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C’est quoi le blanchiment de capitaux ?

Selon la légende, le « blanchiment d’argent » serait né dans le Chicago mafieux des années 1920 avec Al Capone. Le célèbre gangster utilisait des blanchisseries pour recycler l’argent acquis illégalement…

Le phénomène est difficile à évaluer, mais selon l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime (ONUDC), les opérations de blanchiment d’argent représenteraient entre 2 et 5% du PIB mondial. Soit près de 2 000 milliards de dollars… Aujourd’hui en tête des commerces illicites, le traditionnel trafic de stupéfiants serait à l’origine de près de la moitié du chiffre d’affaires total du crime dans le monde.

Le blanchiment des capitaux, sanctionné par les articles 218 et 219 du code pénal monégasque, est le fait de dissimuler la provenance d’argent acquis illégalement pour lui donner une apparence légitime en vue de le réinvestir. Il permet aux criminels de s’enrichir en finançant des activités illégales telles que les ventes d’armes et de stupéfiants, la contrebande, les malversations, les délits d’initié ou encore la corruption et les opérations frauduleuses. « Certaines s’avèrent des plus simplistes, voire enfantines (faux gains au jeu, fausses factures, etc.). D’autres nécessitent une véritable organisation internationale rivalisant avec les plus grands conglomérats mondiaux (acquisition de sociétés, usage des swaps, passage par les chambres de compensation internationales, etc.) », explique le spécialiste Eric Vernier dans « Techniques de blanchiment et moyens de lutte » (Dunod).

La mise en circulation des fonds blanchis dans le système financier légal s’effectue en trois étapes.

Première phase : le placement.  Elle consiste à introduire « l’argent sale » dans le système financier en fractionnant de grosses sommes en de nombreux montants plus discrets qui sont déposés directement sur un compte bancaire ou en achetant des instruments monétaires tels que des chèques ou des mandats qui sont récupérés et déposés ailleurs sur des comptes.  Les méthodes sont variables :  fausses factures, schtroumpfage – les criminels fractionnent des sommes importantes en espèces en plusieurs « petites » opérations réparties entre plusieurs opérateurs ou titulaires de compte -, dissimulation de l’identité du bénéficiaire effectif par le biais de fiducies et de sociétés offshore, etc.

Seconde étape : l’empilement des fonds. L’argent transite par une série de transactions financières afin de complexifier l’identification de son origine.  Cela peut prendre la forme d’achats/ventes d’investissements, par l’intermédiaire d’une société holding, ou de transferts via une série de comptes domiciliés dans des banques implantées dans des pays qui ne coopèrent pas aux enquêtes LCB. Le must est de donner une apparence légitime en dissimulant les transferts sous la forme de paiements de biens ou de services ou d’un prêt privé à une autre entreprise.  

Les criminels utilisent désormais aussi les cryptomonnaies, en parallèle du système financier traditionnel, pour maquiller l’origine des fonds. Parmi les tactiques d’empilement dont il faut se méfier, il y a le saut de chaîne (« chain-hopping »), les conversions successives en différentes cryptomonnaies par envoi des fonds de blockchain en blockchain, la combinaison ou le mélange, le dépôt de monnaies fiduciaires provenant d’une banque, l’achat et la vente de cryptomonnaies puis le dépôt du produit dans une autre banque ou sur un autre compte. Les professionnels de la lutte anti-blanchiment conseillent de configurer des programmes LCB pour superviser certains signes révélateurs ou d’alerte tels que des transactions fréquentes qui se terminent par des montants arrondis, des dépôts d’argent sur des comptes qui sont ensuite vite retirés, des transferts fréquents entre différents comptes au sein du même établissement, des virements fréquents vers et depuis des comptes, la destination et la source des fonds vers ou depuis des pays ou comptes à risque…

Troisième phase du blanchiment d’argent : l’intégration au système financier.

Lors de l’intégration du blanchiment d’argent, le blanchisseur tente de réinjecter les fonds obtenus illicitement dans le système financier légitime. Immobilier, produits de luxe ou des co-entreprises…  Ils se contentent souvent d’utiliser les charges sociales et d’autres taxes pour rendre le « lavage » plus légal, acceptant une « diminution » de 50 % de leur gain, considéré comme étant le prix à payer pour faire des affaires. Les tactiques d’intégration sont généralement de faux employés – qui constituent un moyen de récupérer l’argent habituellement payé en espèce et collecté, des prêts – aux dirigeants ou aux actionnaires et qui ne seront jamais remboursés, des dividendes – payés aux actionnaires des sociétés contrôlées par des criminels.  

Milena Radoman

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