Incubation, financement, immobilier, règles administratives, investissement public… Avec « Entrepreneurs+ », le Conseil National propose une refonte en profondeur de l’environnement entrepreneurial monégasque.
L’entrepreneuriat doit changer d’échelle en Principauté et devenir un levier central de diversification économique. C’est en tout cas le but du plan d’actions proposé par le Conseil National, « Entrepreneurs+ ». « L’entrepreneuriat, c’est plus qu’un levier économique : c’est le reflet de la vitalité d’un pays et de la confiance qu’il inspire, souligne son initiateur Roland Mouflard, coordinateur du groupe de travail parlementaire. En Principauté, entreprendre est un acte d’attachement autant qu’un acte de foi. » Et pour encourager cet acte de foi, le plan s’articule autour de quatre axes structurants.
Un écosystème entrepreneurial à consolider
Première priorité : renforcer les outils existants, à commencer par Monaco Boost. Victime de son succès, la pépinière publique atteint rapidement ses limites. Le Conseil National propose donc d’en augmenter la capacité tout en maintenant une durée d’accompagnement longue, jusqu’à cinq ans, jugée essentielle pour assurer la viabilité des entreprises.
L’enjeu est clair : sécuriser les premières années, souvent les plus fragiles, dans un environnement où le coût de l’immobilier constitue un frein majeur. D’où la mise en place d’un véritable suivi post-incubation, avec mentorat, accompagnement stratégique et création d’une communauté d’anciens entrepreneurs.
Un soutien financier repensé et élargi
Deuxième axe : moderniser en profondeur les aides à l’entrepreneuriat. Le Conseil National propose notamment que les conditions d’accès soeint assouplies pour permettre à des salariés ou à des profils en reconversion de lancer leur activité sans rupture brutale de revenus.
Le volet financier est également renforcé. Le plafond de bonification des prêts serait relevé pour mieux correspondre aux besoins actuels, tandis que la subvention de loyer serait adaptée à la réalité du marché, en particulier pour les commerces, fortement pénalisés par des loyers élevés.
L’objectif est double : sécuriser le lancement des projets et encourager des initiatives plus ambitieuses, mieux capitalisées et plus durables.
Lever les freins structurels pour libérer l’initiative
Au-delà des aides directes, le plan s’attaque à un enjeu de fond : les freins structurels qui pèsent sur les entrepreneurs. Coûts, complexité administrative, rigidités réglementaires… autant de facteurs qui peuvent décourager l’initiative.
Parmi les mesures proposées figure la mise en place de barèmes comptables adaptés aux très petites entreprises, afin de réduire une charge fixe souvent lourde en phase de démarrage. Le régime de retraite des indépendants est également ciblé, avec des propositions visant à introduire plus de souplesse et de justice. La CARTI impose aujourd’hui un seuil de dix années de cotisation pour ouvrir des droits à pension. Une règle « tout ou rien » qui pénalise fortement les parcours entrepreneuriaux de courte durée, pourtant fréquents. Le Conseil National propose ainsi de réduire le seuil d’ouverture des droits de dix à cinq ans ou maintenir le seuil à dix ans mais instaurer un remboursement partiel des cotisations si aucun droit n’est ouvert.
La transparence devient un autre axe majeur. Le Conseil National recommande de rendre publique la liste des activités « suffisamment représentées », aujourd’hui non accessible, afin d’éviter aux porteurs de projets de s’engager dans des secteurs fermés sans le savoir.
Enfin, la simplification administrative reste un chantier prioritaire, avec un objectif clair : dématérialisation complète des démarches et application du principe du « Dites-le nous une fois », pour alléger concrètement le quotidien des entrepreneurs.
Un outil d’investissement public à repositionner
Quatrième pilier du plan : le rôle stratégique du Fonds d’Innovation, d’Impact et d’Accélération Monégasque (F2IAM). Le Conseil National souhaite en faire un véritable levier de politique économique, capable d’intervenir au-delà de la phase de création.
L’idée est d’élargir son champ d’action pour accompagner aussi des entreprises déjà établies, dès lors qu’elles présentent un intérêt stratégique pour la Principauté : création d’emplois, innovation, contribution à la transition ou rayonnement international.
Cette évolution s’accompagnerait de la mise en place d’une doctrine d’investissement claire, intégrant des critères économiques, sociaux et environnementaux. Une manière d’inscrire l’investissement public dans une logique de long terme, au service de la souveraineté économique.
Le plan prévoit ainsi des actions complémentaires, comme la création d’une académie de l’entrepreneuriat, le développement du mentorat, une meilleure intégration des PME dans les marchés publics ou encore la mise en place d’un statut de « jeune entreprise innovante monégasque ».
Milena Radoman