Pour le prévisionniste Christophe Barraud, les investisseurs doivent « intégrer davantage de variables macroéconomiques et géopolitiques dans leur lecture des marchés »…
«Nous ne sommes plus dans un cycle économique classique mais dans une phase de transition où les investisseurs, les entreprises et les décideurs doivent apprendre à raisonner davantage en scénarios qu’en certitudes ». C’est le message de Christophe Barraud aux entrepreneurs de la Principauté. « Le point commun entre la Chine, les États-Unis et la zone euro est que partout, l’économie devient plus politique. Les marchés ne réagissent plus seulement aux chiffres de croissance, d’inflation ou de résultats d’entreprises mais aussi et surtout aux décisions budgétaires, aux tensions géopolitiques, aux politiques industrielles, aux guerres commerciales et aux choix de souveraineté », détaille le responsable de la gestion discrétionnaire et de la recherche chez Lior Global Partners, invité par le MEB fin mai*.
Côté projections, selon l’économiste élu à de nombreuses reprises comme meilleur prévisionniste par Bloomberg, la croissance mondiale devrait ralentir pour s’établir à 2,8 % en 2026 (contre 3,4 % l’année précédente), marquant ainsi son premier passage sous la barre des 3 % depuis la crise du Covid-19. Après un premier trimestre affichant une croissance de 5 %, l’économie chinoise repose sur des fondations fragiles (boom transitoire du secteur financier et production industrielle orientée vers l’exportation). La consommation intérieure chinoise s’essouffle en raison de la crise persistante du marché immobilier. Pour pallier ce ralentissement et contrer les barrières commerciales occidentales, Pékin orchestre un pivot stratégique majeur dans le cadre de son plan quinquennal. Le gouvernement injecte des liquidités records afin d’orienter son économie vers l’autosuffisance technologique et la haute valeur.
Aux Etats-Unis, l’économie devrait, elle, éviter la récession en 2026 avec une croissance projetée à 2,2 %. Ce dynamisme est soutenu par plusieurs facteurs, tels que le stimulus fiscal massif initié par Donald Trump (One Big Beautiful Bill Act), la consommation des ménages les plus aisés, mais aussi la poursuite des investissements colossaux dans l’intelligence artificielle, qui représente un moteur de croissance crucial. Pour autant, l’inflation moyenne devrait atteindre 3,4 %, limitant les marges de manœuvre de la Réserve Fédérale pour une baisse des taux cette année. Quant à la zone euro, elle « est sans doute la région la plus vulnérable face aux turbulences actuelles. Elle ne bénéficie ni de la puissance budgétaire américaine, ni de la capacité de pilotage centralisée chinoise. Elle avance dans un environnement où la croissance reste faible, les marges budgétaires sont limitées et l’inflation peut repartir sous l’effet de chocs externes, notamment sur l’énergie », note Christophe Barraud. Avec une inflation attendue en hausse à 3,1 % en 2026 (poussée par l’énergie) et une croissance atone révisée à 0,5 %, l’Europe reste exposée à un risque de récession technique.
*L’événement bénéficiait du soutien d’EFG Bank Monaco.
Crédits photo : Sébastien Darrasse / MEB