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Cruiseline, leader européen des croisières en ligne

La société monégasque s’est taillée la part du lion et domine le secteur de la vente en ligne de croisières en Europe. Et elle ne compte pas s’arrêter là…

Fondé en 2002 à Nice, CruiseLine s’est installé dès 2005 à Monaco. « À l’époque, nous étions dans les premiers à vendre des croisières sur Internet. Cette année, on va faire un peu moins de 300 millions de chiffre d’affaires », explique Pierre Pelissier qui a repris cette société en 2012 après avoir dirigé Nouvelles Frontières.

Pierre Pelissier, Président Administrateur Délégué de Cruiseline

Dès son arrivée en Principauté, l’entreprise qui comptait alors une trentaine de collaborateurs (contre 450 aujourd’hui dont 300 à Monaco), a ciblé ses marchés principaux : la France, l’Italie et l’Espagne. Aujourd’hui, le leader européen de la vente en ligne, détenu à 60 % par Perwyn, holding d’investissement de la famille Perrodo et à 40 % par son management, est également implanté en en Amérique du Sud (Buenos Aires et Cancún), rayonnant dans une trentaine de pays. « Après le Canada, on ouvre les Etats-Unis et l’Allemagne. Ce sont des marchés compliqués surtout les Etats-Unis avec de très gros acteurs. Les clients achètent souvent directement à l’armateur et non via des intermédiaires comme nous. Mais la croissance est là-bas. 12 bateaux neufs ont été livrés en 2024. 15 en 2025. Quasiment tous sont partis aux Etats-Unis… Or pour croître, on a besoin de navires ! », explique Pierre Pelissier selon qui les Américains dépensent en outre beaucoup plus que les Européens. Soit 150 euros par jour à bord contre 30…

Un secteur en évolution

Le marché mondial de la croisière représente environ 30 millions de croisiéristes par an, dont la moitié aux USA. Cruiseline perçoit certaines tendances. « La moyenne d’âge des clients est rajeunie (42 ans pour les Français, 38 chez les Italiens). Sur le mass market (Costa, MSC, Royal), c’est très familial. On va avoir souvent trois générations, les enfants, les petits-enfants et les grands-parents. » Le prix moyen au produit ? Autour de 3 600 euros pour un booking de 2,8 personnes. Soit 1 250 euros par personne pour une semaine avec une variation en fonction des saisons.

Autre évolution récente : la taille des bateaux, plus hauts et plus larges. « Le plus gros navire du monde – soit les 3 bateaux de la classe Icon de Royal Caribbean, 370 m – accueille 12 000 personnes à bord dont 7 000 clients ! L’espace par passager a augmenté comme sur l’Explora 2 (qui fait escale à Monaco). Vous n’avez jamais l’impression d’avoir du monde. » Pourquoi cette tendance ? « Les plus gros bateaux sont plus rentables parce qu’il y a davantage de loisirs à bord. Et tous ces loisirs peuvent être payants. La deuxième raison est technique. Pour réduire les émissions de gaz, les navires qui ont des multipropulsions doivent stocker des réserves en gaz naturel liquéfié à moins de 250 degrés mais aussi des réservoirs pour le diesel. »

Dans ce secteur digitalisé, le développement international prend du temps surtout pour éviter un référencement Google onéreux.  Pour Cruiseline, l’internationalisation s’opère de Monaco avec une tech faite maison par une trentaine d’ingénieurs. « La première étape, c’est de nurser les sites, de les mettre sur le marché, de bien les référencer, de comprendre les problématiques locales, les modes de paiement, avant de déployer sur place. Chaque pays demande des intégrations techniques différentes ou spécifiques. Si vous n’avez pas les codes, vous ne fonctionnez pas. Les pays sud-américains, par exemple, fonctionnent beaucoup avec des paiements en 10 ou 15 fois », explique le dirigeant, rappelant à quel point la compréhension de l’environnement économique et fiscal est essentielle. « Il y a des problématiques de devise aussi. Par exemple, en Argentine, à une époque, on avait 30% d’inflation tous les 3 mois !  Quand vous avez du pesos argentin et que vous payez la croisière en dollars, vous avez l’intérêt à la payer très vite pour ne pas prendre de risque de change… » Cruiseline a ainsi dépensé « au moins 3 millions d’euros pour moderniser toute la tech et augmenter ses investissements à l’étranger, renforcer ses positions dans certains pays. On travaille par exemple pour s’installer physiquement au Chili. » Avec bien sûr, une utilisation désormais de l’IA pour compléter les informations fournies aux clients et annoncer des baisses de prix aux clients intéressés.

Qu’est-ce qui différencie aujourd’hui Cruiseline par rapport à ses concurrents ? « D’abord, on est rentable, contrairement à certains concurrents qui ont défrayé la chronique récemment » plaisante Pierre Pelissier. Une allusion au naufrage de Star Croisières qui a englouti les versements de milliers de clients lésés. Selon la justice monégasque, le passif de cette société de croisières en faillite a atteint environ 8 millions d’euros, pour 4,3 millions d’actifs seulement, dont 3,4 millions jugés recouvrables. « Les déposits de clients devraient être sanctuarisés. En France, les agences de voyage ont l’obligation d’avoir une garantie financière d’insolvabilité. (Il s’agit d’une caution qui en cas de faillite de votre agence de voyage remboursera les acomptes que vous avez versés pour un voyage non réalisé). À Monaco, cette garantie financière n’est pas obligatoire. Il est inenvisageable que Monaco ne prenne pas la mesure de ce problème et change pas sa législation », milite le dirigeant qui s’acquitte, lui, du paiement de la cotisation et de la contre-garantie exigée par une directive européenne pour protéger les clients européens.

Verdir l’image

D’autant que le secteur a parfois mauvaise presse en raison de son impact environnemental. « C’est injuste. Sur les nouveaux navires, tout est traité, filtré. On a des produits qui sont de plus en plus propres. Les armateurs se sont engagés à atteindre l’objectif zéro émission en 2050, avec de la compensation. Sur les 5 000 navires de commerce dans le monde, il y a 300 navires de croisière et 80% sont équipés avec la connectivité aux ports. Quand les ports sont équipés (soit une trentaine), on peut se connecter à quai et éteindre les moteurs. » Monaco n’a pas encore franchi le pas. « Je pense que Monaco va plutôt faire le pari de faire rentrer des navires propres équipés de piles à combustible qui alimentent le bateau et donc, plus besoin de connectivité à quai. Les premiers seront livrés en 2027. »

Cruiseline a pour sa part établi des green scores en analysant pour tous les navires différents critères : la date de mise en service, le carburant utilisé, toutes les initiatives pour réduire les émissions classées (scrubbers par exemple) ou pour le traitement de déchets.

Milena Radoman

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