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« Dix fois le musée du Louvre, trois fois le National Mall de Washington   Reconstruction de la ville sur la ville
          DC, le tiers d’un arrondissement moyen de Paris ou encore le quart   Une autre stratégie clé consiste à reconstruire la ville sur elle-même.
          des jardins du château de Versailles… » C’est ce que représente la   Monaco démolit des bâtiments existants pour les remplacer par
          Principauté de Monaco, comme le résume très justement la juriste   des structures plus modernes et fonctionnelles. Ce processus de
          Delphine Lanzara . Deuxième pays le plus petit au monde après le   renouvellement urbain est visible dans des projets emblématiques
                       *
          Vatican, la Principauté est aussi le pays le plus densément peuplé.   comme la reconstruction du centre hospitalier Princesse Grace, le
          Et ses 2 km² de superficie obligent ce micro-État à répondre à des   complexe One Monte-Carlo. Cette méthode permet de répondre à
          défis d’urbanisme uniques, alliant des besoins d’infrastructures   la demande croissante tout en optimisant l’espace limité. En raison
          comparables à ceux d’une métropole de taille moyenne et un mètre   de la rareté des terrains disponibles, acquiert des terrains dans les
          carré moyen supérieur à 50 000 euros....               communes françaises voisines pour y construire des logements pour
                                                                 ses fonctionnaires, des équipements sportifs, et des espaces de
          Monte-Carlo ou le renouveau                            stockage, bien que ces terrains restent juridiquement sous souveraineté
          La Principauté est souvent associée à Monte-Carlo, son casino   française ou italienne. Le Monte-Carlo Country Club, qui abrite le
          et ses palaces. À l’origine, le plateau des Spélugues - du nom, en   fameux Rolex masters de tennis, n’est-il pas implanté à Roquebrune ?
          monégasque, des grottes qu’il abritait - était une terre aride et sauvage   Enfin, dernière tendance : un plan de renaturation de la ville est prévu
          où s’élevaient oliviers et caroubiers, une poignée d’arbres fruitiers et   dans la Stratégie Nationale pour la Biodiversité à 2030. « Monaco étant
          quelques ceps de vignes. Charles III donne son nom en 1866 à une   la citée côtière la plus densément peuplée au monde, le changement
          ville nouvelle bâtie autour du casino et de l’hôtel de Paris. Hôtels,   climatique va exercer des pressions supplémentaires sur les
          restaurants, cafés, immeubles s’y multiplient, l’église Saint-Charles   populations et la biodiversité du territoire. Il est donc nécessaire de
          est ouverte en 1883. Théâtre à l’italienne rouge et or au style Second   préparer la ville résiliente de demain en intégrant les services rendus
          Empire, la salle Garnier est une réplique miniature de l’Opéra de Paris.   par la nature », explique la Direction de l’Environnement. Dans le cadre
          Le célèbre architecte français venait alors d’achever l’Opéra de Paris.   de ce plan, un objectif de renaturation d’au moins 20% des surfaces
          Pour former la charpente, il a employé des poutres en fer, dessinées par   de voirie a été fixé à l’horizon 2030, « soit un gain de plus de 13 ha
          Gustave Eiffel, le père de la tour éponyme et de la structure intérieure   d’espaces favorables à la biodiversité ». La plantation de 2 400 arbres
          de la Statue de la liberté… Monaco symbolise alors le renouveau et   supplémentaires sur le territoire est envisagée d’ici 2030, tandis que
          la modernité. Comme veulent l’incarner aujourd’hui le One Monte-  « le développement d’infrastructures vertes sur le bâti, telles que des
          Carlo et la nouvelle place du casino. Tout comme ce projet de tours   toitures intensives et des murs végétalisés modulaires, sera favorisé
          de grande hauteur qui reposeraient sur des pilotis d’une quinzaine   pour « ensauvager » la ville. »
          de mètres, imaginées par la direction de la prospective dans le cadre   À l’avenir, Monaco devra encore et toujours innover. Certains
          d’une réflexion concernant le plateau des Spélugues…   architectes, comme Édouard Albert, connu pour l’université de
          Consciente des limites géographiques de l’espace disponible, la   Jussieu, avaient imaginé des îles artificielles au large de Monaco.
          Principauté a mis en œuvre au fil du temps plusieurs stratégies pour   L’idée de villes flottantes a resurgi récemment avec l’utopie «Lilypad»
          densifier son territoire. L’urbanisation verticale, amorcée dans les   signée Vincent Callebaud. L’architecte franco-belge a imaginé cette
          années 1960, a radicalement transformé le paysage monégasque.   écopolis, capable d’accueillir jusqu’à 50 000 personnes, comme une
          Les premiers gratte-ciels de 20 à 36 étages ont donné à Monaco   réponse durable à la fois à la montée des réfugiés climatiques et à
          une physionomie semblable à celle des grandes métropoles, avec   la sururbanisation des zones littorales. Et s’il s’agissait des futurs
          des immeubles de grande hauteur comme la célèbre Tour Odéon,   pieds-à-mer à Monaco ?
          qui culmine à 170 mètres et abrite l’un des appartements les plus
          chers au monde.                                        *Le problème foncier à Monaco, dans La Revue foncière juillet/août 2017.
          Parallèlement, Monaco a développé un urbanisme souterrain, avec la
          construction de tunnels, de parkings et d’infrastructures logistiques
          enfouies. Cette approche a permis de libérer des espaces en surface
          pour des jardins et espaces verts, qui représentent aujourd’hui près
          de 20 % du territoire. Le sous-sol de la Principauté abrite également
          des infrastructures clés, comme le centre de tri postal, des galeries
          techniques et des espaces événementiels comme le Grimaldi Forum.


          Gagner du terrain sur la mer
          Face à l’impossibilité d’étendre ses frontières terrestres, Monaco a
          trouvé une solution innovante : conquérir la mer. Depuis les années
          1960, la Principauté a entrepris de nombreux projets d’extension
          maritime, notamment dans les quartiers de Fontvieille et du Larvotto.
          En tout, près de 60 hectares ont été gagnés sur la Méditerranée,  © NMNM / Mauro Magliani & Barbara Piovan
          représentant environ 20 % du territoire total de Monaco. Ces extensions
          permettent d’accueillir de nouveaux logements, infrastructures et
          espaces de loisirs. Dernière illustration de cette « conquête pacifique » :   Louis-Emile Durandelle
                                                                  Fin des travaux du Théâtre de Monte-Carlo par l’architecte Charles Garnier, 1879
          Mareterra et ses 6 hectares situés entre le Larvotto et les Spélugues.   Photo : NMNM / Mauro Magliani & Barbara Piovan

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