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ECONOMY



          Financer une croissance préservant l’environnement

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          Incendies gigantesques et interminables, tempêtes dévastatrices et répétitives, inondations
          submergeant tout, accélération de la fonte des calottes polaires et des glaciers : l’année 2023, la
          plus chaude jamais enregistrée, ne fut qu’une longue suite d’événements démontrant l’évidence
          du réchauffement climatique et de ses dramatiques conséquences.



          Pour l’essentiel, ce phénomène est généré par les renvois de gaz   gouvernements doivent s’entendre sur le fait qu’il faut changer les
          carbonique dans l’atmosphère. Un CO  provoqué par le recours encore   règles de la comptabilité internationale et que, désormais, les emprunts
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          massif aux sources d’énergie fossiles – charbon et pétrole – pour la   publics destinés à la préservation de l’environnement ne doivent plus
          production industrielle, le chauffage et les transports. Bref, par tout   être inclus dans le montant des dettes étatiques. Ceci est essentiel
         ce qui touche à l’activité humaine de notre temps.      pour que les gouvernements ne demeureront pas inertes par peur
         Face à ce péril létal pour l’humanité, toute la communauté scientifique   de dégrader la réputation de solvabilité de leurs pays.
          internationale est désormais unanime à cet égard, une seule   Quant à faire émerger de nouvelles capacités financières, afin d’y
          contre-mesure possible : décarboner massivement, et relativement   parvenir, les états doivent émettre des emprunts obligataires dont
          vite, l’activité pour préserver l’atmosphère et ainsi faire baisser le   le rythme de remboursement ne les étouffe pas en étalant celui-ci
          thermomètre.                                           sur du très long terme : 90 ans, un siècle.
          Techniquement, c’est possible mais cher, très cher. Pour accélérer   Cette durée ne rebutera pas les prêteurs car ces obligations seront
          la transition écologique, les sommes d’argent à mobiliser qui sont   bien sûr monnayables en bourse à tout moment. De plus, pour
          annoncées apparaissent énormes.                        accroître la motivation des souscripteurs potentiels, la destination
          Elles semblent même inatteignables pour tout un courant de pensée   du produit de ces emprunts, à savoir des investissements allant tous
          qui estime que le sauvetage de la planète ne peut être espéré que par   dans le sens de la décarbonation et la protection de l’environnement
         un arrêt de la croissance, voire même une réduction de la production,   de manière générale, devra absolument être garanti par les états
         et de la consommation.                                  émetteurs ainsi que par les banques centrales qui les chapeautent.
         Ce n’est absolument pas dans cette démoralisante perspective que   En terme de technique financière, ce type d’obligation porte le nom
         s’inscrit Paolo Di Gaeta, diplômé de sciences politiques et spécialiste   de «covered bonds». On le voit, les moyens existent. Aux gouvernants
         des questions de finance internationale.                de se mettre d’accord pour s’en servir ».
         « Il faut être lucide » commente-t-il. « Provoquer une décroissance
         mondiale serait une monstruosité vis à vis des centaines et des
         centaines des millions d’êtres humains encore au-dessous du
         seuil de pauvreté en Afrique, dans le sous-continent indien, en
         Amérique du sud. Comment leur faire tolérer l’idée qu’ils ont
         trop à manger, trop de logements, trop de vêtements ? Seule
         une croissance économique généralisée peut leur apporter des
         lendemains meilleurs. Par ailleurs, dans les pays développés, un
         abaissement de l’activité induirait forcément des suppressions
         d’emploi et donc des baisses de niveau de vie consécutives à la
          plongée dans le chômage. Là aussi, c’est une vision de l’avenir
          insupportable pour les populations ».

          Des emprunts à très long terme pour des investissements ciblés
          Si le maintien de la croissance est une nécessité, il faut donc la faire
         compatir avec l’impérieuse décarbonation de la vie économique.
         Un challenge qui ne peut être remporté que si d’énormes investissements
          sont consentis pour le développement des ressources en énergie
         renouvelable et à leur l’adaptation au fonctionnement des différents
          secteurs d’activité.
          Mais comment les états peuvent-ils faire émerger de nouvelles
          capacités financières alors que la plupart d’entre eux, à de rares
          exceptions près, sont déjà dangereusement endettés au regard de
          leur produit intérieur brut ?
          « Je suis de ceux qui pensent que c’est parfaitement possible si
          l’on y met la volonté politique nécessaire » explique Paolo Di Gaeta.
          « Tout d’abord, en passant par les organismes financiers qui les
          fédèrent (Banque centrale européenne, banque mondiale, FMI). Les

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