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Conseillère Gouvernement - Principauté de Monaco

Céline Caron-Dagioni
« Toute mesure radicale nécessite une concertation préalable »

Cela fait un an que Céline Caron-Dagioni a succédé à Marie-Pierre Gramaglia en tant que Conseillère de Gouvernement-Ministre de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme. Elle se livre sur son parcours et donne ses impressions sur les gros dossiers qu’elle gère : mobilité, chantiers ou encore transition énergétique.

Vous avez démarré dans le privé chez Mecaplast avant de rejoindre la fonction publique. Qu’est-ce que cela vous a appris?

Toute expérience, qu’elle soit dans le public ou le privé, apporte énormément. Ma première expérience professionnelle en tant que res-ponsable grands comptes chez Mecaplast fut très structurante car elle était la mise en œuvre de ce que j’avais appris durant mes études de commerce international dans une société à la fois très implantée localement et versée à l’international. Pour vendre des pièces techniques, il faut comprendre cette ingénierie sans être ingénieur, être crédible en étant pertinent et convaincant, en interne comme vis-à-vis des clients… Je me rappelle être descendue à la ligne de production pour rencontrer les opérateurs de terrain. Cette mission m’a également permis de « vendre Monaco » à l’étranger. Personne n’imaginait qu’il y avait une industrie à Monaco! Par ailleurs, dans ce monde fou de l’automobile, on livre et on anticipe les modèles de voitures suivantes, on travaille avec le marché britannique et coréen, en anglais et avec les décalages horaires. C’était passionnant culturellement. On ne négocie pas pareil avec un acheteur japonais ou allemand…
J’aime ces mission transverses. Cette gymnastique d’adaptation est passionnante! Il s’agit d’arriver à convaincre, à fédérer et à embarquer tout le monde dans une aventure commune, de concilier les objectifs de chacun au service du collectif.

Dans la fonction publique, vous avez travaillé pour différents départements. Expansion économique, Services fiscaux, Relations extérieures, Affaires sociales… C’est formateur
de passer par différents ministères pour devenir conseiller de gouvernement-ministre?

A titre personnel, cela m’aide. J’interroge les autres conseillers sur les dossiers qui concernent mon département et inversement car tout est imbriqué.
Dans ma carrière, il y a toujours eu un fil conducteur. Je ne suis pas arrivée dans ces différents services par hasard. Je suis rentrée dans l’administration car l’objectif de travailler pour mon pays me portait. L’économie et la géopolitique, c’est mon ADN, ma sensibilité intellectuelle… Je voulais apporter ma technicité et j’ai privilégié des mouvements dans des secteurs liés aux acteurs économiques comme l’Expansion économique, les services fiscaux, le département des Relations extérieures et les Affaires sociales où j’ai surtout embrassé le volet droit du travail. L’enjeu d’interface public/privé est pour moi essentiel. Un Etat n’est fort que lorsque les intérêts du privé et du public sont bien équilibrés. Mon premier poste à l’Expansion Économique m’a ainsi permis de comprendre comment l’administration réfléchissait. Lorsqu’on sort du privé, c’est un peu le choc des cultures mais dans le bon sens du terme. On appréhende l’impact d’un dossier pour un Etat, à grande échelle.

On oppose souvent public et privé…
Je n’aime pas opposer public et privé. Dans l’administration, on est dans le service public. On n’est pas dans la culture de la performance pour satisfaire la maximisation du profit mais dans celui du service performant rendu à la collectivité. C’est une machine plus lourde, une mégaentreprise avec des départements différents. Autrefois, l’administration avait tendance à travailler en silos, mais c’est de moins en moins le cas! On travaille de plus en plus en interministériel. On a beaucoup progressé depuis la période où je suis entrée dans l’administration. A l’époque on ne parlait pas anglais aussi facilement, il fallait privilégier la langue française dans nos réponses aux administrés. A Monaco, on a tout ce qu’il faut pour affronter les enjeux de demain, avec du recul, je trouve que notre capacité d’adaptation est assez forte.

Quels sont aujourd’hui vos dossiers prio-ritaires? Le Plan logement pour les monégasques?
C’est un dossier interministériel. Mon département ne pilote qu’une partie du PNL (Carmelha, le Bel Air, les Lierres et Nathalie).

