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souhaite tant depuis plusieurs décennies. Jean-Pierre Lott aura réussi
l’exploit d’imposer dans le paysage sa double fusée en résille ! 88
mètres de béton ! « L’adresse n’était pourtant pas évidente. La parcelle,
en marge du Parc Princesse Antoinette, est marquée par une forte
déclivité d'environ 20 mètres. Conséquence : l'accès de la tour s'opère
depuis le 7 étage. En outre, la réalisation des fondations ne s'est
ème
pas faite sans difficulté : il aura fallu « éventrer » un tunnel et faire
appel à des techniques exceptionnelles. Le tout pour 28 appartements
seulement. Un tous les deux étages. Chaque logement se présente
© Jean-Philippe Hugron comme une « maison verticale » d'en moyenne 250 m , en duplex,
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disposant de sa propre piscine, d'une loggia monumentale de 90 m ,
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d'un palier privatif et exclusif et d'une entrée de service. Pour tromper
2 - Le complexe des Spélugues, mégastructure discrète la répétition des étages, le volume est volontairement fractionné et
l'absence (en apparence) de fenêtres ajoute à l’effet sculptural. »
« C'est un des rares exemples en Europe de ce qu'on appelle une
mégastructure. Théorisées par des architectes à la fin des années
1970, les mégastructures sont des structures à très grande échelle
qui accueillent une multiplicité d'usages et de fonctions et qui viennent
épouser la topologie et abritent des infrastructures routières », explique
Jean-Philippe Hugron. Le complexe des Spélugues intègre en effet un
centre de congrès international (avec un auditorium de 1 300 places),
un casino, un hôtel de luxe de 650 chambres et suites et un ensemble
de 150 appartements. « Le tout devait tenir sur une étroite bande de
terrain de 500 mètres de long. Pour compenser cette situation difficile,
une large plateforme de béton d’une surface de 2,5 hectares a été
imaginée ; ses pilotis plongent directement dans la mer Méditerranée. © Monte Carlo SBM
Le complexe des Spélugues cache derrière ses 35 mètres de haut un
imposant tunnel routier rendu fameux par le Grand Prix de Monaco.
Pour cet ensemble, l’architecte Jean Ginsberg décline les formes 4 - Le One Monte Carlo ou le débat sur le patrimoine
hexagonales qu’il répète et combine. » Le bâtiment est donc à la « Ce bâtiment d’une grande qualité architecturale a posé la question
fois fonctionnel, habitable et accueille dans sa structure des routes. de la préservation du patrimoine à Monaco. En tant qu’historien de
« Faire passer une rue dans un bâtiment, ce n’était pas concevable l'architecture, vous m'auriez demandé s’il fallait garder le Sporting
avant ce complexe ! Construit à la pointe du rocher de Monte Carlo, d’hiver, j'aurais immédiatement répondu oui. Pour autant, Monaco a
c'est une sorte d'extension en mer. Victor Vasarely imagine pour ce une tradition de la modernité. Détruire pour reconstruire fait partie des
site visible depuis les jardins du Casino, l’« Hexagrace – Le Ciel, la spécificités et de l'identité de la Principauté», estime Jean-Philippe
Mer, la Terre », évocation du nom de la Princesse Grace, épouse du Hugron qui estime que le monumental édifice imaginé par l’architecte
Prince Rainier III. » Charles Letrosne a cédé la place à un « quartier urbain ». L’agence
britannique emmenée par le co-auteur du centre Georges Pompidou
Richard Rogers « a créé une rue piétonne en cœur d’îlot reliant
l’Hôtel de Paris, voisin, au parc de La Petite Afrique. En densifiant la
parcelle, Rogers Stirk Harbour & Partners (RSHP) parvient malgré
tout à libérer 30 % de surface au sol. Pour contrer l’effet de masse,
© Jean-Philippe Hugron l'agence a volontairement découpé l’ensemble - soit 40 boutiques
(6 000 m environ), 48 résidences locatives de luxe (20 000 m
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environ), 5 000 m de bureaux, 3 000 m d'espaces de conférences,
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3 - Le Simona, le renouveau de la verticalité une salle d'expositions, une galerie d'art et 300 places de parking
réparties sur 7 niveaux de sous-sols, dont une partie publique - en
« Le Simona incarne le renouveau de la verticalité au sein de la « pavillons » de hauteurs différentes allant de 6 à 12 étages. » « À
Principauté qui pendant plusieurs années avait arrêté de construire Monaco, le paysage change en permanence et à une vitesse folle.
des tours. Il a une forme très originale, une architecture iconique, Certes, il y a eu des destructions patrimoniales évidentes mais ce
très évocatrice. La tour est presque en rupture avec tout son patrimoine est remplacé par des constructions de qualité donc on
environnement, tellement elle est exubérante. Elle est, à elle seule, un ne peut pas forcément parler de vandalisme et de destruction bête
OVNI. Construite au début du règne du Prince Albert, elle symbolise et méchante pour créer quelque chose de laid ou de peu qualitatif.
ce renouveau architectural incarné politiquement par le Yacht Club Aux États-Unis, beaucoup de centres-villes notamment à Détroit ont
de Norman Foster », analyse Jean-Philippe Hugron selon qui « Le été détruits pour laisser la place à des parkings… C'est l'absurdité
Simona transgresse l’architecture « traditionnelle » et le pastiche poussée à son paroxysme » compare l’expert. Dans le cas du One
« Belle Époque » pour enfin propulser Monaco dans la fantaisie qu’elle Monte-Carlo, le chantier aura coûté 250 millions d’euros.
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