1. Accueil
  2. /
  3. Zoom
  4. /
  5. Emploi : Monaco à…

Emploi : Monaco à la croisée des chemins

Attractif, dynamique, presque hors norme, le marché de l’emploi monégasque continue d’attirer des milliers de candidats. Mais cette réussite ne gomme pas un ralentissement de certains secteurs et une pression sur les infrastructures. À l’heure de la digitalisation, de l’IA et des grandes projections de croissance, c’est tout un modèle qui entre dans une phase charnière.

Le succès ne se dément pas. Au Grimaldi Forum, le dernier forum Monaco pour l’emploi a fait le plein : 5 800 candidats, 6 300 participants au total. Une affluence qui confirme l’attractivité de la Principauté. Une photographie fidèle au marché du travail local. La très grande majorité des candidats vient de l’extérieur – 80 % de France, entre 8 et 10 % d’Italie -, et à peine 10 % résident à Monaco.

Un bassin d’emploi transfrontalier

Selon les dernières données de l’IMSEE, près de 60 000 salariés travaillent dans le secteur privé en 2025. Le tissu économique demeure fortement orienté vers les services, avec des secteurs moteurs comme les activités administratives, l’hôtellerie-restauration ou encore la construction. Mais derrière cette masse, les premiers signes de ralentissement sont apparus en 2025. Le nombre de salariés recule légèrement sur un an, avec une baisse de 1,2 %, soit 730 personnes de moins, et le deuxième plus haut niveau jamais observé selon l’IMSEE ! Le volume d’heures travaillées diminue lui aussi de 2%, même s’il reste élevé (105,7 millions).  Plus forte baisse, celle de l’intérim (-14,8%, -1 477 emplois) liée au ralentissement dans le bâtiment, notamment avec la fin du chantier titanesque de Mareterra, alors que la construction voit ses effectifs réduits de 360 postes (-5,2%).  Sans surprise, l’hébergement/restauration crée, elle, au contraire 301 emplois (+3,3%) et le secteur des Arts, sports et activités récréatives 186 (+7,2%).

123 000 salariés en 2070

Singularité du modèle monégasque, Monaco ne produit pas sa main-d’œuvre : elle l’attire et… en dépend. Croissance de l’emploi signifie financement du modèle social, stabilité des retraites, attractivité du territoire. À l’inverse, toute tension sur le marché du travail se répercute immédiatement sur l’ensemble de l’édifice.

Or, dans ses projections de croissance – notamment dans le cadre de la future réforme des retraites -, le Gouvernement table sur une progression annuelle de 1 à 1,5 % de la population active sur les cinquante prochaines années. Une hypothèse qui porterait le nombre de salariés à environ 123 000 d’ici 2070, soit un doublement par rapport à aujourd’hui. Une perspective qui prolonge la dynamique observée depuis les années 1990, mais qui pose immédiatement la question des capacités d’accueil. Selon les estimations évoquées par la FEDEM, cette croissance nécessiterait environ 650 000 m² de bureaux supplémentaires, soit l’équivalent d’une dizaine d’immeubles de la taille de la tour Odéon. Autrement dit, une transformation structurelle du territoire. A moins que Monaco ne pousse les murs et concrétise ses projets de zone franche transfrontalière. Il sera particulièrement intéressant de voir si le nouveau maire de Nice Eric Ciotti donnera corps à sa promesse électorale de « zone franche économique commune » avec Monaco dans la plaine du Var…

Les défis à venir

La projection de 123 000 salariés en 2070 renvoie directement à un autre point de tension : les mobilités. Chaque jour, plus de 60 000 salariés entrent à Monaco depuis les communes voisines. Un flux déjà massif, dans un système proche de la saturation. Face à cette réalité, les entreprises appellent à une réflexion de fond sur des infrastructures plus ambitieuses. L’hypothèse d’un métro reliant Monaco à Nice et à Vintimille refait surface, avec une étude de faisabilité attendue en 2026. « Que fait-on avec 65 000 salariés de plus ? » interroge Philippe Ortelli. La question résume à elle seule les défis à venir.

Surtout à une ère où l’IA bouleverse le marché du travail et les projections de croissance… Selon une étude de la compagnie d’assurance-crédit Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), en France, 3,8 % de l’emploi est déjà fragilisé par le déploiement de l’IA générative.  Mais d’ici deux à cinq ans, 16,3 % de l’emploi français serait menacé, soit près de 5 millions de personnes ! A commencer par les métiers exercés par les cols blancs, des emplois de bureau, les activités juridiques et comptables, l’édition, la programmation et le conseil informatique, l’assurance ou encore la finance… Comment le marché de l’emploi monégasque évoluera-t-il dans ce contexte ? Et quel seront les dommages collatéraux sur le modèle social ? Dans cette équation inédite, entre afflux de travailleurs et mutation des métiers, c’est tout l’équilibre du modèle monégasque qui pourrait être redéfini.

Une CVthèque en ligne

Petit plus pour la modernisation du marché du travail : les candidats inscrits auprès du service de l’emploi peuvent désormais déposer leur CV directement sur MonGuichet.mc. Les employeurs pourront alors les consulter et trouver leur candidat idéal. Cette CVthèque devrait être accessible et ouverte en 2027 aux candidats non prioritaires.  La digitalisation du parcours d’embauche est donc en marche. Désormais, l’ensemble des démarches peut être réalisé en ligne, de la déclaration à la signature électronique, en passant par le paiement en ligne des droits d’embauche, avec un accès 24h/24 et 7j/7.

Milena Radoman

AUTRES ARTICLES

Thales Alenia Space vient de franchir une nouvelle étape dans l’aventure lunaire avec la signature de plusieurs contrats destinés à développer le module de descente de l’atterrisseur Argonaut, l’un …

1

C’est le premier anniversaire de la livraison du nouveau quartier de Monaco dotant la Principauté d’une extension de 3% de sa superficie grâce aux 6 hectares pris sur la …