Les autres, qui sont en contrat de promotion immobilière comme la Villa Ida, le Mas Honoria sont gérés par le département des Finances.
Par ailleurs, le département de l’Equipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme est tentaculaire… Le plan national pour le logement représente une de mes priorités, bien entendu. Mais ma véritable priorité est de livrer et de mener à bien toutes les opérations, aussi bien celles de logement domanial que d’équipements comme l’ilot pasteur (qui intègre le nouveau collège), le nouvel hôpital, ou encore le futur ilot Charles III qui va reconfigurer l’entrée de ville et représente un enjeu urbanistique très fort! Il faut agréger les priorités. De plus, je n’ai pas à titre personnel de nouvel arbitrage à faire une fois que les décisions ont été prises au plus haut niveau de l’Etat.

Cela implique de nombreux chantiers simultanés en ville… Et une planification urbaine?
Les chantiers ne sont pas un long fleuve tranquille… Nous avons en effet de nombreux chantiers publics et privés en ce moment à Monaco, nécessitant des fermetures de voies et de routes. Il faut trouver un équilibre, une organisation, une planification urbaine. Quand on lance une opération, il faut s’assurer qu’il n’y en a pas déjà une autre à côté et quelles en sont les conséquences sur la vie économique. La construction publique et privée doit être compatible avec les autres activités économiques, surtout sur un petit territoire qui peut vite se retrouver engorgé si on ne conduit pas cette prospective… Nous partageons tous cette idée et cette planification est également une des composantes de nos réflexions sur la mobilité.

Vous pouvez donner un exemple?
Cette année au mois d’août, un certain nombre de dérogations ont été accordées exceptionnellement pour poursuivre les chantiers alors que traditionnellement, il y a moins de travaux en cette période estivale. Nous l’assumons pleinement au niveau du gouvernement. C’est un mal pour un bien, cela permettra de gagner un trimestre ou de clôturer certaines opérations pour retrouver un peu d’air dans nos voies. Monaco est en perpétuel chantier mais là particulièrement. Il faut que nous sortions de cette période pour livrer un maximum de projets en cours de réalisation. Nous recherchons en travaillant avec les opérateurs le meilleur ordonnancement des chantiers par quartier.
Ce n’est pas un choix facile, il y a toujours des mécontents. La vie parfaite n’existe pas en matière de chantiers sur un territoire aussi contraint. On ne peut pas demander des livraisons importantes de logements sans avoir de bruits de marteau piqueur! Le tout étant d’essayer que cela reste soutenable et équilibré tant pour les attentes légitimes des riverains que pour le besoin des opérateurs de la construction qui, rappelons-le, sont aussi pourvoyeurs d’emplois en Principauté.
Le gouvernement prend des décisions fortes quand il faut les prendre. Lors du Grand Prix 2022, nous avons par exemple arrêté certains chantiers pendant une semaine au moment de l’arrivée des longs convois des écuries. L’exposition médiatique de la Principauté post Covid, la tenue de ces événements sans accroc, étaient une priorité. Les promoteurs immobiliers l’ont compris et ont été à nos côtés quand on a décidé de suspendre ces travaux et ce, même si le temps, c’est de l’argent! Nous avons réussi à nous rejoindre sans heurts et sans larmes. Il faut poser les problèmes ensemble pour arriver à trouver les meilleures solutions parce que l’image de la Principauté à l’occasion de ces évènements est importante pour tous les acteurs, pas seulement pour le Gouvernement.

La crise, avec ses conséquences sur l’approvisionnement et la hausse des prix des matières premières, a-t-elle un impact financier sur les grands chantiers monégasques?
Sur les marchés publics, nous avons des clauses de révision des marchés qui tiennent compte de la hausse du coût des matières premières. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore le recul suffisant pour valoriser l’impact de cette crise. Nous en disposerons mi-2023. Les opérateurs évoquent des tensions en approvisionnement en bois, en acier, produits liés au pétrole (étanchéité). Ils sont inquiets et cer-tains proposent des stratégies d’achat par anticipation. La Chambre patronale du bâtiment nous a sollicités. Le gouvernement étudiera toutes les mesures nécessaires pour sécuriser les chantiers et leur livraison. La Principauté est en bonne santé, nous devons faire en sorte d’éviter toute pénurie de matières premières et de risque de chômage corollaire. Le gouvernement doit être agile avec des décisions en fonction des problématiques rencontrées.
La crise en Ukraine est la deuxième vague, la crise du Covid avait déjà impacté les acteurs du bâtiment en raison des tensions sur la gestion de la main d’oeuvre et les mesures de distanciation. Nous avons pu absorber ces impacts grâce à l’extension des horaires de chantiers.

