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Monte Carlo Beer, l’amitié qui brasse grand

À l’origine, il y a deux amis d’enfance et une même idée : créer un projet commun qui leur ressemble. Fondée par Anthony Orengo et William Scheffer, Monte Carlo Beer s’est construite entre Monaco et l’Asie, entre intuition et résilience. Née dans le sillage d’un bar ouvert à Singapour, la marque a traversé le Covid, étoffé sa gamme, structuré une équipe et trouvé sa place sur le territoire… avant d’attirer l’attention d’un géant mondial, Molson Coors. Une trajectoire rapide, mais jamais facile, portée par un attachement revendiqué à un Monaco plus vrai, loin des clichés.

L’histoire commence simplement :

Anthony Orengo et William Scheffer se connaissent depuis plus de vingt ans. Ils ont grandi à Monaco, partagent les mêmes codes, la même fidélité au “pays”, et un même réflexe entrepreneurial. Le destin les éloigne dans un premier temps : William part en Asie après ses études, s’installe d’abord à Bangkok et y ouvre un premier bar. Anthony, lui, entreprend à Monaco. Pourtant, la distance ne dilue rien : ils se parlent “tous les jours”, se conseillent, se motivent. À l’époque, ils ont à peine 23 ou 24 ans et peu de jeunes autour d’eux prennent ce chemin. « On s’est beaucoup aidés. Quand l’un était down, l’autre le tirait vers le haut », raconte Anthony. Une manière de grandir à deux, même séparés.

Chaque année, ils se retrouvent en Asie : rendez-vous presque rituel, entre sorties, projets et rêves à voix haute. L’un d’eux revient sans cesse : créer ensemble. Quand Anthony vend son activité à Monaco, l’idée se concrétise. Il rejoint William à Singapour, où ils trouvent un lieu plus adapté à un bar qu’à un café. Ils inventent alors Monte Carlo Boys, un concept qui revendique leurs racines. « L’idée, c’était de proposer des produits monégasques, de montrer nos couleurs », explique Anthony. Barbajuans, pissaladière, socca…

Dans ce décor, une évidence s’impose : la bière. Eux qui se sont “rencontrés autour d’une bière” se heurtent à des difficultés d’approvisionnement. Et, comme souvent chez les entrepreneurs, la contrainte devient déclencheur. Pourquoi ne pas créer leur propre bière, d’abord pour le bar ? « On avait un bar qui fonctionnait, la bière plaisait… On s’est dit : pourquoi on ne ferait pas notre propre bière pour le bar ? », se souvient Anthony. Le projet naît ainsi : d’abord local, pragmatique, presque utilitaire. Puis l’ambition s’élargit.

Une bière accessible, une marque identitaire, et le cap de linternational

De retour à Monaco — notamment à cause d’un problème de visa à Singapour — Anthony met à profit ce temps “forcé” pour faire avancer le dossier. En 2019, les démarches s’enchaînent : autorisations, cadre légal, création de la société. Le nom s’impose naturellement, dans la continuité de Monte Carlo Boys : Monte Carlo Beer. « On s’est dit : on fait MCB. Monte Carlo Boys, Monte Carlo Beer », glisse Anthony. La société est créée en juillet 2019, les premières bouteilles sortent, brassées à Saint-Raphaël.À la réception des premiers cartons, la fierté domine. « Quand on a reçu les premières bouteilles, on était fiers. On adore la bière, on s’est rencontrés autour d’une bière… et là, on avait la nôtre », dit Anthony. Mais cette fierté se mêle vite à un contexte brutal : début 2020, le Covid frappe. Le bar de Singapour ferme, les pertes s’accumulent, les plans se brisent. William finit par rentrer à Monaco après onze ans en Asie. « C’était la fierté, mais aussi un coup dur, parce qu’on perdait le bar, du temps, de l’énergie », reconnaît Anthony.Pourtant, la marque tient parce qu’elle repose sur un choix précis : une bière de soif, simple, qualitative, pas “artisanale agressive”. « On voulait quelque chose de facile à boire, pas trop d’amertume et accessible », explique William. Un parti pris qui surprend : « Beaucoup de femmes ou de personnes qui n’aimaient pas la bière ont apprécié, parce qu’elle était facile à boire, un peu plus douce, un peu fruitée par les arômes de houblon », ajoute-t-il.À cela s’ajoute un travail visuel dès les débuts : des bouteilles blanches sérigraphiées, pensées pour être reconnues immédiatement. « On voulait se différencier sur la table et sur les étagères. Il fallait que le produit soit visible», insiste Anthony. L’image devient un levier autant qu’un goût.Côté stratégie, le plan initial vise le CHR (cafés-hôtels-restaurants), avec un positionnement premium et une logique “monoproduit”. Mais le Covid ferme les établissements et impose un virage : la GMS (grande et moyenne surface) devient un relais vital.

