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SOLUTION



          ARTIERI & ROHMER (Law Offices) : Quelle place pour les

          Management Packages à Monaco ?

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          La réussite d’un investissement dans une société ne saurait être envisagée sans une implication
          significative des cadres en place sur lesquels repose largement la valeur de l’entreprise. La pratique
          des « management packages » s’est développée dans de nombreuses juridictions, cherchant à
          stimuler l’intérêt des cadres sur le plan financier.



          En effet, l’accès au capital des cadres (qu’ils soient mandataires sociaux   parts bénéficiaires, options d’achat etc.), il est important de prendre en
          et/ou employés du groupe) contribue à aligner les intérêts avec le   compte les objectifs spécifiques de l’entreprise. Ainsi, si l’objectif est
          succès de l’entreprise.                                de motiver les salariés à long terme et de les encourager à contribuer
          Cependant, il convient de noter que, sauf quelques exceptions (en   à la croissance de l’entreprise, les actions gratuites (AGA) assorties de
          particulier dans le secteur bancaire), les entreprises établies en   périodes d’acquisition et de conservation sont une option attrayante.
          Principauté de Monaco ne recourent pas aux mécanismes traditionnels   Cependant, l’attribution d’AGA entraînera une dilution du capital social
          d’intéressement aux bénéfices, tels que généralement acceptés en   de l’entreprise, impactant les actionnaires existants.
          droit français ou dans d’autres juridictions, comprenant notamment   En conclusion, l’écosystème entrepreneurial de Monaco offre des
          les stock-options, les bons de souscription d’actions ou encore les   perspectives prometteuses pour le développement des management
          attributions gratuites d’actions.                      packages. Ils représentent un outil stratégique pour les entreprises
          Cette situation peut être expliquée de diverses manières.  en quête de croissance, désireuses d’attirer et de fidéliser les talents.
          D’une part, il ne fait nul doute que l’absence de législation spécifique   En cela, ils ont le potentiel de jouer un rôle dans le développement
          concernant la mise en place de plans d’intéressement pour les employés   économique de la Principauté.
          ou les cadres dirigeants en Principauté a engendré une certaine réserve
          dans l’adoption de ces mécanismes.
          D’autre part, la complexité de la fiscalité des personnes dans certaines
          juridictions telles que la France, sans équivalent à Monaco, a conduit au
          développement des management packages, soumis à une jurisprudence
          fiscale et sociale de plus en plus stricte.
          En effet, en droit français, la corrélation entre l’exercice d’un contrat
          de travail ou d’un mandat social et la détention de valeurs mobilières a
          soulevé des interrogations quant à la qualification fiscale et sociale des
          gains, en tant que plus-values ou traitements et salaires, avec comme
          conséquence l’assujettissement au barème progressif d’impôt sur le
          revenu ainsi qu’aux charges sociales.
          Sur le plan social, à Monaco, en vertu d’un Arrêté Ministériel n° 2022-619
          en date du 16 novembre 2022, venant modifier le règlement intérieur
          de la Caisse de Compensation des Services Sociaux, les participations
          aux bénéfices et intéressements, les stock-options et les attributions
          gratuites d’actions ou avec décote, sont considérées comme intégrées
          dans le salaire devant être déclaré aux Caisses sociales, sous réserve
          qu’un lien existe avec le contrat de travail conclu avec l’employeur
          monégasque.
          À noter que l’évènement déclencheur de la déclaration aux Caisses
          sociales est la date d’attribution des instruments et non celle de leur
          acquisition effective par le salarié.
          Sur le plan fiscal, il sera crucial de considérer l’incidence du régime
          d’imposition personnel des bénéficiaires, notamment s’ils sont de
          nationalité française. En effet, certains instruments d’intéressement
          seront soumis à l’impôt sur le revenu en France sans pour autant
          bénéficier des exonérations propres aux plans « qualifiants » adoptés
          conformément au Code de commerce français, ce qui peut fortement
          impacter leur attractivité pour ces bénéficiaires.
          Sur le plan du droit des sociétés, une analyse préalable s’impose, compte   Arthur Rohmer,
          tenu de la diversité des instruments disponibles pour atteindre différents   Associé gérant du cabinet Artieri & Rohmer (Law Offices)  © Valeria Maselli
          objectifs. Lors du choix du type d’intéressement (actions gratuites,   Managing Partner of Artieri & Rohmer (Law Offices)

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