Comme sans doute avec la canicule de cet été…
Les mesures sont effectivement adaptées à cette situation exceptionnelle. Les chantiers commencent à 7H30 généralement.

Vous parliez de mécontents. Certains pointent la baisse de la qualité de vie?

Le ressenti en ville est diffi cile. Nous avons effectivement beaucoup de remontées sur le cadre de vie en lien avec la multiplicité des chantiers… Tout cela me parle et m’interpelle. Nous avons d’ailleurs adapté certains chantiers programmés de nuit dès les premières remontées de riverains qui n’arrivaient pas à dormir. Par exemple, pour le chantier de construction de logements qui impactait la dorsale, après avoir testé les travaux de nuit, nous avons décidé en concertation avec la Direction de l’Aménagement urbain et la Direction de la Sûreté publique et le promoteur de les poursuivre de jour en conservant une voie car fermer les deux voies de circulation était trop bloquant pour la population. L’expérimentation est toujours riche d’enseignements, aussi désagréable qu’elle puisse être, elle nous permet de réagir avec pragmatisme en fonction des problématiques rencontrées.

Côté mobilité, où en sont les projets de téléphérique urbain, de métro (entre Monaco et Nice ou entre La Brasca et Monaco) ou encore de navettes maritimes? Quand des arbitrages seront-ils opérés?

Il y a plusieurs propositions de projets publics et privés mais rien n’est encore arrêté. La mobilité est un de mes gros dossiers. J’ai beaucoup observé, depuis ma prise de fonctions, les conséquences des chantiers, de leurs installations, la reprise de la circulation post-Covid, le comportement des usagers… Nous allons lancer prochainement un travail interministériel sous l’égide du Ministre d’Etat. Il faut se poser

les bonnes questions. Par exemple, nous avons décarboné nos bus mais la fréquence commerciale n’est pas là car les bus sont coincés dans les embouteillages dans certains nœuds de circulation. En matière de mobilité, il n’y pas une seule solution magique mais un maillage de solutions. A savoir des parkings d’entrée de ville couplés avec des abonnements de bus pour limiter la circulation intramuros, des parkings en zone périphérique nécessitant un dialogue collaboratif avec les communes voisines, peut-être d’autres transports publics décarbonés tels un métro, un TCSP, un mixte des deux, un téléphérique… Monaco investit également énormément dans le ferroviaire, ou encore dans des initiatives comme Klaxit. Les pendulaires n’habitent pas forcément près d’une gare.
Il faut regarder attentivement les flux de circulation, leur origine, refaire un point d’étape post-covid et lancer cette réflexion interministérielle sur la mobilité. Nous allons nous faire accompagner par un expert en mobilité pour challenger les différents projets selon plusieurs critères tels la réduction des émissions en gaz à effet de serre, les coûts, du fi nancement, l’acceptabilité par la population de certains modes de transport… Nous arbitrerons en fonction de cette grille de critères.

Avez-vous fixé un rétro planning pour les différentes étapes (définition des critères, nomination des experts, durée de la mission, etc.)

Dès la rentrée, nous allons nous attaquer sérieusement à ce dossier Mobilité notamment en discutant avec les autorités françaises sur le statut et le projet de la Brasca. Pour chaque dossier transfrontalier, nous avons un dialogue important avec les maires voisins, la métropole et la préfecture.

La transition énergétique et l’objectif de neutralité carbone en 2050 font partie de la feuille de route gouvernementale. Où en est-on aujourd’hui en 2022 des baisses d’émissions?
En 2019, nous étions à -19,65% par rapport à 1990, en 2020, nous étions à -31,8% . En 2020, il y a eu une baisse de la mobilité en raison de la crise du Covid et du télétravail. J’attends avec impatience les chiffres de 2021 pour apprécier l’effet confi nement qui a pu doper les résultats 2020. Dans les priorités qui m’animent, je suis particulièrement attachée à l’adaptation du territoire aux enjeux climatiques de demain.

