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FEDEM : « Ce pays manque d’une vision à 30 ans ! »

Pour Philippe Ortelli, patron des patrons monégasques, « les infrastructures n’ont pas doublé en 20 ou 30 ans, contrairement au nombre de salariés. C’est le nœud du problème. » Depuis des années, le Président de la FEDEM plaide pour des logements pour actifs et un mode de transport rapide et fiable. L’étude de faisabilité d’un métro entre l’aéroport de Nice et Vintimille serait « financée et lancée ».

Les salaires sont plus attractifs mais sont calculés sur la base d’une durée légale du travail de 39 heures hebdomadaires et non 35h. Pour les petits salaires, ça fait aussi une différence…

Il faut revenir aux chiffres. Le salaire médian à Monaco, plus représentatif que le salaire moyen qui est impacté par les salaires des ultra-riches ou des footballeurs, est 30% supérieur à la France. Or, il n’y a que 11,43% d’écart horaire. Il reste donc supérieur de presque 20%. Quant au SMIC, avec le 5% monégasque, le salarié gagne de mémoire 34% de plus en net, en travaillant 11% de plus. Les faits sont têtus.

On est quand même dans une région qui coûte beaucoup plus cher que le reste de la France. Nice ou Cap d’Ail ce n’est pas Roubaix ou Vierzon ?

Pourquoi croyez-vous que nous insistons pour régler les deux problèmes majeurs de l’économie monégasque et maralpine, les transports et le logement des actifs. Et ce totalement en phase avec le Président de l’Union Patronale 06. À Monaco, nous payons mieux, beaucoup mieux qu’en France. Mais effectivement, les loyers sont beaucoup plus élevés et les transports sont infernaux.

Si depuis 20 ans, on ne construit pas de logements et que les prix montent de manière parfois excessive dans la région, la FEDEM et les entreprises monégasques n’en sont absolument pas responsables. Que chacun assume ses responsabilités. Je ne suis pas le Président de la Métropole de Nice Côte d’Azur, ni le Président de la République française, ni le Préfet des Alpes-Maritimes. Les résidents français doivent s’adresser à leurs responsables politiques pour régler ce problème. Si nous augmentons les salaires, mais que le nombre de logements d’actifs n’augmente pas, la loi de l’offre et de la demande fera monter les loyers. Et nous reviendrons à une situation identique. Monaco crée en moyenne 1 000 emplois par an depuis 30 ans, il faut bien loger ces actifs quelque part !

Vous pensez à la loi SRU qui ne permet pas actuellement, par exemple, de loger les actifs monégasques, en raison de critères de revenus stricts ou inadaptés aux paramètres de la région ?

C’est une énormité. En France, 70% des salariés peuvent accéder aux HLM. Selon les études que j’ai demandées il y a quelques années à la CAR, seulement 7% des salariés monégasques accèdent aux logements HLM, parce que les 93% autres sont au-dessus du plafond de revenus. On en arrive à des aberrations où les locataires HLM de Beausoleil vont travailler à Nice. Même l’USM le dit.

Les logements de la CAR permettent d’absorber un peu ces salariés en quête de logement ?

Il n’y a rien dans les statuts de la CAR, qui prévoit une action sociale en matière de logement des actifs.

Pour vous, la seule solution reste un métro entre Nice et Vintimille ?

Monaco, c’est plus de 100 000 personnes tous les jours, 38 423 résidents plus 65 680 pendulaires, sans compter les touristes. Or, contrairement au nombre de salariés, les infrastructures n’ont pas doublé en 20 ou 30 ans. C’est le nœud du problème. Il faut apporter aux salariés un moyen de transport commode, rapide, et raisonnable en termes de budget, qui leur fasse gagner 1 heure de trajet tous les jours. Il n’y a pas d’autre solution.

On en est où ? Est-ce que vous êtes tenus informés ? Aux dernières nouvelles, le Gouvernement, qui privilégie l’amélioration de la liaison ferroviaire existante, a demandé au Gouvernement français une position officielle. Quel est le retour ?

Une étude de faisabilité d’un métro entre l’aéroport de Nice et Vintimille est financée et lancée. Elle est réalisée par le plus important cabinet suisse d’études de tunnel, et elle déterminera le coût précis des travaux. Trois pays, dont deux européens, sont concernés, ce qui permettra de demander une subvention européenne. Il y a un énorme potentiel de logement d’actifs à Vintimille, mais aujourd’hui, venir travailler à Monaco représente 1h30 de transport par jour et 700 € d’essence et de péage par mois. Ce n’est pas raisonnable.

Les entrepreneurs monégasques pourraient aussi financer le logement des actifs ? En France, le 1% patronal, désormais intégré au dispositif Action Logement, est un dispositif qui permet aux entreprises de soutenir l’effort de construction en finançant des prêts à taux avantageux pour leurs employés…

Il faut trouver un système alternatif, qui permette de financer la construction, mais il y a des obstacles. Le droit public français interdit par exemple l’expulsion d’un salarié quand il quitte son entreprise. C’est un vrai problème. Selon nous, on doit d’abord construire beaucoup plus dans les communes limitrophes et même à Nice. Dans la vallée du Paillon, il y a un potentiel urbain énorme. Il faut avoir le courage de monter en hauteur pour libérer des surfaces grâce à ce que j’appelle la baguette magique des droits à bâtir. On pourrait monter à 12 étages sans dépasser la hauteur des collines avoisinantes ni dénaturer la ville. Il y a suffisamment de surfaces disponibles pour construire, sans qu’il soit nécessaire d’atteindre la densité de Monaco.

