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Guerre en Ukraine : le choc

Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, notre quotidien est marqué par la guerre en Ukraine. Des images de cortèges de réfugiés évitant les bombes à celles, insoutenables, du massacre de Boutcha. Au plan économique, les conséquences économiques de ce conflit sont déjà palpables.

Après le Covid, la guerre aux portes de l’Union européenne… Dans cette ère de la « permacrise », selon la formule du Times, le monde observe effrayé l’avancée de l’armée russe en Ukraine, chassant de chez eux des millions de réfugiés, aussi bien que la montée corolaire de la menace nucléaire. Si personne ne peut pronostiquer la tournure des événements, les premières conséquences de ce conflit sont palpables. Au-delà des souffrances et de la crise humanitaire, les prévisions de croissance sont à la baisse et l’ensemble de l’économie mondiale subit une accélération de l’inflation. La Russie et l’Ukraine étant d’importants producteurs de matières premières, on constate déjà une flambée des prix mondiaux, notamment du pétrole et du gaz naturel, mais aussi du coût des denrées alimentaires. Grenier de l’Europe, ces deux pays assurent 30 % des exportations mondiales de blé, et le prix atteint des niveaux records. « Cela crée un choc entre l’offre et la demande et les premières victimes sont les populations les plus pauvres, des pays en développement, gros importateurs de blé, note Bernard Pasquier, ancien cadre de la Banque Mondiale et membre du think tank Monaco 2040. La poussée de l’inflation avait précédé l’invasion et le conflit rajoute de l’huile sur le feu… »


Et si le conflit devait durer dans le temps


A Monaco, on regarde avec attention l’évolution du conflit. « Nous avons aujourd’hui des inquiétudes liées à la circulation du Covid mais aussi et surtout par rapport au conflit en Ukraine, dont les conséquences sur l’économie européenne et monégasque pourraient s’intensifier s’il devait durer dans le temps », lâche Jean Castellini, Conseiller-Ministre des Finances et de l’Economie, qui pointe la volatilité des marchés financiers. « Les incertitudes boursières peuvent affecter les capacités d’investissement, notamment dans l’immobilier. Si certaines personnes se retrouvent avec des portefeuilles en baisse, cela obère d’autant leur capacité de dépenses et d’investissement. » Sans compter l’impact sur le tourisme, lié à la limitation des déplacements de cette clientèle 4 ou 5 étoiles – certes déjà absente depuis la crise du Covid. L’augmen-tation significative des prix de l’énergie et des matières premières, les tensions sur l’approvisionnement (acier, aluminium, plaques de plâtre, carrelage…) impactent déjà le BTP et la construction, pilier de l’économie monégasque. « On va vers une stagflation1 », indique Michel Dotta, Président du Monaco Economic Board.
Exit donc l’optimisme de la sortie de la pandémie. La Principauté avait fini 2021 sur une note positive avec « un beau rebond » du chiffre d’affaires (soit 2 milliards d’euros de plus par rapport à 2020 et 1 milliard par rapport à 2019 avant-crise). Si le tourisme, l’hébergement, le transport aérien et l’événementiel n’avaient bien évidemment pas retrouvé le niveau pré-Covid-19 (avec un taux moyen d’occupation des hôtels de 41,6%), l’économie monégasque comptait quelques sources de satisfaction: un nombre d’emplois dépassant les 57 000 salariés et un immobilier enregistrant 400 transactions pour un montant de 2 milliards d’euros, et franchissant la barre historique des 50 000 euros le m2…

  1. La stagflation est la situation d’une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d’une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix).

Des procédures de gel de fonds


Depuis l’invasion russe le 24 février et l’escalade de crimes de guerre, l’Etat monégasque a adopté, conformément à ses engagements internationaux, des procédures de gel de fonds (soit des dépôts bancaires) et de sanctions économiques identiques à celles prises par la plupart des Etats européens. Des sanctions d’une ampleur inédite destinées à « isoler encore davantage la Russie et épuiser les ressources qui lui servent à financer cette guerre barbare », dixit la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le dernier train de mesures prévoyant l’interdiction des importations de charbon en provenance de Russie et la fermeture des ports européens aux navires russes. « La réflexion est en cours » pour instaurer une saisie et une confiscation des biens privés. En contrepartie, la Russie a placé Monaco sur SA liste de pays hostiles…


Si le volume des échanges commerciaux avec la Russie est très limité (6,3 millions d’euros en 2021), ils sont aujourd’hui carrément au point mort. « Tous les liens que nous avions bâti avec la Fédération de Russie depuis 2015 et même bien avant sont aujourd’hui mis à plat », indique Guillaume Rose, Directeur Exécutif du MEB. Certaines entreprises monégasques sont déjà touchées. Le Monaco Economic Board, qui a immédiatement annulé sa mission prévue à Saint-Pétersbourg de juin, a fait un tour d’horizon de ses membres. « Nous avons appelé plusieurs sociétés. Les secteurs les plus impactés sont le shipping de luxe et le trading, dans le pétrole notamment. Dietsmann, groupe international spécialisé dans les opérations de maintenance à l’industrie du gaz et à l’industrie pétrolière, qui avait acheté une société en Russie en tant que sous-traitant de Rosneft, a ainsi été contraint de licencier 1 500 personnes en Russie. Par ailleurs, cela peut être compliqué pour certaines banques de la place qui avaient misé sur une clientèle russe ou dans l’immobilier. La Société des Bains de Mer est d’ailleurs touchée dans son activité locative. » Pour Michel Dotta, « l’impact peut être relativement important. Beaucoup de Russes fortunés, qui ont encore leurs affaires en Russie, risquent de pâtir directement ou indirectement des sanctions. Leur vraie source de revenus n’est pas à Monaco mais dans les pays de l’Est. Ils risquent de voir leurs avoirs bloqués. Et si ces gens gagnent moins d’argent, ils auront moins d’argent à dépenser dans l’économie locale, y compris pour payer leurs employés et leurs loyers… » Certains agents immobiliers ont ainsi déjà vu des compromis de vente leur passer sous le nez, leur client russe se rétractant au dernier moment. Ne pouvant transférer les fonds nécessaires, ils se sont retrouvés en panne de trésorerie. Certains Russes, percevant une russophobie, ont même choisi de migrer vers des pays qui n’imposent aucune sanction comme la Turquie et Dubaï. Pour l’immobilier, la question se pose aussi pour les programmes neufs, vendus sur plan: les acheteurs, qui n’ont payé qu’une partie du bien, auront-ils les liquidités pour payer le reste à la mise hors d’eau et à la signature du contrat? Ou devront-ils invoquer la force majeure pour ne pas remplir leur engagement? Va-t-on assister à une baisse des prix? A la tête de l’agence Dotta Immobilier, Michel Dotta estime que l’impact global sera limité sur le secteur: « Le prix du m2, aujourd’hui à 50 000 euros, est stable et devrait le rester ». Et d’ajouter: « Il va y avoir une inflation du feu de dieu et c’est très bon pour l’immobilier. C’est une protection. » Visiblement il est tout de même possible de faire de bonnes affaires: à la Tour Odéon, un Russe vient de « brader » son appartement à 19 millions d’euros (au lieu de 31) entre deux trains de sanctions…

Miléna RADOMAN

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