Comment l’impératif de Transition énergétique s’applique-t-il dans les chantiers publics (construction bas carbone, raccordement aux boucles thalassothermiques, fin de la climatisation)?
Pour réussir à atteindre l’objectif de -55% de GES en 2030, il faut continuer à prendre des mesures sur la construction de bâtiment le plus neutres possibles, favoriser la thalassothermie. Les boucles Larvotto et Condamine sont opérationnelles et celle de Fontvieille a été prolongée. Il n’est pas possible de raccorder tous les bâtiments de la Principauté mais j’ai demandé à Seawergie de faire une projection du maillage optimal au regard des capacités de production de ce réseau vertueux. Nous misons donc sur le mix énergétique avec aussi le déploiement actuel de 5000 m2 de panneaux solaires sur le territoire monégasque, ainsi que la production d’énergie renouvelables par les investissements portés par Monaco Energie Renouvelable. Plus nous convergeons vers ce mix énergétique, moins nous serons dépendants et plus nous aurons réduit l’impact carbone du bâti. La renaturation de la ville est par ailleurs essentielle. Monaco doit pouvoir traduire ses engagements forts à l’international sur son territoire avec une biodiversité en ville.

Faut-il des mesures radicales selon vous?
L’arrêt du fuel fait partie des mesures radicales mais toute mesure radicale nécessite une concertation préalable. Il faut trouver des so-lutions palliatives. Aujourd’hui, la question se pose sur l’intégration du biofuel, moins polluant que le fuel ou le gaz. Le biofuel a par exemple un intérêt pour la mobilité et les engins de chantier pour lesquels l’électricité est souvent moins performante. L’hydrogène figure aussi sur ma feuille de route. Un groupe de travail planche actuellement sur l’approvisionnement en hydrogène. Mais nous ne disposons pas encore de process suffisamment éprouvé pour envisager une implémentation en Principauté. Il y a un projet de prototype de station hydrogène pour 2023. De même, le projet de navette hydrogène est reporté car le groupe de travail de la Métropole Nice Côte d’Azur, sur le sujet auquel participe la Principauté a constaté, après avoir auditionné différents prestataires, que la solution du marché n’était pas encore mature.

Votre département, très important autant par les chantiers qu’il gère qu’en effectifs, a toujours été particulièrement exposé, des négociations avec les promoteurs immobiliers aux critiques du conseil national. A titre personnel, il faut se blinder?
A ces postes-là, exposés médiatiquement et politiquement, il faut être résilient et ne pas perdre ses objectifs de vue. Il ne faut pas se faire envahir trop par ses émotions, rester objectif. Tout n’est pas parfait, on peut être critiqué, on doit se remettre en questions. Mais les critiques ne sont pas toujours justes. Il faut savoir alors se défendre et argumenter, sans rentrer dans un jeu d’agressivité mutuelle qui ne fait grandir personne.
Les actions de ce département sont cer-tainement les plus visibles. Nous sommes exposés car on voit tout ce que l’on fait. Il y a des critiques plus ou moins objectives, plus ou moins fiables. Il faut savoir trier, prendre le meilleur et laisser le pire. Je ne dis pas que j’y arrive toujours mais j’essaie de m’attacher à cette résilience.

Le BTP est traditionnellement un milieu d’hommes. Est-ce que cela change quelque chose pour vous dans votre management ?
J’ai toujours travaillé dans un milieu d’hommes et je succède à Marie-Pierre Gramaglia, qui a supervisé ce département pendant 10 ans. Je suppose que cela ne doit donc pas changer grand chose à l’environnement des fonctionnaires du département habitués à être managés par une femme. C’est à eux qu’il faut poser la question…

Quelles sont les caractéristiques d’un leader pour vous?
La vision à moyen et long terme, la détermination, la motivation, l’agilité et la communication. Parfois, l’absence de communication fait partie de la stratégie de communication. S’abstenir de communiquer permet de cibler les vraies questions que les gens se posent plutôt que surcommuniquer.

Milena RADOMAN

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