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          IUM : « Le diplôme n’est pas une fin mais un point de départ »


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          La révolution technologique actuelle a un impact sur l’enseignement supérieur et bouleverse les
          pratiques pédagogiques. « Un établissement ne peut plus proposer de formation initiale sans faire de
          formation continue », estime Jean-Philippe Muller, Directeur de l’International University of Monaco.



                                                                 Vous voyez passer entre vos murs des centaines d’étudiants chaque
                                                                 année. 4 000 étudiants ont été diplômés depuis la création de
                                                                 l’école en 1986 et vous comptez 300 lauréats par an. Les envies
                                                                 de ces jeunes ont-elles changé par rapport au marché du travail ?
                                                                 Beaucoup d’étudiants sont intéressés par l’entreprenariat. On est loin
                                                                 de l’époque où les étudiants d’école de commerce souhaitaient être
                                                                 chefs de produit ou auditeurs ! Aujourd’hui, ils veulent être startuppers.
                                                               © Tous droits réservés  D’ailleurs 15 à 20% des diplômés de l’IUM ont créé leur business. Il est
                                                                 visible dans nos promotions qu'ils ont souvent le désir de changer,
                                                                 ne restent pas immobiles et sont motivés par des projets innovants.
                                                                 Dans le programme de Sport Management, le Grand Prix électrique
          Le marché du travail évolue et certains métiers émergent. Comment   leur parle énormément.
          adaptez-vous votre offre de formation pour coller à la réalité du
          marché du travail ?                                    Vous parlent-ils plus d’écologie, de quête de sens ? Avez-vous fait
          Une fois par an, je rencontre plusieurs DRH pour discuter des grandes   des sondages/statistiques sur leurs motivations ?
          évolutions du marché et en tirer les conséquences pour nos formations.   Chaque étudiant participe à un projet à impact positif, humanitaire ou
          Nous réunissons également un conseil formé d’experts, notamment   pour la préservation du climat. Le message est qu’on ne réussit pas
          de nos enseignants, pour mettre à jour nos programmes. Pour nous,   dans la vie s’il n’y a pas d’impact positif. L’IUM organise également
          l’enjeu est d’accompagner ces transformations.         chaque année des challenges avec les écoles du monde entier. Les
          L’impact de l’intelligence artificielle et de la robotique est énorme.   élèves proposent des concepts commerciaux ayant du sens. Le
          Aujourd’hui, on estime que 80% d’une mission peut être remplacée   projet d’un étudiant m’a marqué : Il était question d'une prothèse
          par l’IA… Il est crucial d’identifier les 20 % restants, qui échappent   orthopédique design, à la mode et portée comme un accessoire de
          à l’IA mais relèvent des compétences analytiques. Il s’agit des   mode. C’est révélateur d’un business inclusif.
          compétences tacites, des qualités humaines irremplaçables et qui
          deviennent essentielles : l’empathie, la résilience ou encore la capacité   Quels sont leurs critères pour intégrer une société ? Pour les RH,
          d’adaptation. Par exemple, un centre commercial qui avait du mal à   le travail à distance est un nouveau levier pour attirer et fidéliser
          recruter des commerciaux avait testé à ce poste ses caissières. Elles   ces talents de la génération Z.
          s’étaient révélées des commerciaux très efficaces !    Les jeunes attendent avant tout de la liberté dans l’entreprise, de la qualité
                                                                 de vie, de la flexibilité. Deux critères traditionnels ont volé en éclat : la
          Comment accompagnez-vous ces transformations justement ?  perspective de carrière et la rémunération. Du moins pour les jeunes
          Aujourd’hui, un établissement ne peut plus proposer de formation   qui sortent de l’école, après ça change…Ils souhaitent de l’autonomie,
          initiale sans faire de formation continue. C’est un changement de   avoir des responsabilités tout de suite même sur un petit projet.
          culture : le diplôme n’est pas une fin mais un point de départ. Nous   C’est un enjeu pour les RH. Dans une entreprise coexistent différentes
          proposons déjà à nos diplômés des mises à niveaux régulières   générations. Le problème est que ces mondes n’ont pas les mêmes
          et des certificats en ligne sur les nouveautés qui apparaissent   codes de management, n’ont pas travaillé sur les mêmes outils
          après leur diplôme sur la blockchain ou l’IA, par exemple. En plus   numériques, et ne partagent même pas des réseaux sociaux
          des certifications professionnelles pour la place bancaire, nous   identiques (Facebook pour les plus vieux, TikTok pour les plus jeunes)…
          voulons également proposer aux professionnels des capsules ou   C’est pourquoi l’école doit leur apprendre, au-delà des contenus
          short certificate de 12 à 15h. Les entreprises ne peuvent plus se   pédagogiques, les interactions sociales, à travailler sur des projets
          permettre de laisser un collaborateur faire un MBA pendant un an.   collectifs, à vivre ensemble.
          Le principe est d’additionner des acquisitions de compétences,
          comme un système de badge.                             Combien d’anciens de l’IUM travaillent aujourd'hui à Monaco ?
          Autre conséquence de ces transformations : c’est désormais un risque   50% de nos étudiants font un stage à Monaco. 540 alumni y
          de créer une nouvelle formation de 5 ans. Ça va tellement vite… A peine   travaillent, principalement dans les domaines de la finance et
          ouvertes, des dizaines d’écoles d’influenceurs ferment en Chine… On   du yachting. 32 anciens ont créé 41 sociétés en Principauté.
          souhaitait créer un diplôme de compliance officer. On va attendre.  L’IUM a des formations qui correspondent à l’expertise reconnue
          Le monde bouge et l’enseignement supérieur est soumis à un défi   mondialement à Monaco comme le private banking ou le sport
          inédit en raison de progrès technologiques incessants conduisant à   business management. Ça a du sens et c’est pourquoi on a des
          un processus de production destructrice.               étudiants de plus de 70 nationalités.

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