Page 46 - Monaco Economy 128
P. 46

ECONOMY



          Jean Castellini ou la relance keynésienne

                                                                                                       par Milena Radoman
          Il est resté presque 11 ans à la tête des finances de l’État et « y a sans doute battu un record de
          longévité ». Parmi les grands dossiers que Jean Castellini a dû gérer : la crise du Covid et le plan
          de relance de l’économie qui en a découlé.

                                                                 Erosion and Profit Shifting ou BEPS en anglais). Offshorisation de la
                                                                 place financière, évaluation de Moneyval, le groupe anti-blanchiment
                                                                 du Conseil de l’Europe, transformation du SICCFIN en autorité
                                                                 indépendante, stratégie verte du Fonds de Réserve Constitutionnel…
                                                                 Pendant ces 10 dernières années comme grand argentier de l’État,
                                                                 les chantiers n’ont guère manqué. Mais il y en a un qui restera sans
                                                                 aucun doute gravé dans la mémoire de l’ancien Conseiller-Ministre
                                                                 des Finances.

                                                                 Un plan de relance en quatre couleurs
                                                                 Mars 2020 : la planète est à l’arrêt en raison d’un étrange virus qui
                                                                 contraint les citoyens du monde entier au confinement pour éviter toute
                                                                 contamination. Comment oublier la gestion de cette crise sanitaire, qui
                                                                 imposa de réagir à vitesse grand V au sommet de l’État ? L’épidémie
                                                                 de Coronavirus obligeait l’État monégasque à réviser son budget et à
                                                                 entériner une enveloppe de 350 millions d’euros dévolue aux mesures
                                                                 économiques et sociales aux entreprises comme le chômage total
                                                                 temporaire renforcé (CCTR), les exonérations partielles de charges
                                                                 employeurs, le gel des loyers pour les commerces situés dans les
                                                                 domaines… Jean Castellini était alors sur le front aux différentes
                                                                 étapes de la crise: « On a travaillé en équipe, pour cibler au mieux les
                                                                 besoins et calibrer les dispositifs (revenu minimum extraordinaire,
                                                                 aide aux sociétés, commission d’accompagnement de la relance
         © Direction de la communication                         Tous les secteurs de l’économie ont été aidés, avec des aides à court
                                                                 économique (CARE) pour les professions particulièrement touchées).

                                                                 ou moyen terme. In fine, le taux de faillite est quasi nul. »
                                                                 En septembre 2020, l’État monégasque lançait un « plan keynésien »,
                                                                 selon les termes de l’ancien Conseiller-Ministre. Après avoir perfusé


                                                                 relance poursuivait deux objectifs : soutenir durablement les acteurs
           Jean Castellini, ancien Conseiller-Ministre des Finances  l’économie monégasque impactée par la crise sanitaire, « le plan de
                                                                 économiques sur le moyen et long terme (relance par l’investissement)
          Il y a parfois de curieux hasards de la vie. Issu du privé, Jean Castellini   tout en injectant directement de l’argent public dans l’économie locale
          était entré au Gouvernement en 2012, après avoir intégré le Cabinet   à plus court terme (relance par la consommation). »
          Princier et piloté la Commission de Contrôle et des Activités Financières
          (CCAF) aux côtés de Christian de Boissieu. Il remplaçait alors Marco   Le Fonds Bleu est devenu structurel
          Piccinini au poste de Conseiller de Gouvernement pour les finances.   Le Gouvernement misait alors sur quatre Fonds pour relancer la
          Quasiment onze ans après, c’est son prédécesseur qui vient lui succéder   consommation et investir pour l’avenir : le Fonds Vert national, consacré
          place de la Visitation… Juste après la trêve estivale, un communiqué   à la transition énergétique, le Fonds Bleu, dédié au numérique, le
          du Palais Princier est tombé pour annoncer ce changement à la tête   Fonds Blanc, pour soutenir la construction et la rénovation du bâti
          du département des finances et rendre « hommage aux nombreuses   en Principauté, et enfin le Fonds Rouge et Blanc, destiné à orienter
          actions menées depuis près de 18 ans » au service du Prince tout   la consommation vers les commerçants et artisans de Monaco.
          comme à la « loyauté » du Monégasque.                  « Au final, le Fonds Bleu est le seul fonds créé, à être maintenu et
          Au cours de ces 18 ans dans les instances de pouvoir, Jean Castellini   à devenir structurel, analyse Jean Castellini. C’est un soutien aux
          a connu des mutations profondes, notamment avec l’avènement de   entreprises numériques monégasques puisque 80 à 85% des aides
          la transparence fiscale comme credo international. Monaco a dû   leur reviennent. Il crée de l’emploi et des revenus pour l’État via l’impôt
          suivre cette révolution que représente l’échange automatique de   sur les sociétés. » Une enquête de l’IMSEE est en cours pour évaluer
          renseignements – soit la transmission systématique et périodique   les revenus générés par la TVA notamment. En plus des 20 millions
          d'informations sur les revenus au pays de résidence ayant pour but   d’euros engagés à la fin 2022, 11 millions d’euros étaient inscrits en
          de lutter contre l'évasion fiscale -, tout comme le plan de lutte contre   2023. Une enveloppe similaire devrait être prévue au BP2024.
          l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices (Base   S’agissant du Fonds Vert, les 25 millions d’euros ont été dépensés

    46
   41   42   43   44   45   46   47   48   49   50   51