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Le modèle social monégasque

Salaires, retraites, prestations sociales, droit du travail… Dans ce dossier, Monaco Economie fait un point sur tout ce qui fait le modèle social monégasque, qui repose sur l’attractivité du pays.

Indexation trimestrielle automatique des salaires sur l’inflation, treizième mois, prime d’intéressement qui devrait frôler 2 000 euros, logements pour les saisonniers…A Monaco, la Société des bains de mer a une place à part. Y compris en termes de modèle social. « La SBM est la société qui a les plus hauts salaires dans tous les métiers, que ce soit dans la restauration, l’hôtellerie ou les jeux. (…) Nous sommes même au-dessus des salaires médian et moyen monégasques »,a vanté Stéphane Valeri récemment en conférence de presse, pour rappeler les atouts de son groupe, dans un contexte où la quête d’attractivité est dans tous les esprits. « La Principauté doit demeurer attractive en matière d’emploi. C’est un défi extrêmement important que nous devons relever », martèlent en effet depuis quelques mois le Ministre d’État Pierre Dartout et le Conseiller de Gouvernement-Ministre des Affaires sociales Christophe Robino.

64 000 emplois sur 2 km2

Car si Monaco compte désormais 64 000 emplois sur 2 km2, « certains secteurs rencontrent des difficultés à recruter, phénomène inconnu auparavant qui ne touche pas que Monaco », note la Direction du Travail selon qui « l’emploi a progressé de 24,6 % depuis 2013 ». C’est pourquoi après avoir rencontré en juin 75 représentants de l’économie monégasque, le Gouvernement a décidé d’organiser le 15 septembre son premier Forum de l’emploi au Grimaldi Forum. Résultat, cette première édition, qui a réuni près de 150 entreprises et fédérations professionnelles, a dépassé les espérances en attirant plus de 3 650 visiteurs. « Les employeurs sont repartis avec des pochettes remplies de CV. Ceux qui peinaient à recruter ont recueilli des profils très qualifiés qu’ils n’arrivaient pas à attirer jusqu’à présent. J’ai vu des ingénieurs venir du Luxembourg intéressés par Monaco. Des embauches ont été conclues lors du salon. Le service de l’emploi a recueilli également plus d’un millier de CV par mail à redistribuer aux employeurs de la Principauté ! », se réjouit Christophe Robino, heureux que « même les patrons les plus sceptiques sont aujourd’hui convaincus de l’intérêt d’organiser, après ce test, un nouveau salon, plus grand, en février-mars ».

Pour le Conseiller-ministre, ce succès « représente la meilleure réponse à ceux qui dénigrent l’attractivité de Monaco, les conditions d’emploi et la qualité des retraites ». Une allusion à l’Union des Syndicats qui estime que « Monaco a perdu en attractivité en raison de la politique salariale suivie depuis les années 2000 et d’une déréglementation sociale ». « Depuis cette époque, en raison de la casse de la loi sur les salaires minima lors du passage aux 35 heures en France, beaucoup de professions rémunèrent au SMIC, seule référence légale, sans tenir compte de la qualification. Le CDD, qui ne peut être rompu que par des justes motifs, est plus protecteur que le CDI », jugent Olivier Cardot, Secrétaire Général de l’USM et son adjoint Bruno Augé, qui réclament une revalorisation des salaires (notamment du SMIC à 2250 euros) et l’abolition du fameux article 6, légitimant le licenciement sans motif. Si cette modalité est un outil de flexibilité pour le patronat, il n’existe aucun contrôle sur son utilisation et ses excès.  « Cela crée une instabilité dans la tête des salariés, une pression inutile et cela peut générer des abus en tout genre », renchérissent Jean-Luc Cloupet et Cédrick Lanari de la F2SM.

