Page 35 - Monaco Economy 129
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Trop lourdes ?
          Le problème est que nous avons été contraints de voter les textes
          dans l’urgence avec le risque de commettre des erreurs, d’impacter
          la clarté des textes, ou d’aller trop loin dans les obligations qu’on
          s’impose. Cette situation risque clairement de nuire à l’attractivité de
          la Principauté. Si pour créer une société à Monaco, c’est le parcours du
         combattant, on ne va pas attirer des entreprises qui vont s’implanter,
         créer de l’emploi, etc.


         La délation n’est-elle pas antinomique avec la profession d’avocat ?
         Pour les avocats, il y a des dispositions particulières pour établir le
          champ d’application de la loi. Nous sommes soumis aux obligations de
         vigilance dans le cadre de notre relation de conseil, quand on assiste
         le client pour sa réalisation ou quand on participe à une transaction.
         En revanche, dans tout ce qui est matière procédurale et judiciaire, il
         n’y a pas d’obligation anti-blanchiment sinon ce serait antinomique
         avec la profession d’avocat. Dénoncer son client est contraire à
         l’essence même de ce métier.

         Selon le rapport de Moneyval, « malgré les obligations d’inscription
         échues depuis 2020, seules 31% des sociétés civiles (et 78%
         des sociétés commerciales) ont déclaré leur(s) bénéficiaires(s)
         effectif(s) au registre dédié », les fautifs n’étant pas sanctionnés.
         Comment expliquez-vous cela ?
         Il faut dire que le Gouvernement a mis des mois à mettre en place
         le registre des bénéficiaires effectifs et à le faire fonctionner
         correctement. Par ailleurs, jusqu’à présent, les sanctions de non-
         respect de tenue à jour du registre des sociétés étaient une amende
         d’à peine 2 ou 3 euros. Il n’y avait ainsi pas de mesure contraignante
         qui obligeait les gens à tenir à jour ce registre... Mais ce qui pose   Thomas Brezzo,
         le plus de problème à mon sens ce sont les sociétés civiles en   Président de la Commission Législation du Conseil national et rapporteur des textes anti-blan-  ©Conseil National
         déshérence. Il y a des Sociétés civiles inscrites au registre des   chiment / President of the Legislation Commission of the National Council and rapporteur of
                                                                  anti-money laundering texts
         sociétés alors qu’elles n’ont plus d’activité à Monaco depuis 20 ou
         30 ans. On n’a pas fait le ménage dans ce registre notamment car   infraction. En clair, si le suspect n’est pas capable de justifier
         le processus de radiation des sociétés était complexe. La nouvelle   l’origine des fonds, on considère que c’est du blanchiment. Pourtant,
         législation permettra ainsi à l’administration de faire le « ménage »   il y a peu de condamnations à Monaco pour blanchiment. Pourquoi
         plus facilement et les récalcitrants seront beaucoup plus lourdement   selon vous ?
         sanctionnés.                                            La présomption de blanchiment est un outil très utile, une évolution
                                                                 majeure inscrite dans la 3 ème  directive européenne anti-blanchiment.
         Selon Moneyval, la Principauté de Monaco devrait analyser en   Avant, il fallait déterminer l’infraction sous-jacente au blanchiment
         profondeur le risque d’utilisation de son secteur financier pour   pour pouvoir condamner ; aujourd’hui, elle peut être simplement
         blanchir les produits issus de la fraude à l’impôt sur le revenu   supposée avec un renversement de la charge de la preuve quant à
         notamment « en considérant que l’absence d’incrimination puisse   l’origine illicite des fonds. Pour autant, Monaco reste un petit État…
         être une vulnérabilité intrinsèque ».                   Les éléments matériels sont difficiles à démontrer et les dossiers
         La fraude à l’impôt sur le revenu n’existe pas à Monaco, du fait que   financiers complexes. C’est très compliqué d’établir que l’argent est
         l’impôt sur le revenu lui-même n’existe pas. En revanche, la fraude   d’origine illicite et que l’auteur du blanchiment était informé ou qu’il
         fiscale commise à l’étranger et blanchie à Monaco est sanctionnée.   ne pouvait ignorer l’origine illicite, alors même que les infractions
         C’est ainsi le rôle du juge de déterminer si les fonds sont d’origine   sous-jacentes sont commises à l’étranger. Ces dossiers nécessitent
         licite ou pas et si les fonds ont été blanchis à Monaco. La personne   des années de procédures et de bataille juridique avec les autorités
         ne sera pas poursuivie pour l’infraction sous-jacente de fraude fiscale,   étrangères.
         mais pour blanchiment. C’est une infraction autonome. Par ce biais,
         la Principauté de Monaco contribue à la poursuite des infractions de   En 2024, Monaco va être soumis à d’autres évaluations ?
         fraude fiscale commises à l’étranger, mais si cela se fait indirectement.  En plus du GAFI, d’autres évaluations sont effectivement prévues : le
                                                                 5 ème  cycle d’évaluation du GRECO sur la prévention de la corruption
         La présomption de blanchiment représente pour certains une « arme   et la promotion de l’intégrité au sein des gouvernements centraux
         absolue » qui permet à la justice de présumer que les biens ou les   (hautes fonctions de l’exécutif) et des services répressifs ainsi que
         capitaux utilisés ou détenus de façon occulte proviennent d’une   l’évaluation du GREVIO (violences domestiques).

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