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ZOOM
Le Cloud Souverain, un enjeu de souveraineté par Milena Radoman
Pour Monaco, avoir son propre cloud souverain est une question de souveraineté dans un monde
numérique dominé par les mastodontes du digital américains et chinois.
« Je suis particulièrement fi er que la Principauté de Monaco soit vitale et aux entreprises privées. « Les données les plus sensibles
le premier pays en Europe à disposer d’un Cloud Souverain d’État. peuvent même bénéficier d’une solution de chiffrement souveraine
Cette réalisation entre dans le cadre de notre politique ambitieuse de mise en œuvre par Monaco Cloud », avance la société, rappelant
développement numérique de notre économie et constitue un aspect que « les infrastructures de l’opérateur sont localisées à Monaco ».
essentiel de son attractivité pour notre population et tous ceux qui Ce qui implique que les données hébergées sont stockées en princi-
souhaitent s’y installer », avait déclaré le Prince Albert II, au lancement pauté (transitant par le réseau de Monaco Telecom sur le territoire
de Monaco Cloud en 2021. Il faut dire que sur le continent, la nais- monégasque). Placées sous loi monégasque, elles ne risquent pas
sance d’un cloud souverain européen s’enlise. Le projet Gaia-X, qui d’être exfiltrées puisqu’elles ne sont soumises au Patriot Act, au Cloud
avait été présenté comme le « premier pas » vers une « infrastructure Act, ni à aucune juridiction hors de Monaco. En 2022, les services de
européenne du cloud », a pris du plomb dans l’aile, avec le départ Monaco Cloud ont de plus été homologués en suivant la méthodolo-
de l’un de ses fondateurs, Scaleway. En février 2022, douze États gie recommandée par l’Agence monégasque de sécurité numérique
membres de l’Union (la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la (AMSN). Une homologation qui repose sur la politique de sécurité
Hongrie, l’Italie, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, des systèmes d’information de l’État (PSSI-E) visant à se prémunir
la Slovénie, la République tchèque) ont alors annoncé leur volonté des cyberattaques comme le piratage, les atteintes à la vie privée ou
de lancer un grand projet de cloud souverain à l’échelle européenne. le sabotage des systèmes d’information. Ils seront bientôt qualifiés
Il prend la forme d’un PIIEC (projet important d’intérêt européen PINH (équivalent SecNumCloud).
commun) financé à hauteur de 7 milliards d’euros qui impliquerait Aujourd’hui, Monaco Cloud compte 30 clients, acteurs économiques
quelques 180 entreprises européennes. En France, les initiatives de et institutionnels et propose déjà « des solutions souveraines comme
cloud souverain ou de confiance se multiplient, comme OVH Cloud le coffre-fort, la signature électronique ou le chiffrement souverain ».
qui propose une offre isolée des législations extraterritoriales et une Cette offre sera prochainement étoffée avec un « nouveau service
labellisation SecNumCloud. de sauvegarde et de restauration autonome ainsi qu’un service de
stockage de grande capacité optimisé et immuable (S3) », a annoncé
Eviter le cloud Act récemment la société. Le lancement de sa « marketplace » est quant
Pourquoi vouloir créer un cloud souverain à tout prix ? Pour les États, à lui prévu au premier semestre 2023.
c’est une question de souveraineté numérique. Il s’agit de lutter contre Pour inciter les entreprises à migrer leurs infrastructures vers le cloud
la domination des GAFAM américains et des BATX chinois (Baidu, souverain, Monaco Cloud utilise un autre argument : les économies
Alibaba, Tencent et Xiaomi) qui dominent les marchés européens générées. Jusqu’à 50% sur 5 ans pour une entreprise « par rapport au
et les placent en situation de dépendance technologique en dictant modèle on-premise » … L’État, lui, donne l’exemple. Il a déjà commencé
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leurs normes. Pour la majorité des entreprises européennes, le vi- la migration de ses données sur le Cloud Souverain et devrait terminer
rage vers le cloud a commencé il y a une dizaine d’années. Faute de cette opération - nom de code « Gouv to cloud » - d’ici à la fin 2024/2025.
solution attractive en Europe, 70 à 80% d’entre elles ont externalisé
leurs données y compris les plus sensibles à travers les leaders
américains comme Amazon ou Microsoft. Ce qui pose un problème
majeur de sécurité, surtout après le scandale du programme d’es-
pionnage Prism, révélant que le gouvernement américain avait eu
accès à des données sur les serveurs de Google, Facebook, Microsoft,
Yahoo, Apple et Skype… Quant au Cloud Act, il autorise carrément
l’administration américaine à saisir légalement les emails ou tous
autres documents et communications électroniques stockés sur des
serveurs américains à l’étranger ! Grâce à cette loi extraterritoriale,
l’exécutif peut réclamer en effet à tous les fournisseurs de service
travaillant sur le sol des Etats-Unis les données stockées sur leurs
serveurs et ce, «quelle que soit» leur localisation.
C’est pourquoi Monaco est entré dans la course. Avec ce cloud sou-
verain dont l’Etat est actionnaire majoritaire, l’objectif est d’offrir des
services cloud répondant « aux plus hauts standards technologiques
et de sécurité » au Gouvernement, aux organisations d’importance
1. Source : www.idc.com Fostering Business and Organizational Transformation to Generate Business Value with AWS.
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