« On s’est dit que c’était dommage de passer à côté du retail… On a attaqué les supermarchés », explique William. Carrefour Monaco, les points de vente locaux : la marque s’installe, pas à pas, avant de repartir à l’assaut du CHR dès la sortie du premier confinement. À Monaco, leur réactivité fait la différence : « C’étaient les fondateurs qui venaient vendre la bière. On a réussi à faire notre nid d’abord ici », raconte William.

La croissance est progressive mais constante, avec un chiffre d’affaires qui “double à peu près chaque année”. En 2021, un premier salarié rejoint l’aventure. Puis arrive le cap des moyens : augmenter les ventes sans équipe solide limite les marges et freine l’extension. En 2023, un single family office injecte des fonds : quatre recrutements d’un coup (marketing, commerciaux CHR et GMS, logistique/administratif). «Ça a été le moment où on a vraiment créé une équipe», souligne William. En parallèle, la gamme s’élargit : ambrée, IPA, tentative de sans-alcool, et surtout développement des fûts, là où se joue le volume. « On ne faisait que de la bouteille, mais le volume est principalement dans le fût. Ça demande une technique, des installations, de la maintenance… qu’on n’avait pas au début», explique Anthony.

Les chiffres donnent la mesure du chemin : la première production, en juillet 2019, c’est 10 000 bouteilles… écoulées en un an. Aujourd’hui, ce volume peut représenter une semaine d’été. Et l’entreprise raisonne désormais en hectolitres : près de 2 000 hectolitres vendus sur une année, soit environ 200 000 litres, avec l’objectif de doubler. Une montée en puissance qui ne renie pas l’intention initiale : construire une marque assez forte pour intéresser un grand acteur.

Lenvol international dune marque monégasque

Ce moment arrive avec Molson Coors, quatrième brasseur mondial. Contact en 2023, deux ans de discussions, puis signature en juillet 2025 : Molson Coors obtient les droits internationaux pour développer la marque, d’abord au Royaume-Uni. « On s’était dit : on crée une marque de bière et on la vend à un gros. Six ans après, c’est fait », confie Anthony. Le partenariat n’est pas un simple rachat : « Ce n’est pas un one shot. C’est un partenariat : on développe la marque ensemble », insiste William. Une nouvelle recette type Lager est élaborée pour le marché britannique, produite et distribuée sur place, pendant que les fondateurs continuent de structurer la France.

Reste l’essentiel : le récit. Car ce que Molson Coors achète aussi, c’est une identité. « Ils ont adoré notre histoire, cette amitié, le fait qu’on soit à Monaco », explique Anthony. Mais pas le Monaco carte postale. « Nous, ce qu’on veut, c’est montrer Monaco à travers nos yeux, des locaux nés ici. Pas les strass et paillettes », affirme William. Un Monaco “chill”, travailleur, accessible : celui qui, paradoxalement, peut voyager le plus loin.

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