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ZOOM
AMSF : « Il faudra démontrer qu’on n’a pas juste repeint la
façade ! » par Milena Radoman
Transformation de Siccfin en AMSF, doublement des effectifs, goAML... En 2023, le gendarme
monégasque anti-blanchiment a connu une grande mutation. Rencontre avec les responsables
des pôles supervision et informatique, Louis Danty et Stéphane Puppo, ainsi que Eric Bergesi, en
charge de la Cellule de Renseignement Financier.
les process et recruter du personnel très spécialisé et varié (des
© Michael Alesi / Direction de la communication contre 17 il y a un an (et 13 il y a deux ans) et nous devons recruter
professionnels de la compliance, des auditeurs, des informaticiens,
des chefs de projets, des juristes, etc.). Nous sommes 34 aujourd’hui
encore une trentaine de profils en 2024 ! On mise sur ces forces vives,
pour donner une nouvelle dynamique à l’autorité.
L’autre changement important est technologique avec notamment
er
déclarations de soupçon en ligne. Nous avons également consolidé
FICOBAM (FIchier des Comptes Bancaires et des coffres-forts
Louis Danty, goAML, qui permet depuis le 1 janvier 2024 d’effectuer ses
Responsable du pôle supervision de l’AMSF / Head of the Supervision Department of AMSF Monaco), l’outil de gestion des comptes bancaires à Monaco, et
Qu’est ce qui a changé avec la transformation du Siccfin en AMSF ? l’avons ouvert aux autres autorités de l’État (Police, Parquet, DEE,
C’est désormais une AAI (Autorité Administrative Indépendante) Services fiscaux).
avec donc plus de pouvoirs et d’indépendance ?
Louis Danty : Nos pouvoirs sont finalement proches de ceux qui Concrètement que change un tel outil ?
existaient déjà. Le Siccfin fonctionnait de manière autonome, SP : Ça change tout ! Avant, quand on voulait savoir si quelqu’un avait
dans la mesure où nous n’avons jamais reçu d’instruction. Ce qui un compte bancaire quelque part, il fallait interroger par écrit toutes
a essentiellement changé, c’est que l’AMSF hérite de la fonction de les banques et attendre qu’elles nous répondent. Depuis 2021 et la
sanction (que le Siccfin avait déjà eue par le passé), avec une muraille mise en place de FICOBAM, les banques fournissent les données sur
de Chine entre les pôles Sanction et Contrôles afin d’éviter tout conflit les comptes et coffres-forts. Nous avons ainsi accès à l’intégralité
d’intérêt. La CERC (Commission d’examen des rapports de contrôle), des comptes et coffres-forts, tout comme désormais les autres
compétente jusqu’à présent pour préconiser des sanctions auprès du autorités compétentes qui peuvent l’utiliser uniquement pour la lutte
Ministre d’État, traite tous les rapports correspondant aux missions contre le financement du terrorisme ou le blanchiment. D’ailleurs,
qui ont commencé avant le 30 septembre 2023 et cohabitera encore l’outil homologué par l’AMSN et dont le traitement des données a
pendant quelques mois avec le pôle sanction de l’AMSF. été déclaré à la CCIN, logue tout. Nous sommes très attentifs à la
Stéphane Puppo : L’AMSF a également plus de poids dans ses sécurité informatique car ces données sont critiques, une fuite dans la
interactions avec les autorités du fait des changements législatifs nature pourrait être catastrophique… En plus des contrôles de la DSI,
introduits dans la loi votée en juillet 2023. Ainsi, nous pouvons une fois par an une société informatique tierce vérifie notre sécurité
désormais dialoguer avec n’importe quelle autorité monégasque d’égal informatique pour éviter tout piratage.
à égal. L’AMSF peut conseiller le ME, la justice, le Conseil national sur
des évolutions du cadre réglementaire, et déterminer une trajectoire Les fichiers STRIX permettent également de mieux cartographier
dans la lutte anti-blanchiment. les risques en principauté. Comment ?
LD : Nous sommes les seuls en Europe à avoir cet outil de manière
Comment avez-vous perçu le rapport Moneyval ? C’est un bon coup permanente et complète sur l’ensemble des secteurs assujettis. Le
de pied dans la fourmilière qui permet d’accélérer le mouvement STRIX est un questionnaire sur les risques des entités (taille, clientèle,
ou c’est un rapport politique trop sévère ? produits commercialisés, modalités de paiement, origine géographique
LD : C’est surtout un rapport qui parle d’une période passée (avant des clients, etc.) et les contrôles (procédures internes) qui permettent
mars 2022)… La cartographie de cette période est plutôt juste, dans de les mitiger. Selon Moneyval, on manquait de granularité, de données
la mesure où Monaco avait pris du retard en la matière. Cependant, très précises sur les flux financiers suivant les origines géographiques
ce rapport regarde dans le rétroviseur et rend assez peu justice aux des fonds entrants et sortants de Monaco. On a pallié ce problème
outils en gestation à Monaco comme FICOBAM, STRIX ou goAML qui grâce au STRIX. On dispose désormais d’une analyse globale de là où
n’étaient pas implémentés depuis assez longtemps. Ce rapport en soi viennent les fonds et où ils vont, juridiction par juridiction. En effet,
n’est ni un mal ni un bien, il faut simplement adapter nos pratiques et comme Monaco ne dispose pas d’une banque centrale et d’une balance
nos moyens le plus vite possible et être pragmatique. des paiements, il a fallu trouver nous-mêmes comment répondre à
ces questions. Grâce au STRIX, on a ainsi pu déterminer que Monaco
Comment voyez-vous l’évolution depuis ce rapport ? est plus une place de transit en termes de financement du terrorisme
SP : La démarche entamée depuis un an a consisté à reformer tous et non un endroit où l’on monte des opérations.
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