Au Yacht Club de Monaco, où il présentait l’avenir de l’intelligence artificielle devant le réseau d’Azura Partners, Frédéric Genta, Partner et Head of Europe chez Azura Partners, a partagé sa vision sur la manière dont la technologie transforme la gestion de fortune familiale. Monaco Économie l’a rencontré à cette occasion pour évoquer l’IA et la gestion de patrimoine privé.
Quel est, selon vous, l’apport de l’intelligence artificielle dans le secteur financier ?
L’intelligence artificielle n’est pas un outil parmi d’autres : c’est une révolution comparable à l’arrivée d’Internet dans les années 1990. Comme le dit Morgan Stanley, elle vise à « rendre chacun aussi compétent que le meilleur dans chaque domaine de l’entreprise ».
Dans la finance, cela signifie que des tâches qui demandaient plusieurs jours seront bientôt exécutées en quelques minutes. Cela signifie aussi que l’analyse de données massives deviendra accessible, avec des niveaux de précision et de cohérence inédits. Pour les family offices comme pour les banques privées, l’IA ouvre une nouvelle ère. Ceux qui n’auront pas le courage d’embrasser cette transformation seront rapidement dépassés.
Comment imaginez-vous son intégration dans vos activités ?
Chez Azura, nous avons une conviction forte : l’IA sera au cœur de la gestion de fortune dans les années à venir. Notre ambition est claire : utiliser ces outils pour compléter le rôle des banques et offrir aux familles fortunées un partenaire indépendant, capable de conjuguer proximité et innovation.
Prenons un exemple : chaque année, les banques publient près de 160 000 notes de recherche sur les marchés. Un humain peut en lire à peine un millier. Demain, l’IA pourra toutes les analyser, les hiérarchiser et en restituer l’essence à nos clients. Ce n’est pas encore pleinement en place, mais c’est la direction dans laquelle nous avançons.
Votre partenariat avec Lunate et son lien avec G42 illustre-t-il cette ambition ?
Tout à fait. Le partenariat que nous avons lancé avec Lunate, qui gère plus de 110 milliards de dollars, reflète notre vision. Nous ne voulons pas être seulement spectateurs de la révolution IA, mais en faire des leviers concrets pour nos clients.
Lunate s’appuie notamment sur les capacités technologiques de G42, acteur majeur de l’IA basé à Abu Dhabi, reconnu pour ses superordinateurs et ses modèles avancés. Cet écosystème nous ouvre des perspectives inédites : grâce à leur puissance de calcul et leur expertise, nous envisageons de mieux analyser les deals privés, de capter des signaux faibles sur les marchés et d’optimiser nos processus opérationnels. Ce sont encore des chantiers en construction, mais l’objectif est clair : faire d’Azura l’un des pionniers de l’IA dans la gestion de fortune.
Quels garde-fous seront nécessaires ?
Cette transformation exige de la vigilance. La confidentialité des données reste la priorité absolue. Nous savons que les grands modèles publics comportent des risques de fuite ou de biais. C’est pourquoi nous pensons que l’avenir passe par des environnements privés, sécurisés et supervisés par l’humain. L’IA doit être un outil d’aide à la décision, jamais un substitut au jugement.
Comment cette évolution redéfinira-t-elle la relation avec les clients ultra-HNW ?
L’IA n’est pas là pour remplacer la relation humaine, mais pour l’amplifier. Les familles attendent bien plus qu’une gestion financière : elles veulent de la gouvernance, de la transparence, une continuité entre générations, et parfois un accompagnement sur l’art, la philanthropie ou la transmission.
Demain, l’IA permettra d’assurer cette fluidité, de rendre chaque décision plus lisible et plus partagée. Un client me disait récemment que Sotheby’s ou Christie’s, avec leurs bases de données uniques sur l’art, pourraient devenir de véritables acteurs de l’IA. Cet exemple illustre la puissance de ce mouvement : quand les données existent, l’IA peut révéler des opportunités insoupçonnées.
Quelles tendances d’investissement voyez-vous émerger ?
Nous voyons un appétit croissant pour la technologie et pour l’IA en particulier. Les investisseurs se positionnent à la fois sur les géants établis (Google, Microsoft, Apple, Amazon), sur les fournisseurs d’infrastructures clés (Nvidia, MSL), et cherchent à identifier les futures pépites encore privées. C’est pourquoi nous envisageons de développer une approche pré-IPO, afin de permettre à nos clients d’accéder à des opportunités prometteuses dans l’IA avant leur entrée éventuelle en bourse. Cela fait partie de notre vision : accompagner nos clients pour investir dans les leaders de demain. À l’échelle mondiale, les investissements en IA devraient dépasser 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 : pour les investisseurs, se positionner dès aujourd’hui n’est pas une option, c’est la condition pour capter la croissance de demain.