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Economy




       Covid et endettement :

       prendre en compte le patrimoine

       des États pour accroître leurs

       ressources financières



       par Paolo Di Gaeta

       Les flots de liquidités déversés par les pays   de son patrimoine, ne compte pas. Ni les
       occidentaux pour compenser les conséquences   routes, ni ses eaux maritimes nationales, ni
       économiques et sociales générées par la tétanie   ses canaux, ni ses services de santé, etc, ne
       de l’activité provoquée par l’épidémie du Covid   sont comptabilisés au motif que ces biens ne
       19 ont eu, évidemment, pour conséquence   sont pas commercialisables, alors qu’ils sont
       une formidable enflure des dettes publiques.  producteurs de rentrées d’argent. On imagine
       Et désormais, les journaux, les plateaux de   aisément que les proportions d’endettement
       télévision et les studios de radio sont envahis   des Etats seraient considérablement réduites   Paolo Di Gaeta
       d’experts qui prédisent que ces montagnes   si tel n’était pas le cas, et combien alors leurs
       de dettes vont inexorablement aboutir à de   possibilités de se refinancer seraient accrues   tout moment monétiser leurs bons sur le mar-
       massifs nouveaux prélèvements fiscaux, à   puisque les garanties seraient rehaussées.   ché financier, une telle opération rencontrerait
       de l’inflation ravageuse, tandis que d’autres   Pour évaluer une entreprise et ses capacités   forcément le succès auprès des épargnants
       affirment, de manière péremptoire, que seule   d’emprunt, on ne prend pourtant pas seule-  et constituerait un moyen tout à fait indolore,
       une annulation des nouvelles dettes pourrait   ment en compte son chiffre d’affaires mais   fiscalement parlant, de contribuer de manière
       remédier à ceci ; bref se déclarer en faillite pour   aussi ses propriétés foncières, ses brevets,   sensible au désendettement de l’Etat. »
       retrouver la prospérité : un nouveau concept…  ses machines, etc. »  Voilà une idée lancée : comment rebondi-
       Vis-à-vis de cette problématique, Paolo Di   Enfin, pour engager le désendettement des   ra-t-elle ?
       Gaeta, spécialiste des questions de finances in-  Etats industriels en faisant rentrer de l’argent
       ternationales et diplômé de sciences politiques,   frais sans passer par la case « impôts nou-
       affiche la sérénité de celui qui voit dans cette   veaux », Paolo Di Gaeta revient sur l’exemple
       période une superbe opportunité de changer   des réseaux routiers, hors autoroutes payantes
       de braquet dans les modes d’estimation et de   puisque l’utilisation de celles-ci est déja « pri-
       gestion des endettements étatiques tout en   vatisée » en quelque sorte.
       posant, en amont, un intangible préalable : il   « Une étude de 2014 réalisée par l’association
       ne faut surtout pas s’engager dans la voie des   des sociétés de routes italiennes avait mis en
       annulations de dettes.            lumière que le réseau routier de la péninsule
       « Les gouvernements et leurs pays perdraient,   (540.000 kms) générait pour les caisses de
       et pour longtemps, toute crédibilité tant auprès   ce pays une rentrée annuelle de 100 milliards
       des marchés financiers que des épargnants in-  d’euros. Une somme à laquelle on aboutit en ad-
       dividuels. Or sans confiance, aucun, absolument   ditionnant les taxes sur l’essence (puisqu’elles
       aucun avenir ne peut être bâti » assène-t-il.  proviennent de la circulation automobile sur
                                         ces axes) et le produit des taxes foncières
       L’exemple du réseau routier       sur le bâti (puisqu’il faut bien des routes pour
       Pour le reste, cette aggravation du niveau des   accéder aux logements, aux entreprises, etc).
       dettes souveraines devraient, selon Paolo   Alors pourquoi ne pas émettre pour 100 mil-
       Di Gaeta, constituer, nécessité faisant loi,   liards de titres patrimoniaux, sur une période
       enfin l’occasion de modifier en profondeur   longue, sur cent ans par exemple, à un intérêt
       l’estimation des actifs des Etats, très fausse-  de 3%, ce qui est particulièrement attractif par
       ment sous-estimés, selon lui, par les règles   les temps qui courent, et dont le produit serait
       de comptabilité publiques édictées tant par   entièrement fléché vers le désendettement
       le FMI que par les stipulations du traité de   public.
       Maastricht. « Actuellement, seul le niveau de   Dans la mesure où cet emprunt est garanti par  © Depositphotos/natanaelginting
       son produit intérieur brut est porté à l’actif   une recette fiscale absolument fiable et que,
       d’un état. Tout le reste, qui est partie prenante   de toute manière, les emprunteurs pourraient à

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