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SOLUTION
Banque Havilland : Investissements durables -
quel est le rôle des marchés privés?
Selon Stefano Torti, directeur Investissements de la Banque Havilland, le véritable changement
viendra des investisseurs sur les marchés privés.
Les investissements durables et le changement climatique sont, cette les émissions de CO² : selon les estimations du Climate Watch du World
année plus que jamais, sous le feu des projecteurs des investisseurs Resources Institute, l’immobilier et l’agriculture représentent plus d’un
et des régulateurs. Assistons-nous enfin à une augmentation de tiers des émissions mondiale de CO² et, supposément, ces 2 classes
prise de conscience susceptible de créer un réel impact? d’actifs sont principalement détenues par des propriétaires privés.
L’investissement durable n’est pas réellement une nouveauté. Quelques Enfin, un grand nombre de fonds de capital-investissement, d’immo-
sociétés de gestion d’actifs et de Fonds se sont spécialisées dans ce bilier et de dette privée sont souvent hors du champ d’application de
domaine depuis plusieurs décennies. Toutefois, deux éléments ont la règlementation quant à la divulgation des informations relatives à
évolué au cours des dernières années : l’approche des investisseurs la finance durable en raison de leur juridiction ou de leur taille.
et le cadre réglementaire.
L’approche des investisseurs, à l’instar des consommateurs, a radi- Comment s’assurer alors que les marchés privés sont impliqués et
calement changé avec une prise de conscience que le changement contribuent à un monde plus durable ?
climatique est réel et que nous devons être conscients de l’impact de En ce qui concerne les marchés privés, le véritable changement ne
nos décisions d’investissement. viendra probablement pas d’un cadre réglementaire différent ou plus
strict. Le marché trop fragmenté et le niveau de complexité, combiné au
Et du côté de la réglementation? manque de données, rendrait cette approche très difficile. Le véritable
On constate également une accélération, notamment en Europe. La changement devrait venir de la base, des investisseurs. Les fonds de
pierre angulaire du changement réglementaire a été posée en mars pension et les investisseurs institutionnels exercent déjà une pression
de l’année dernière avec l’introduction du SFDR (Sustainable Finance sur cette classe d’actifs, notamment du point de vue de la durabilité,
Disclosure Regulation), exigeant pour la première fois que les sociétés mais il faut maintenant que cela touche également les family offices,
de gestion d’actifs fournissent des informations sur les risques envi- les investisseurs privés et même les clients bancaires, qui accèdent
ronnementaux, sociaux et de gouvernance de leurs investissements lentement à cet univers d’investissement. Nombreux sont ceux qui,
ainsi que sur leur impact sur la société et l’environnement. Le cadre aujourd’hui déjà, lorsqu’ils achètent une nouvelle voiture ou un nouveau
réglementaire a ensuite franchi une nouvelle étape en août dernier bien immobilier, tiennent compte de leur efficacité énergétique et de
avec la révision du Mifid en incluant les préférences des clients en l’impact environnemental de leurs actions. Il devrait en être de même
matière d’investissements durables, une étape importante pour évaluer lorsqu’ils investissent sur les marchés privés, cela serait bénéfique non
et respecter les objectifs de chaque investisseur en matière d’inves- seulement pour le monde en général, mais aussi pour le rendement
tissements environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). futur de leur portefeuille.
Les résultats de l’évolution de la réglementation et des investisseurs
sont déjà visibles : la part de marché des fonds UCITs européens
qui prennent en compte les facteurs ESG à différents degrés (les
dits fonds « Article 8 » et « Article 9 ») a finalement dépassé la barre
des 50%, même si cela est principalement dû à la reclassification de
fonds existants.
Cela signifie-t-il que nous sommes sur la bonne voie vers un véri-
table changement?
Du côté des titres cotés, des fonds et des titres à revenu fixe, le niveau
de transparence et de pression est enfin là. Néanmoins, le problème
majeur concerne malheureusement les marchés privés. Pour mettre en
évidence que le véritable problème réside dans ce segment, il suffit de
regarder les données. Par exemple, rien qu’aux États-Unis, on compte
plus de 17 000 entreprises privées dont le chiffre d’affaires annuel est
supérieur à 100 millions de dollars, contre seulement quelque 2 600
sociétés quotées ayant le même chiffre d’affaires annuel (source : Capital
IQ, février 2021). Cela signifie que la grande majorité des entreprises © Depositphotos/vaeenma
ne sont pas soumises à un niveau significatif de transparence et de
contrôle en matière de développement durable. Même message avec
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