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ECONOMY



          La résistance des grandes puissances économiques

         face aux conséquences des guerres

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          Ils étaient pléthore les experts prévisionnistes à annoncer le pire pour l’économie internationale
          au lendemain du déclenchement du conflit entre la Russie et l’Ukraine en février 2022.


          Selon eux, un tel conflit de haute intensité à la lisière même, de l’Union   Intérêts réciproques
          Européenne et de la zone OTAN, ne pouvait être que synonyme de   Mais n’est-ce pas verser dans un excès d’optimisme d’estimer que,
          crise généralisée, avec son corollaire de retour à un chômage de   désormais, les grandes puissances étant devenues économiquement
          masse et d’inflation galopante, en raison des difficultés inévitables   interdépendantes, il ne pourrait jamais surgir une poussée de fièvre
          d’acheminement, depuis la zone concernée par le conflit, des   nationaliste, comme celle qu’on observe en Russie, qui pourrait
          ressources énergétiques et de nombreuses matières premières   bouleverser cet équilibre ?
          absolument nécessaires pour l’activité.                « C’est vrai qu’il y eu des rencontres entre Poutine et le Président
          Certes, c’était le continent européen qui était avant tout concerné   chinois et que ce dernier a affirmé l’inébranlable amitié entre son
          mais, par effet domino, le mal était voué à s’étendre à toute la planète.  pays et la Russie » poursuit Paolo Di Gaeta. « Une affirmation qui
          Plus de deux ans plus tard, tandis que cette guerre sévit toujours et   peut être considérée comme menaçante en Occident, eu égard
          alors que d’autres brasiers se sont re-déclenchés au Proche Orient,   à la continuation de la guerre en Ukraine. Mais parallèlement, ce
          au sein des zones où sont implantées les grandes puissances   même Président proclame aussi fort que sa nation est avant tout
          économiques – Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Asie – l’activité   une puissance de paix. C’est une manière de bien faire comprendre
          a continué à aller de l’avant après avoir surmonté quelques hoquets.  que la Chine ne veut affronter personne car elle est en affaire avec
          De fait, comme à travers la planète, les sites de production de pétrole,   tout le monde ! Deux données à mentionner pour illustrer cet état de
          gaz et matières premières de toutes sortes se sont largement accrus   fait : d’une part, l’Union Européenne est le premier marché de Pékin
          au fil des quatre dernières décennies, d’autres circuits géographiques   et, d’autre part, 75% des bons du trésor des Etats-Unis sont détenus
          d’alimentation en ressources énergétiques et en matières premières   par des fonds souverains chinois. Il est donc vital pour la santé de
          ont été rapidement mis en place pour compenser ce qui ne parvenait   la Chine que son meilleur acheteur et que son principal débiteur se
          plus des lieux où sévissent les combats tandis que l’inflation, après   portent le mieux possible... »
          une flambée initiale menaçante, apparaît désormais maîtrisée.

          L’effet des interdépendances
          Une situation qui ne surprend pas Paolo Di Gaeta, spécialiste des
          questions de finances internationales, lequel n’a d’ailleurs jamais
          été du nombre des analystes catastrophistes. « Du fait que les
          affrontements ne se déroulent pas sur les territoires même des
          grandes puissances, il était prévisible que celles-ci trouveraient
          à pallier aux dérèglements consécutifs à des guerres demeurant
          localisées » commente-t-il. « Désormais, les productions, les flux des
          échanges, les modes de financement et les rythmes de consommation
          sont tellement interconnectés que les grandes puissances sont
          devenues pleinement interdépendantes et ont donc un intérêt mutuel
          à s’entendre pour surmonter tout problème lié aux circonstances. Cet
          intérêt mutuel ne peut plus, à notre époque, être perdu de vue par
          les dirigeants en place à la tête de ces géants mondiaux, car il n’y
          a plus d’idéologie politique, d’extrême gauche ou d’extrême droite,
          pour altérer les raisonnements logiques et de bon sens. Or ce n’était
          pas le cas pendant une grande partie du 20  siècle durant laquelle,
                                            e
          même l’équilibre de la menace nucléaire pouvait être brisé par des
          aveuglements idéologiques. Alors certes, on pourrait objecter que le
          gouvernement chinois se proclame toujours communiste. Mais ce
          n’est qu’un habillage de façade pour masquer l’évidence. A savoir que
          c’est tout simplement une autocratie qui a pour finalité de produire
          et générer le plus de richesses possibles pour assumer les besoins
          de son immense population. L’idéologie régnante dans le monde
          actuellement, c’est la recherche du bien-être ».
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