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Leader
Lors de votre première visite à la Sûreté Publique, vous avez déclaré : l’armée de terre, tandis que Dominique de Villepin était dans la marine.
« la police est un peu dans mon ADN, dans les valeurs que je porte J’y ai connu des amis dont je suis très proche.
et dans lesquelles je me retrouve ». Pourquoi ?
J’ai travaillé pendant 40 ans avec la Police Nationale et la Gendarme- Vous connaissiez alors peut-être Jean-Paul Proust et Paul Mas-
rie françaises. Ce sont deux institutions que je respecte beaucoup. seron, respectivement ancien Ministre d’Etat et ex-conseiller pour
Ils font un métier très difficile, voué à la cause publique. Toutes les l’Intérieur ?
grandes nations démocratiques, quelle que soit leur taille, des Etats- Oui. Jean-Paul Proust était un très grand préfet, un modèle pour les
Unis à Monaco, doivent disposer d’une sécurité satisfaisante. Il n’y a jeunes que nous étions. C’était quelqu’un qui avait énormément de
pas de liberté sans sécurité. Pour assurer le bon ordre, la protection bon sens et d’intelligence des situations, un sens de l’intérêt général
des biens et des personnes, on a besoin d’une police efficace. Je très élevé. Il avait une grande expérience, analysait au mieux les
retrouve cette culture ici. problèmes et apaisait les situations. C’était un homme d’autorité, pas
de polémique. J’ai également apprécié Paul Masseron.
Avez-vous dû gérer un attentat dans le cadre de vos fonctions ?
Non pas directement. En janvier 2015, au moment de l’attentat contre En tant que Ministre d’Etat, il n’hésitait pas à taper du poing sur
Charlie Hebdo, j’étais préfet de la région Champagne-Ardenne et de la la table au nom de l’intérêt général. La presse vous décrit aussi
Marne. Nous avons été mobilisés avec la police et la gendarmerie car comme un homme à poigne, c’est le cas ?
l’un des auteurs était originaire de Reims. S’il n’y a pas eu d’acte de ter- Je l’ai lu à mon sujet (sourire). Je ne sais pas si c’est le cas. Préfet
rorisme commis dans les territoires où j’étais en fonction, en revanche, et Ministre d’Etat, ce n’est pas le même métier. Je veille à ce que les
j’en ai subi les conséquences… J’ai mis en place les renforcements instructions données soient mises en œuvre. Elles peuvent mettre du
des dispositifs de sécurité, pour prévenir le terrorisme, notamment temps à être mises en œuvre, elles peuvent être difficiles à être mises
la fermeture des frontières après l’attentat du Bataclan quand j’étais en œuvre, mais elle doivent l’être. Et s’il le faut, il faut serrer la vis.
à Bordeaux, en coopération étroite avec nos amis espagnols.
Avoir été directeur de cabinet du Président de l’Assemblée Nationale
A l’époque de Charlie, il y a eu un rassemblement à Monaco pour Bernard Accoyer, cela aide dans votre relation avec les élus ? Vous
se montrer solidaire avec les panneaux « Je suis Charlie ». L’ancien connaissez bien les rouages des assemblées parlementaires, les
Ministre d’Etat Michel Roger était présent. Vous êtes vous senti rapports de force ?
Charlie ? L’expérience que j’ai acquise à ce moment m’a été très utile. J’ai
En janvier 2015, c’est la première et la seule fois de ma vie que j’ai rencontré beaucoup d’hommes et de femmes politiques français.
manifesté. Je ne portais pas le panneau mais j’étais à côté… J’étais Cela m’a permis d’appréhender ce que doivent être les bonnes
en tête de la manifestation avec le maire de Reims, le président de relations entre un Exécutif et un Législatif. Ce n’était pas facile en
l’agglomération ; on a défilé dans Reims en silence. C’était un moment France, y compris au sein de la majorité. Tout n’est pas un long fleuve
émouvant, exprimant la douleur des atrocités commises, mais c’était tranquille. Le président de l’Assemblée Nationale devait s’impliquer
aussi un moment de rassemblement. pour veiller à la qualité des relations entre le groupe majoritaire et le
gouvernement et le groupe d’opposition et le gouvernement. Bernard
Dans votre jeunesse, vous n’avez donc jamais manifesté ? Accoyer tenait à cette posture, même s’il n’était pas d’accord avec
Non, jamais, ce n’est pas mon truc. En revanche j’ai reçu beaucoup les groupes d’opposition. En France, il y a des polémiques lors de
de délégations de gens qui voulaient manifester devant mes préfec- la séance du mercredi après-midi avec les questions d’actualité au
tures (sourire)… J’ai également géré beaucoup de manifestations de Gouvernement mais l’essentiel du temps, on mise sur le dialogue
lycéens, de salariés et agricoles. Il y a parfois eu des tensions et des et la négociation.
dérapages en terme d’ordre public.
A Monaco, il y a le comité mixte de suivi Covid pour ce dialogue ?
Vous êtes Enarque promotion Voltaire. Vos camarades de classe Il se réunit très régulièrement. C’est un outil de discussion et de dialogue
étaient François Hollande, Ségolène Royal ou encore Dominique très utile. On chemine, on part parfois de points de vue différents, car
de Villepin, Jean-Pierre Jouyet, qui vient de sortir ses mémoires. on réfléchit ensemble et c’est au Souverain d’arbitrer au final.
Quels souvenirs en gardez-vous ?
Ce sont de très bons souvenirs, même si on ne passe qu’un an et Qu’est-ce qu’un bon leader selon vous ?
demi ensemble à l’école. J’ai connu Dominique de Villepin et François C’est un leader qui motive ses équipes, leur fait partager les bonnes
Hollande à Science po Paris (spécialité Service public). Il y avait une valeurs liées à l’intérêt général, le sens du service public, les fait adhérer
bonne ambiance même s’il y avait un classement de sortie de l’ENA. à une bonne stratégie. Comment on motive ? Il faut savoir analyser
Les gens dans notre promotion ne se prenaient pas encore trop au une situation avec ses collaborateurs et non la garder pour soi. Il faut
sérieux… On avait fait une fête avant la sortie du classement, avec écouter les autres et après avoir pris la bonne décision, la mettre en
une fausse émission télévisée… Des amitiés se sont forgées avec le œuvre de manière collective. Un bon leader est celui qui fédère, réunit
service militaire. J’ai fait mon service avec François Hollande dans et non celui qui divise. Diviser pour régner ça ne marche pas !
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