la Russie et l’Ukraine.



          Néanmoins, les analystes et autres prévisionnistes abondent pour   n’est que très peu endettée. Il convient donc que ses membres en
          affirmer que le niveau d’endettement étatique des pays du flanc   difficulté puissent souscrire par son biais, des emprunts obligataires
          sud de l’Union européenne (notamment Italie, France, Espagne,   de très longue durée dont les recettes contribuent, à la fois à
          Grèce (avec des niveaux d’engagement au-delà des 100% du PIB) a   rembourser progressivement les anciennes dettes tout en assurant
          désormais atteint un tel point que si d’urgentes mesures drastiques   les flux financiers assurant des investissements, strictement fléchés à
          d’assainissement ne sont pas prises au sein de ces derniers, la   l’avance afin que la confiance des marchés soit garantie, nécessaires
          catastrophe financière d’abord (incluant une désintégration de la   dans des activités économiques porteuses et profitables».
          monnaie unique), économique ensuite, est inévitable car les prêteurs,   Mais cette solidarité européenne existe-t-elle potentiellement parmi les
          ayant perdu toute confiance dans leurs emprunteurs, n’accorderont   membres du Nord de l’Union lesquels n’éprouvent pas de problèmes
          plus de crédits et donc l’activité s’effondrera.       d’endettement public ?
          Bref, selon ces spécialistes, les états concernés n’ont d’autre choix   « Pour ne prendre que le cas de l’Allemagne, elle a évidemment
          que de se mettre à une diète sévère, avec ce que cela signifie de   besoin de pouvoir continuer à vendre ses voitures et ses machines-
          privations et de renoncements pour leurs habitants, s’ils ne veulent   outils à la France ou l’Italie. On ne peut pas réaliser d’affaires avec
          pas sombrer dans le coma…                              des partenaires ruinés » répond Paolo Di Gaeta. « Dans un marché
          Tel n’est absolument pas l’avis de Paolo Di Gaeta, spécialiste des   ouvert, les débiteurs et les créanciers ont un intérêt commun à ce
          questions de finances internationales.                 que rien n’explose... »

          Ne pas recommencer les mêmes erreurs
          « La seule logique comptable ne peut suffire pour diriger des
          démocraties avancées » affirme-t-il. « Ce n’est qu’au service du bien-
          être des populations que leurs gouvernements peuvent gérer pour
          être considérés comme légitimes et durer. D’ailleurs, les peuples
          n’accepteraient pas une seconde fois les lourdes mesures d’austérité
          prises entre 2009 et 2011 pour remédier à la crise financière de l’époque
          et consécutive à l’éclatement du phénomène des « subprimes » en
          Amérique du Nord. Des décisions comme des hausses d’impôts, des
          réductions des pensions de retraite et d’allocations sociales, des
          diminutions des moyens alloués aux services publics (transports,
          santé, enseignement, justice, etc.). Des décisions qui, si elles ont,
          certes, rétabli un tant soit peu les trésoreries des États, ont pour
          autant plongé ces derniers, par manque d’investissements consentis,
          dans la stagnation, voire la récession, avec ce que cela génère
          comme chômage de masse, exil à l’étranger des jeunes diplômés,
          appauvrissement et montée des violences urbaines. Il a fallu au moins
          sept ans pour que les économies des pays membres de l’UE les plus
          touchés sortent de ce bourbier et repartent de l’avant. Il ne faut donc
          surtout pas, alors que la conjoncture économique internationale est
          plutôt bien orientée, recommencer la même erreur qui consiste à
          prendre un remède qui soigne en surface mais met en péril l’organisme
          interne. D’ailleurs, encore une fois, la montée en flèche, à travers
          tout l’occident, des scores, dans les urnes des partis populistes de
          droite ou de gauche, lesquels prospèrent sur la peur qu’éprouvent
          les électeurs face à la perspective d’un retour à la rigueur, démontre
          qu’une volonté d’austérité par les gouvernements pourrait conduire
          à un chaos social et politique ».
          Cela étant posé, comment alors réduire les endettements publics
          tout en préservant l’activité et la qualité de vie ?
          « La voie de sortie est européenne » assure Paolo Di Gaeta. « L’Union

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