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 Liste grise GAFI : quels risques et quelles opportunités ?

Alors que la Principauté pourrait sortir de la liste grise du GAFI en octobre 2026, le nouveau Ministre des Finances Frédéric Cottalorda rappelle que la lutte anti-blanchiment est devenue un enjeu d’attractivité pour la Principauté.

« Il faut bien avoir conscience que la sortie de la liste GAFI ne sera pas une fin en soi », a lâché Frédéric Cottalorda, Conseiller de Gouvernement-Ministre de l’Économie, lors du dernier Club Eco organisé par le Monaco Economic Board et le groupe Nice-Matin consacré à la lutte contre le blanchiment. Derrière l’objectif immédiat de sortir de la liste grise du GAFI – potentiellement en octobre 2026 – , les autorités monégasques annoncent vouloir faire de la conformité non plus une contrainte, mais un avantage compétitif.

Monaco au contrôle technique

Depuis son placement sur la liste grise du GAFI en juin 2024, Monaco avance sous surveillance renforcée. Les efforts engagés ont déjà profondément modifié le paysage comme l’a également rappelé Frédéric Chartier, coordinateur exécutif du Comité de coordination et de suivi de la stratégie nationale de lutte contre le blanchiment. «Aujourd’hui, sur 40 critères de conformité technique, Monaco est à 39 sur 40.» Lors de sa séance plénière de juin 2026, le GAFI a reconnu que la Principauté « avait largement achevé son plan d’action – notamment sur les deux points saillants que sont l’amélioration de l’efficacité judiciaire avec l’application de sanctions et l’augmentation de saisies d’avoir criminels NDLR. » On passe donc à l’étape d’après : « Une visite sur place est désormais justifiée afin de vérifier que la mise en œuvre des réformes en matière de LCB-FT a bien débuté et se poursuit de manière durable, et que l’engagement politique nécessaire demeure en place pour garantir leur application à long terme », a commenté le GAFI. Ce qui implique, si tout va bien, une sortie à l’issue de cette mission d’évaluation en octobre…

Une chaîne où chaque maillon compte

Pour Frédéric Cottalorda, la lutte anti-blanchiment fonctionne comme une chaîne. « Chacun a un maillon. » Banques, notaires, agents immobiliers, avocats, autorités judiciaires : tous regardent une même opération sous des angles différents. Exemple : pour une même transaction immobilière, une banque analysera les flux financiers ; l’agent immobilier observera le comportement de l’acheteur ; le notaire examinera l’historique du bien et les écarts de valorisation. Trois regards distincts sur une même opération. 

Evidemment, rien n’est simple. «La conformité peut être une contrainte pour la relation bancaire avec le client», admet  Olivier Pagès, Directeur des opérations (COO) de CMB Monaco. L’inscription de Monaco sur la liste européenne a entraîné un ralentissement des opérations, avec des vérifications quasi systématiques… Le banquier doit alors «bien expliquer les demandes, rendre les contrôles supportables et éviter que la vigilance renforcée ne casse la relation commerciale », précise le banquier.

De la ceinture de sécurité à l’ABS bancaire

 « Dans les années 1980, la ceinture de sécurité était vécue comme une contrainte », compare Olivier Pagès. Aujourd’hui, la sécurité est devenue un argument commercial majeur pour des marques comme BMW, Audi ou Mercedes. La conformité bancaire suit exactement la même trajectoire. Hier perçue comme un frein administratif et un centre de coûts, elle devient progressivement un facteur différenciant entre les places financières. La banque capable de démontrer la qualité de ses contrôles, la fluidité de ses opérations et la solidité de son dispositif de surveillance inspire davantage confiance. Cette évolution s’appuie sur des investissements considérables. Les banques monégasques font désormais appel à l’intelligence artificielle pour analyser des millions de transactions, détecter des signaux faibles et identifier des comportements atypiques. « La conformité doit devenir plus proactive », explique Olivier Pagès.

Il n’y a pas le choix. Car il n’y aura pas de retour en arrière. «Faire moins pour attirer serait un très mauvais signal », prévient Frédéric Cottalorda. Selon le Ministre des Finances, la conformité est devenue un critère majeur dans les décisions d’investissement. Les grands groupes financiers, les fonds et les entrepreneurs internationaux évaluent désormais le niveau de transparence et de sécurité réglementaire d’un pays avec la même attention qu’ils regardent sa fiscalité ou son environnement économique. En d’autres termes, la conformité est devenue une forme de notation invisible des États. «Il y a des investisseurs qui regardent la place avec intérêt, mais qui nous disent: tant que Monaco est sur la liste, on ne pourra rien faire. La sortie de liste est donc un enjeu stratégique qui ne serait plus qu’une question de temps. C’est le GAFI qui est maître de l’horloge mais j’ose prétendre que nous atteindrons les meilleurs standards internationaux et que nous serons parmi les premiers de la classe », annonce Frédéric Cottalorda.

Le signal envoyé au marché

Cette logique explique également l’importance accordée aux sanctions. Les dernières attentes du GAFI portent précisément sur la capacité du dispositif monégasque à démontrer que les manquements sont effectivement sanctionnés de manière proportionnée, effective et dissuasive. La publicité des sanctions – avec publication nominative de la décision au Journal de Monaco et sur le site de l’AMSF pendant cinq ans – joue ici un rôle essentiel. « Vous êtes sur l’autoroute, vous dépassez les limitations de vitesse, vous allez vous faire attraper. Les autres conducteurs voient bien qu’il y a une voiture sur le côté qui est en train d’être verbalisée. », illustre Frédéric Cottalorda. La sanction ne sert pas uniquement à punir. Elle sert aussi à rappeler les règles à l’ensemble des acteurs. Comme l’a montré l’Autorité Monégasque de Sécurité Financière. Le 7 mai 2026, l’AMSF a infligé une amende de 6 millions d’euros à UBS Monaco pour manquements à la réglementation en matière de lutte contre le blanchiment d’argent !

Et la liste de l’UE ?

La sortie de la liste grise du GAFI ne règlera d’ailleurs pas tout immédiatement. Comme l’a rappelé Frédéric Cottalorda, une deuxième étape restera à franchir : celle de la sortie de la liste de l’Union européenne. Car l’inscription sur cette liste entraîne automatiquement des mesures de vigilance renforcées de la part des établissements financiers européens. Autrement dit, même lorsque le contrôle technique du GAFI sera validé, Monaco devra encore convaincre ses partenaires européens que les progrès réalisés sont durables…

Bruno Dalles : « Monaco est officiellement dans la piste de sortie »

« Il faut montrer qu’on est engagé dans un processus irréversible », insiste Bruno Dalles. Au lendemain de la décision du Groupe d’action financière (GAFI), le directeur de l’Autorité monégasque de sécurité financière affichait sa satisfaction tout en appelant à ne pas crier victoire trop vite. Selon lui, la Principauté a franchi une étape décisive : « On est officiellement maintenant dans la piste de sortie » de la liste grise. Pourquoi ? Historiquement, lorsqu’une visite sur site est décidée, le processus aboutit généralement. « Les éléments déjà validés par le GAFI ne seront pas remis en cause. Ce qui est considéré comme acquis est acquis. Début septembre, les experts du GAFI effectueront une visite sur place afin de vérifier que les réformes engagées sont bien appliquées et, surtout, qu’elles s’inscrivent dans la durée. La visite doit seulement confirmer la poursuite des efforts. »  Si cette ultime étape est franchie, la décision finale est attendue lors de la plénière du GAFI, fin octobre à Paris.« L’Algérie sort… Ça fait un précédent favorable. »

Milena Radoman

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