En février, le GAFI a rendu son verdict. L’organe international anti-blanchiment a salué les avancées monégasques… mais prolongé la surveillance. Une décision politiquement contestée.
La décision était redoutée, elle est désormais actée. À l’issue de sa réunion plénière de Mexico, du 9 au 13 février 2026, le Groupe d’action financière (GAFI) a choisi de maintenir Monaco sur sa « liste grise » des juridictions sous surveillance renforcée. L’organisme international reconnaît certes des « avancées substantielles » de la Principauté, notamment sur la qualité et la rapidité des déclarations de soupçon, ainsi que sur le renforcement du dispositif de sanctions. Dans son communiqué, le Gouvernement monégasque souligne même un « changement d’échelle dans la mise en œuvre du plan d’action national ».
Mais pour le GAFI, l’essentiel reste à consolider. Le plan d’action engagé par Monaco depuis 2024 n’est pas encore entièrement exécuté, et deux points structurants continuent de poser question. A savoir l’effectivité des sanctions et la crédibilité des réponses pénales en matière de blanchiment. Les sanctions récentes – notamment l’amende record de l’AMSF de 800 000 euros à l’encontre de la société anonyme monégasque Landmark Management fin décembre 2025 et la peine de 5 ans de prison prononcée par le tribunal correctionnel contre un ex-député ukrainien en fuite aux Emirats arabes unis – n’ont pas suffi à convaincre les instances du GAFI. Résultat : toujours sous surveillance renforcée du GAFI, Monaco demeure également inscrit sur la liste des juridictions à haut risque de l’Union européenne…
Une décision contestée politiquement
Côté politique, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le Président du Conseil national, Thomas Brezzo, n’a pas gardé sa langue dans sa poche, dénonçant une décision déconnectée des efforts réalisés. « On sait qu’on n’est pas maître du jeu […] on a affaire à de véritables ayatollahs dans ces organisations, a-t-il déclaré dans Monaco Matin. On se retrouve dans une situation aujourd’hui qui, malheureusement, avec tous les efforts qui ont été faits par les professionnels, est injuste. L’Irak est sorti de la liste grise, le Mali, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie !»
« Une chasse aux sorcières »
Le Président du Conseil national rappelle l’intensité des réformes engagées entre 2024 et 2025, tout en regrettant un manque d’anticipation du Gouvernement : « Personne ne pourra dire que le Conseil national n’a pas fait le job. » Même son de cloche du côté de la FEDEM (Fédération des entreprises monégasques) : « Tout ceci aurait pu être évité si le sujet avait été pris en temps et en heure », estime son Président Philippe Ortelli, qui attend « un calendrier lisible et transparent des actions entreprises et à entreprendre par le Gouvernement pour sortir Monaco, d’abord de la liste grise du GAFI et ensuite, de la liste noire européenne ». Le patron des patrons monégasques craint même « une chasse aux sorcières » pour « faire du chiffre »...
Pour Monaco, l’enjeu est désormais clair : transformer des progrès techniques en crédibilité durable. Les prochaines échéances sont déjà identifiées : les réunions plénières du GAFI d’octobre 2026 puis de février et juin 2027. D’ici là, « la Principauté entend poursuivre avec détermination les actions en cours et s’assurer, dans la durée, de leur effectivité », a publiquement déclaré le Gouvernement. « Monaco restera pleinement mobilisée en 2026 pour documenter la poursuite et l’intensification des actions en cours, sur la base d’un bilan déjà robuste et qui comprend notamment une augmentation continue du volume des déclarations de soupçon + 10 % en moyenne entre 2023 et 2025 ; une hausse de plus de 20 % des demandes de renseignement financier adressés aux partenaires internationaux ; une progression de près de 60 % du nombre de rapports transmis au Parquet général depuis 2020 », annonce le Gouvernement dans un communiqué officiel. Car le temps presse.
Aujourd’hui, économiquement, l’impact de la liste grise reste, à ce stade, réputationnel plus qu’économique. Mais pour combien de temps ? Les indicateurs sont certes au vert pour la place financière avec 182,9 milliards d’euros de dépôts en 2025, contre 176 milliards fin 2024 et une croissance de +4 % du crédit, avec près de 30 milliards d’euros d’encours. Montrant que Monaco continue d’attirer des capitaux et que les banques continuent de financer l’économie et d’investir. Mais certaines transactions sont freinées voire bloquées avec cette inscription sur les listes du GAFI et de l’Union européenne, qui se répercutent dans des pays clés comme la Suisse ou la Grande Bretagne. « American Express m’a signalé que la résidence à Monaco posait problème pour mes transactions… » peste un entrepreneur monégasque, qui n’a pu non plus se doter de carte Revolut.
Le signal Cottalorda : crédibiliser la stratégie
Pour viser une sortie de la liste grise, Monaco joue la carte des profils. La nomination de Frédéric Cottalorda comme Conseiller de Gouvernement-Ministre des Finances et de l’Économie envoie un signal clair aux partenaires internationaux. Ancien du SICCFIN, expert auprès du Conseil de l’Europe, acteur clé de la construction du cadre monégasque de lutte contre le blanchiment, il incarne une ligne claire : professionnaliser, structurer, crédibiliser.
Le Conseil national accélère sur la transparence
Sur le plan législatif, la réponse se poursuit. Le 2 avril 2026, le Conseil national a adopté à l’unanimité la proposition de loi n°276 visant à inciter les sociétés étrangères détenant des biens immobiliers à s’installer en Principauté. Objectif : renforcer la transparence. Le dispositif prévoit ainsi la possibilité de transférer son siège à Monaco ; ou, à défaut, l’obligation de déclarer ses bénéficiaires effectifs, sous peine d’être taxé d’un droit annuel. Pour Franck Julien, Président de la Commission des Finances, « ce mécanisme renforce la transparence sur la détention des biens immobiliers et permet de rapatrier davantage d’activité économique en Principauté, en incitant les structures concernées à s’y établir. »
Milena Radoman