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MOTIV-UP : « Les jeunes seront amenés à changer de
métiers plusieurs fois »
par Milena Radoman
La vie professionnelle est loin d’être un long fleuve tranquille... À la tête de Motiv-Up, Chantal
Cockaerts est témoin de l’évolution du marché du travail.
Difficile de prévoir les métiers du futur, qui n’existent pas encore, pour un plan de carrière ou une formation et en renforçant la motivation. »
Chantal Cockaerts. « Il y a bien sûr les métiers liés au numérique (data, Le seul hic : à Monaco, la formation professionnelle n’est pas financée
robotique, cybersécurité, IA, santé numérique), à l’environnement et par l’État ou les entreprises contrairement à la France par exemple.
aux services à la personne. Mais certaines professions vont disparaitre Or un bilan de compétence coûte entre 1 800 et 3 000 euros, en
en raison des avancées technologiques et de l’IA. Nous avons un fonction du nombre d’heures et d’outils utilisés. « Je pratique une
modèle économique à inventer... » analyse la consultante, qui a créé prestation à 750 euros en quatre rendez-vous mais il ne convient pas
Motiv-Up en 2010 à Monaco pour permettre à chacun de trouver sa à tous les profils », explique Chantal Cockaerts qui a pris son bâton de
voie dans son parcours de vie. pèlerin pour convaincre les autorités monégasques de l’importance
Chez les scolaires, Chantal Cockaerts essaie de faire comprendre qu’il d’un financement par l’État. « En France, le bilan de compétences
ne faut pas chercher le métier qu’ils souhaitent faire toute leur vie. se situe en 4 ème place dans les demandes de financement par les
« C’est trop stressant. C’était vrai il y a longtemps mais aujourd’hui, salariés après les langues, le permis B. Il représente un enjeu majeur
il faut trouver un premier métier qui vous plaira. Cela correspond à pour les salariés, par conséquent pour les entreprises et in fine pour
la philosophie actuelle du monde du travail où tous les jeunes seront l’économie monégasque. La multiplication de sites de notation de
amenés à changer de métiers plusieurs fois au cours de leur vie bien-être en entreprises tel Great Place to Work démontre l’importance
professionnelle. » Certaines universités ont d’ailleurs sauté le pas croissante accordée à ce facteur », milite la vice-présidente du
et proposent désormais des socles d’enseignement généralistes, à Syndicat des Professionnels en Ressources Humaines (SYRH) dans
l’américaine. « Au lieu de se spécialiser dès la première année, les un Livre Blanc remis au département des Affaires sociales en 2022.
écoles “liberal arts” permettent d’étudier un ensemble interdisciplinaire Sa proposition ? « Les financements et aides apportés par l’État
(Histoire, Mathématiques, Chimie, Politique, Littérature…) avec une pourraient être envisagés pour toute personne travaillant à Monaco
spécialisation uniquement en master. » sur une période à définir ou pour les personnes inscrites au Service
Dans les bilans de compétence qu’elle réalise, à Monaco bien sûr de l’Emploi à Monaco ou pour les jeunes par un soutien différencié
mais aussi en France et en Europe, certains jeunes actifs esquissent basé sur la couleur de la carte de sécurité sociale. Mais aussi pour
des projets pour recréer du lien et de la communauté, créer des les entreprises qui réalisent des Bilans de Compétences dans le cadre
passerelles entre les générations et faire revivre des quartiers grâce de leur politique RH ou lors d’un licenciement ». Ce qui permettrait
à des espaces de coworking… « Je sens une forte quête de sens de prévenir le burnout, autre phénomène affectant le monde du
chez les trentenaires et un désir d’équilibre entre vie personnelle et travail. « Depuis la crise du covid, le nombre de cas a doublé dans
vie professionnelle chez les hommes autant que les femmes, toutes mon cabinet », observe Chantal Cockaerts qui voit plus de femmes
générations confondues. » en burnout. « Ce sont souvent des personnes perfectionnistes, qui
repoussent leurs limites, qui font tout pour rentrer dans le moule dans
La formation continue, la clé pour se mettre à jour un environnement qui ne correspond pas à leurs valeurs. »
Pour Chantal Cockaerts, c’est la formation continue qui permettra
à chacun de se mettre à jour, tout au long de sa carrière. « Les
certifications professionnelles permettent de développer des
compétences techniques (logiciels, IA, gestion de projet, etc…) mais
aussi des soft skills, des compétences utiles quelque soit le secteur
professionnel. La communication verbale et écrite, la collaboration,
l’autonomie, la pensée critique et créative, la flexibilité et la résilience,
la gestion d’équipe et le management, sont essentiels aujourd’hui. Il
faut être ouvert au changement et être prêt à rebondir, développer
ses réseaux et sa communauté (LinkedIn, associations comme la Chantal Cockaerts,
JCEM) », estime la consultante, pour qui ces soft skills devraient être fondatrice de Motiv-Up
Motiv-Up’s founder
développées dès le système scolaire « pour penser out of the box
dans un marché du travail en pleine ébullition ».
Un Livre Blanc pour un financement étatique
Pour Chantal Cockaerts, les bilans de compétences ont plusieurs
vertus pour les gens qui ne se sentent pas bien dans leur métier ou
qui souhaitent se reconvertir : « Les personnes se rendent compte de
leurs compétences et cela ouvre le champ des possibles, en identifiant
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