Dans le droit du travail monégasque, très maigre, il y a une nouveauté : la rupture conventionnelle. Vous étiez contre, vous l’êtes toujours ?

Effectivement, nous n’y sommes pas favorables.  Quand quelqu’un veut partir, il démissionne. C’est trop facile. Et puis voyez ce qui se passe en France, où tout le monde dit qu’il y a des abus. La France rétropédale. Il faut être très vigilant là-dessus.

Il faudrait être vigilant aussi sur l’article 6 pour les entreprises qui en abusent et s’en servent comme technique de management ?

Nous défendons un article 6 juste, correct, respectueux des procédures, et rien d’autre. Il faut se rappeler qu’entre un licenciement pour motif valable et un par article 6, les indemnités versées au salarié augmentent du simple au double. La FEDEM a toujours défendu cette position. C’est un moyen original qui existe d’ailleurs dans d’autres pays européens comme la Suisse et la Belgique – il ne faut jamais l’oublier – et qui permet de se séparer dans les deux sens. Et, pour rappel, c’est le pendant de la clause de non-concurrence qui est difficilement applicable à Monaco sur 2 km².

2026, ça devrait être une année de projets de réformes pour les retraites et éventuellement pour les allocations familiales ?

S’agissant de la réforme des allocations familiales, j’espère qu’elle sera limitée. La règle actuelle nous paraît être raisonnable. Ce serait une application du droit européen, or, Monaco n’est pas dans l’Union européenne. Nos régimes sociaux sont fragiles. Il faut savoir être adulte dans leur gestion.

Quelles sont les pistes aujourd’hui pour la réforme des retraites ? Le régime général accuse un résultat de moins 9,9 millions d’euros.

C’est un résultat calculé en intégrant les résultats financiers. Le déficit cotisations – retraites est plutôt de 30 millions d’euros !

Les pistes envisagées sont de jouer sur l’augmentation des cotisations, le relèvement de l’âge de départ à la retraite, la modération de l’augmentation du point de retraite, ou sur différents critères de maintien des droits qui sont aujourd’hui, dans certaines circonstances, excessifs. Par exemple, les saisonniers qui travaillent 6 mois à Monaco et qui sont 6 mois au chômage, reçoivent des points pendant toute l’année. Vous travaillez 20 ans à Monaco, vous avez cotisé pour 40 ans de retraite.

Il faut savoir que c’est une cotisation complémentaire payée uniquement par les employeurs qui maintiennent les droits pendant les périodes d’arrêt. Pendant le Covid, tous les salariés ont eu leur maintien de points sans sortir de chez eux ! Ça nous a coûté 2% sur tous les salaires pendant un an.

Vous, vous êtes favorable à quelle piste ?

Nous sommes favorables à un effort tripartite équilibré depuis la réforme de 2013. Le gel du point de retraite n’a jamais été utilisé par la CAR alors que l’ARCCO l’a fait plusieurs fois. C’est une piste potentielle. Mais je crois que surtout, ce qui est important, c’est d’expliquer clairement les enjeux liés à la survie du régime, du partage de l’effort social, et du maintien d’un système économique et social raisonnable.

Il risque d’y avoir un blocage politique. Le Conseil national actuel a déjà dit qu’il n’assumerait pas une telle réforme avant les élections de 2028 ?

Comme l’a très bien résumé Jacques Lacan : « Le réel, c’est ce qui cogne » et le rôle du Conseil national est aussi de gérer la réalité.

Pour les syndicats, c’est les salariés qui ont payé la réforme de 2013 ?

C’est factuellement faux. Depuis 2013, les patrons ont 1,4% de cotisation en plus sur la retraite alors que les salariés n’ont eu que 0,6% ou 0,7% de hausse ainsi qu’une petite dissociation de la valeur du point.

Tout le monde doit se rendre compte qu’un système créé en 1946 où les gens prenaient leur retraite à 65 ans et mouraient à 72 ans, ne peut pas être maintenu avec les mêmes paramètres ni les mêmes prestations quand la retraite est prise à 62 ans avec une durée de vie moyenne de 85 ans, et même de 87 ans pour Monaco. C’est du simple bon sens.

Hors inflation, un salarié rémunéré 3 000 € par mois va rapporter, intérêt du capital compris, à peu près 250 000 € pendant une carrière de 42 ans, alors qu’il va coûter 580 000 € durant ses 23 ans de retraite. Est-ce bien raisonnable ?

Vous êtes favorable à la semaine des 4 jours, pour les travaux de bureau ?

Ce n’est pas une priorité. Il faut une vision. Le fond du problème, c’est que ce pays manque d’une vision à 30 ans. Aujourd’hui, l’attractivité des cadres supérieurs et des professions intellectuelles est rendue de plus en plus difficile par les problèmes de transport et de logement d’actifs dans des zones proches de Monaco. Comme l’avait résumé le Prince Rainier III, Monaco est à la fois un pays et une entreprise. Le Gouvernement doit donc investir pour relancer le secteur du bâtiment et des travaux publics, un des moteurs de l’économie monégasque, secteur qui travaille seulement au tiers de l’activité moyenne sur les 40 dernières années.

Milena Radoman

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