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Economy




       Mettre la finance au service

       de l’environnement



       par Paolo Di Gaeta
       Développement économique et préservation de l‘environ-
       nement : deux notions qui peuvent apparaître contradic-

       toires.

       D’ailleurs, tout un courant de pensée à travers le   dans l’industrie et l’agriculture. En revanche il
       monde estime qu’il ne peut y avoir de véritable   faut accélérer très fortement leurs mises en
       politique respectueuse de l’écologie sans que   place car, de fait nous n’avons plus de temps
       celle-ci n’accepte de prendre en compte l’im-  à perdre pour redonner une santé pérenne à
       pératif d’un arrêt de la croissance économique,   notre planète : tous les plus grands scientifiques
       voire même carrément d’une réduction sensible   sont d’accord sur ce point. Et pour intensifier les
       de l’activité et de la production dans un grand   soins, il faut un centre d’intervention reconnu   Paolo Di Gaeta
       nombre de secteurs : industrie, agriculture,   par les nations – comme le FMI, la Banque
       élevage, transports, tourisme.    internationale, l’Organisation mondiale de la   taux d’intérêt sont encore plus bas que cela.
       Diplômé de sciences politiques et spécialiste   santé, l’Organisation mondiale du commerce –   Et quelquefois, ils sont même négatifs. Quant
       des questions de finances internationales,   et de l’argent, beaucoup d’argent pour financer   aux garanties, ce serait les signatures des
       Paolo Di Gaeta, bien que très sensibilisé à la   les actions de dépollution à grande échelle   Etats membres, les propriétés industrielles et
       problématique de la santé de notre planète,   décidées par la communauté internationale.  les emprises foncières qui seraient tombées
       rejette catégoriquement cette logique de                            dans l’escarcelle de ce centre de décision par
       nécessaire régression pour survivre. Pour lui,   Comment une telle structure pourrait-elle être   voix d’expropriations.
       l’humanité possède les moyens de continuer   directement opérationnelle sur les origines
       à améliorer sa qualité de vie tout en bonifiant   des pollutions et comment la financer ?
       son cadre de vie…                 Pour la première partie de la question, en la
                                         dotant d’un pouvoir de décision unilatérale et
       Tenter d’aboutir à ces deux objectifs, ce   incontestable sur le plan juridique afin qu’elle
       n’est pas chercher à résoudre la quadrature   puisse s’adresser directement aux propriétaires
       du cercle ?                       de structures polluantes. Et elle leur propose-
       Il faut savoir demeurer pragmatique. Faire de   rait alors, soit de les aider pécuniairement à
       la décroissance mondiale, c’est juste inenvi-  mettre leurs exploitations aux normes, soit,
       sageable car inadmissible pour des centaines   s’ils ne veulent pas, elle les exproprierait, contre
       et des centaines de millions d’être humains.   indemnités, pour ensuite faire jouer un droit
       Comment penser une seconde que l’on puisse   de préemption pour s’en rendre acquéreuse.
       aller affirmer aux populations sous le seuil de   Ensuite elle continuerait l’exploitation, mais
       pauvreté d’Afrique, du sous-continent indien,   désormais labellisé « propre » ou la faire dis-
       d’Amérique du Sud, qu’ils ont trop à manger,   paraître si cela ne s’avère pas possible pour
       trop de vêtements, trop de logements. Seule   créer à la place quelque chose d’autre et de
       la poursuite de la croissance économique   rentable sur l’emprise foncière.
       internationale peut permettre à ces femmes   Enfin concernant le financement de ce centre
       et ces hommes d’accéder à des lendemains   d’intervention, il y aurait, d’une part bien sûr,
       meilleurs.                        les cotisations des nations, les mécénats
                                         – ne perdons pas de vue que Bill Gates est le
       Certes, mais ce sont justement ces régions   premier contributeur de l’OMS – mais il faudra
       du monde qui sont le plus menacées par les   aussi, pour compléter, ne pas hésiter à lancer
       dérèglements climatiques (montée des eaux,   un emprunt sur les marchés. Un emprunt à
       hausse des températures, désertification)   très long terme comme cela est désormais
       pour partie générés par l’activité humaine.  possible, un siècle par exemple, et même avec  © Depositphotos/vectorfusionart
       Toutefois les solutions scientifiques et tech-  une petite rentabilité de 2 ou 3%, je suis certain
       nologiques existent pour dépolluer l’activité   qu’il serait vite couvert car, en ce moment, les

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