Page 9 - Monaco Economie 126
P. 9

Vers la sobriété numérique ?
                                                                      L’étude de l’ADEME met en évidence qu’un des enjeux environne-
                                                                      mentaux majeurs du numérique, outre son empreinte carbone,
                                                                      est la disponibilité des métaux stratégiques et autres ressources
                                                                      utilisées pour la fabrication des terminaux (principalement télévi-
                                                                      seurs, ordinateurs, box internet et smartphones mais aussi objets
                                                                      connectés dont l’impact est grandissant). Un des leviers d’action
                                                                      est la mise en œuvre de politiques de « sobriété numérique », qui
                                                                      commencent par une interrogation sur l’ampleur du développement
                                                                      de nouveaux produits ou services numériques et une réduction ou
                                                                      stabilisation du nombre d’équipements. Lallongement de la durée de
                                                                                                    ’
                                                                      vie des terminaux, en développant davantage le reconditionnement
                                                                      et la réparation des équipements est un axe majeur de travail, tout
                                                                      comme la sensibilisation des consommateurs à ces enjeux. De la
                                                                      même manière, afin d’améliorer notamment l’efficacité énergétique,
                                                                      l’écoconception doit être systématisée : pour les terminaux, mais
                                                                      aussi pour l’ensemble des équipements (infrastructures de réseaux
                                                                      et centres de données), ainsi que dans le cadre des modalités de
                                                                      déploiement des réseaux et services numériques. La mise en œuvre
                                                                      de l’ensemble de ces leviers permettrait de réduire l’empreinte
                                                                      environnementale du numérique d’ici à 2030 : jusqu’à -16% pour
                                                                      l’empreinte carbone par rapport à 2020.
                                                                      Plusieurs mesures ont ainsi été adoptées au sein de l’administration
                                                                      monégasque : mutualisation des imprimantes, dématérialisation
                                                                      des bulletins de paie - et des courriers internes prochainement -,
                                                                      signature du Pacte National pour la transition énergétique par tous
                                                                      les agents et fonctionnaires, mise en place de filières de recyclage
                                                                      dédiées. Suite aux analyses de cycle de vie dans l’Administration,
                                                                      la durée de vie du parc informatique de l’État a été allongé à 5 ans.
                                                                      « Cette simple mesure entraîne une réduction d’émission de CO  de
                                                                                                                     2
                                                                      233 tonnes et d’extraction de ressources naturelles, soit l’équivalent
                                                                      de 191 vols allers-retours Paris-New York et de 1 074 voitures ».
              Suède, l’Islande, l’Australie, l’Estonie, les Pays-Bas, les États-Unis, le
              Royaume-Uni, Singapour, les Émirats arabes unis, le Japon et Malte…   https://publicadministration.un.org/egovkb/en-us/Data/Country-In-
              avant Monaco, qui figure à la 73  place.                formation/id/112-Monaco/dataYear/2018
                                      e

              Un numérique durable
              Au-delà des infrastructures (accès et connectivité), les stratégies   développement du numérique permet en partie de réduire d’autres im-
              nationales s’accompagnent de plans d’action en matière de sécurité   pacts environnementaux dans d’autres secteurs (mobilité par exemple),
              numérique visant à soutenir la prospérité économique et sociale et   les consommations qu’il engendrerait en électricité et en ressources
              à susciter la confiance dans l’environnement numérique mais aussi   posent de toute façon la question de leur faisabilité. Sera-t-il possible
              la protection de la vie privée. En particulier, dans l’Union européenne,   de produire autant d’électricité ou de consommer autant de matières
              le RGPD, entré en application le 25 mai 2018, a établi de nouvelles   premières dans un monde où les tensions s’accroissent ? » interroge
              règles régissant la libre circulation des données à caractère personnel   l’agence. Une question qui résonne aussi forcément place de la Visita-
              relatives aux personnes concernées au sein de l’Union européenne.   tion. « Toute la transformation n’a de sens que si elle est à la fois sobre
              Autres tendances lourdes : un numérique résilient et inclusif mais sur-  énergétiquement et au service du développement durable. Comme la
              tout durable. Car l’impact environnemental du numérique ne cesse de   sécurité intégrée « by design », l’approche environnementale doit être
              croître. Responsable de 3 à 4 % des émissions totales de gaz à effet   elle aussi intégrée dès la conception de chaque projet. Nous avons déjà
              de serre dans le monde (selon les études), il génère énormément de   des exemples concrets de cette politique. Les data center de Monaco
              déchets et exige quantité de ressources non-renouvelables et d’eau   Telecom fonctionnent déjà à énergie décarbonée et sont conçus de
              douce. Les accords de Paris imposent d’en réduire l’impact. Rien qu’en   façon écoresponsable, la centralisation rendue possible par la création
              France, « à l’horizon 2030, si rien n’est fait pour réduire l’empreinte   de notre cloud souverain permettrait de réduire entre 25 % et 50 % les
              environnementale du numérique et que les usages continuent de pro-  émissions de CO  par rapport aux structures « on premise ». Monaco
                                                                                  2
              gresser au rythme actuel, le trafic de données serait multiplié par 6 et   Cloud vise le « zéro carbone » à horizon 2025 », promet Frédéric Genta.
              le nombre d’équipements serait supérieur de près de 65 % par rapport
              à 2020, notamment du fait de l’essor des objets connectés », selon   1. Il en résulterait des augmentations, entre 2020 et 2030 :
                                                            1
                                                                      - de l’empreinte carbone du numérique en France : environ + 45% (pour atteindre 25 Mt CO 2  eq),
              l’ADEME. Et cette empreinte pourrait tripler entre 2020 et 2050 ! « Si ce   - de la consommation de ressources abiotiques (métaux et minéraux) : + 14 %,
                                                                      - de la consommation électrique finale en phase d’usage : + 5 % (pour atteindre 54 TWh par an)
                                                                                                                             9


       ME_126.indd   9                                                                                                 13/04/2023   11:32
   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14