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ECONOMY
La résilience des économies par Paolo Di Gaeta
Dès le début de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine, le 24 février 2022, des masses de
prévisionnistes en tous genres avaient annoncé des tombereaux de désastres.
place des circuits de dérivations planétaires est totalement entrée dans le commerce
pour se fournir ailleurs en matières premières international et l’entièreté de son économie
et ressources énergétiques qu’auparavant elles en dépend directement. L’Amérique du Nord
achetaient dans la zone en guerre d’où plus rien et l’Europe sont ses premiers clients et ses
ne sortait, soit pour cause de blocus soit en premiers fournisseurs. Pékin ne pourrait donc
raison des sanctions prises contre la Russie. » pas assurer son activité et faire vivre décem-
ment une population de 1 milliard 300 millions
A condition de maîtriser l’inflation en douceur d’habitants si ses partenaires entraient en forte
Reste une conséquence négative annoncée souffrance économique ce qui serait le cas si
et qui, elle, s’est bien manifestée, c’est la la guerre métastasait »
forte poussée de l’inflation. De l’ordre de 8% En contrepoint, l’intéressé ne se range pour au-
en moyenne dans la zone euro avec des pics tant du côté des « va-t’en guerre » estimant que
nettement supérieurs pour certains biens : 16% le mieux, pour l’avenir, serait un effondrement
pour l’alimentation, 25% pour l’énergie. Et là complet de la Russie : « Ce pays possède un
aussi, il ne s’agit que de moyennes pondérées. arsenal nucléaire démentiel répandu à travers
« En fait, c’est à ce niveau que réside le vrai tout son territoire. Une implosion totale de la
Paolo di Gaeta danger pour la croissance » commente Paolo Di Russie pourrait provoquer la naissance de plu-
Gaeta. « D’une part, il ne faut pas laisser déraper sieurs entités, monstrueusement semblables
Le pire, selon eux, était probable : chute de la montée des prix des biens de consommation à la Corée du Nord avec ce que cela implique
l’activité économique, raréfaction drastique à un niveau où les demandeurs potentiels ne d’impossibilité à établir une harmonie géopo-
des approvisionnements en énergie, en denrées pourraient plus les acquérir. Mais, d’autre part, il litique planétaire ».
alimentaires et en matières premières. Le tout ne faut pas que les remèdes anti-inflationnistes,
provoquant inéluctablement une survenue du c’est-à-dire, la montée des taux directeurs des
chômage de masse dans les pays industrialisés, banques centrales, lesquels conditionnent
avec son cortège d’affrontements sociaux, et le coût des crédits, dépasse le point au-delà
de terribles famines sur le continent africain duquel les États et les entreprises ne peuvent
et au Moyen-Orient. plus emprunter pour investir et donc assurer
Mais en ce printemps 2023, après plus d’un un niveau satisfaisant de l’activité. Il ne faut
an d’un conflit pourtant aussi meurtrier que pas répéter certains excès de rigueur commis
destructeur sur le territoire en cause, la situation après 2008 pour tenter de résorber trop vite la
est très loin d’être celle prédite par ces augures crise dite des subprimes. Ce serait d’autant plus
de malheurs. inepte de ne pas tenir compte des erreurs du
Il n’y pas eu de récession, il n’y a pas eu de passé que, pour le présent exercice et au-delà,
coupures d’électricité durant l’hiver, pas de les prévisions des banques centrales et de
manque de gaz, un pétrole qui continue à l‘OCDE sont bonnes concernant la conjoncture
arriver et avec un coût au baril inférieur à et les perspectives de croissance, et cela dans
celui du début de l’année passée et enfin des pratiquement toutes les parties du monde ».
céréales ukrainiennes et russes exportées en
très grandes quantités grâce à un accord entre La géopolitique et l’économie
les belligérants sur ce point. Mais évidemment, toutes ces considérations
Spécialiste des questions de finances in- deviendraient vaines si le conflit débordait de
ternationales, Paolo Di Gaeta, ne fut jamais son cadre géographique limité actuel. La grande
au nombre des alarmistes enfiévrés. « Tout crainte en l’espèce étant l’attitude de la Chine,
d’abord » commente-t-il, « Parce que ce conflit amie « officielle » de la Russie dans les temps
demeurait dans un territoire cantonné et qui viennent.
éloigné des zones d’échanges mondiaux et Un scénario catastrophe auquel Paolo Di
ensuite parce que l’on a observé très vite que Gaeta n’a jamais cru et il persiste dans cette
les opérateurs économiques ont su mettre en opinion. « Contrairement à la Russie, la Chine
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