« Se donner les moyens de recruter »

Côté rémunération, le Gouvernement reconnait que certains patrons pourraient faire un effort. « Dans les secteurs d’activité, où l’attractivité est moins bonne, c’est aux employeurs de se remettre en question. » Dans le secteur bancaire, « des grandes places dans les capitales européennes ou plus lointaines proposent des rémunérations plus attractives, ou en tout cas des “packages” plus attractifs que les nôtres », avait ainsi indiqué Jean Castellini, alors en charge des finances de l’Etat. A Monaco, certaines entreprises proposent d’elles-mêmes des avantages salariaux incitatifs. « Chez Carrefour Monaco, on peut avoir 14 mois de salaire, le parking payé, 12% de réduction sur les produits, une prime de présence de 80 euros chaque mois et le dimanche payé triple », liste Cédrick Lanari, qui aimerait voir une meilleure prise en compte de l’inflation dans l’ensemble du secteur privé. « L’Etat monégasque est là pour soutenir l’activité, accompagner la création d’entreprise dans certaines périodes difficiles. Ce fut le cas l’an passé, quand le pouvoir d’achat des salariés était impacté fortement par l’inflation. Nous avons mis en place des primes déchargées pour inciter les employeurs à faire un effort. Ce sont des solutions temporaires, on n’exclue pas de le refaire. Mais il ne faut pas que cela devienne une excuse pour les employeurs de miser uniquement sur ces primes déchargées. Cela aurait pour conséquence de desservir les caisses sociales. Or notre intérêt est de maintenir des caisses sociales bénéficiaires et à l’équilibre », rappelle Christophe Robino.

Prestations sociales

Car le modèle social monégasque repose avant tout sur un système de prestations sociales et de retraite globalement plus avantageux que dans les pays voisins. « La caisse de compensation des services sociaux (CCSS) est financée essentiellement par les employeurs car à Monaco il n’y a pas de cotisations salariales pour l’assurance maladie», note Christophe Robino, saluant la solidité de la Caisse autonome de retraite, reposant sur un système d’acquisition de point. Cette technique des points de retraite a d’ailleurs été développée, en France, dans le cadre des régimes complémentaires des salariés du privé Agirc-Arrco, si florissants que le gouvernement français aimerait puiser 1 à 3 milliards d’euros dans les caisses du régime pour revaloriser les petites retraites….

Si le régime monégasque de retraite a été réformé en 2012, aujourd’hui, les caisses sociales ne semblent pas menacées. « Nos caisses fonctionnent bien, elles permettent d’augmenter les allocations familiales et les retraites pour aider les foyers avec des enfants pour faire face à l’inflation », indique Christophe Robino qui pense même à étoffer le droit du travail (encadrement de l’intérim) ou encore réformer la notion de chef de foyer. Actuellement, une femme salariée ne peut pas faire bénéficier ses ayants-droits des allocations familiales et de la couverture maladie, sauf àtitre subsidiaire (si elle n’a pas de conjointpar exemple). « Cette notion de chef de foyer, inscrite dans la convention franco-monégasque de sécurité sociale qui date de 1952, n’a plus lieu d’être. On est en train de voir comment la changer (…) pour qu’il n’y ait plus de différence entre l’homme et la femme ». Concrètement, une femme travaillant à Monaco dans le privé pourrait toucher les mêmes allocations qu’un homme dans la mesure où elle répond aux conditions d’ouvreur de droits, même si le foyer de résidence est en France. Une pierre qui permettrait de renforcer le modèle monégasque. Tout comme, on l’espère, des solutions à court ou moyen terme pour désengorger Monaco ou loger les d’actifs dans les communes limitrophes. Comme le rappelle l’élue Nathalie Amoratti-Blanc : « Il faut envoyer un véritable signal à l’ensemble des salariés de la Principauté qui vivent dans la région et qui commencent de plus en plus à se détourner de Monaco pour des raisons liées à la mobilité ».

Le CESE, consulté sur les sujets sociaux

Troisième assemblée de la Principauté de Monaco, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), présidé par Caroline Rougaignon-Vernin, donne des avis sur des projets de loi en matière sociale, financière, commerciale, industrielle, urbanistique, etc. Il s’autosaisit en émettant des avis, projets de vœu, rapports ou résolutions.  Le CESE se compose de 36 membres nommés pour 3 ans. Le Gouvernement en présente 12, et choisit les 24 autres sur les listes dressées par l’Union des Syndicats et la Fédération des entreprises monégasques. C’est la seule assemblée du pays qui réunit en son sein des membres de différentes communautés étrangères et qui leur offre un moyen d’expression.

Miléna RADOMAN

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