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ECONOMY
Financer une croissance préservant l’environnement
par Paolo di Gaeta
Incendies gigantesques et interminables, tempêtes dévastatrices et répétitives, inondations
submergeant tout, accélération de la fonte des calottes polaires et des glaciers : l’année 2023, la
plus chaude jamais enregistrée, ne fut qu’une longue suite d’événements démontrant l’évidence
du réchauffement climatique et de ses dramatiques conséquences.
Pour l’essentiel, ce phénomène est généré par les renvois de gaz gouvernements doivent s’entendre sur le fait qu’il faut changer les
carbonique dans l’atmosphère. Un CO provoqué par le recours encore règles de la comptabilité internationale et que, désormais, les emprunts
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massif aux sources d’énergie fossiles – charbon et pétrole – pour la publics destinés à la préservation de l’environnement ne doivent plus
production industrielle, le chauffage et les transports. Bref, par tout être inclus dans le montant des dettes étatiques. Ceci est essentiel
ce qui touche à l’activité humaine de notre temps. pour que les gouvernements ne demeureront pas inertes par peur
Face à ce péril létal pour l’humanité, toute la communauté scientifique de dégrader la réputation de solvabilité de leurs pays.
internationale est désormais unanime à cet égard, une seule Quant à faire émerger de nouvelles capacités financières, afin d’y
contre-mesure possible : décarboner massivement, et relativement parvenir, les états doivent émettre des emprunts obligataires dont
vite, l’activité pour préserver l’atmosphère et ainsi faire baisser le le rythme de remboursement ne les étouffe pas en étalant celui-ci
thermomètre. sur du très long terme : 90 ans, un siècle.
Techniquement, c’est possible mais cher, très cher. Pour accélérer Cette durée ne rebutera pas les prêteurs car ces obligations seront
la transition écologique, les sommes d’argent à mobiliser qui sont bien sûr monnayables en bourse à tout moment. De plus, pour
annoncées apparaissent énormes. accroître la motivation des souscripteurs potentiels, la destination
Elles semblent même inatteignables pour tout un courant de pensée du produit de ces emprunts, à savoir des investissements allant tous
qui estime que le sauvetage de la planète ne peut être espéré que par dans le sens de la décarbonation et la protection de l’environnement
un arrêt de la croissance, voire même une réduction de la production, de manière générale, devra absolument être garanti par les états
et de la consommation. émetteurs ainsi que par les banques centrales qui les chapeautent.
Ce n’est absolument pas dans cette démoralisante perspective que En terme de technique financière, ce type d’obligation porte le nom
s’inscrit Paolo Di Gaeta, diplômé de sciences politiques et spécialiste de «covered bonds». On le voit, les moyens existent. Aux gouvernants
des questions de finance internationale. de se mettre d’accord pour s’en servir ».
« Il faut être lucide » commente-t-il. « Provoquer une décroissance
mondiale serait une monstruosité vis à vis des centaines et des
centaines des millions d’êtres humains encore au-dessous du
seuil de pauvreté en Afrique, dans le sous-continent indien, en
Amérique du sud. Comment leur faire tolérer l’idée qu’ils ont
trop à manger, trop de logements, trop de vêtements ? Seule
une croissance économique généralisée peut leur apporter des
lendemains meilleurs. Par ailleurs, dans les pays développés, un
abaissement de l’activité induirait forcément des suppressions
d’emploi et donc des baisses de niveau de vie consécutives à la
plongée dans le chômage. Là aussi, c’est une vision de l’avenir
insupportable pour les populations ».
Des emprunts à très long terme pour des investissements ciblés
Si le maintien de la croissance est une nécessité, il faut donc la faire
compatir avec l’impérieuse décarbonation de la vie économique.
Un challenge qui ne peut être remporté que si d’énormes investissements
sont consentis pour le développement des ressources en énergie
renouvelable et à leur l’adaptation au fonctionnement des différents
secteurs d’activité.
Mais comment les états peuvent-ils faire émerger de nouvelles
capacités financières alors que la plupart d’entre eux, à de rares
exceptions près, sont déjà dangereusement endettés au regard de
leur produit intérieur brut ?
« Je suis de ceux qui pensent que c’est parfaitement possible si
l’on y met la volonté politique nécessaire » explique Paolo Di Gaeta.
« Tout d’abord, en passant par les organismes financiers qui les
fédèrent (Banque centrale européenne, banque mondiale, FMI). Les
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