Un hôpital neuf à côté de l’ancien. Deux tours envisagées sur les derniers « délaissés SNCF ». Un quartier entier à redessiner à l’Annonciade… Après Mareterra, Monaco poursuit sa mue. Mais entre les projets imaginés hier et ceux qui verront le jour demain, les plans ont parfois beaucoup changé.
Nouvel hôpital : les premiers patients attendus en 2027

Légende : Conçu par groupement Natacha Morin Innocenti/AIA Associés/AIA Ingénierie/AECOM et Tractebel Engineering, l’édifice bénéficiera ainsi d’un label encore peu fréquent pour les grands ensembles hospitaliers : la certification « Haute Qualité Environnementale » (HQE).
« C’est le plus important chantier de la Principauté aujourd’hui, en termes d’équipement », a rappelé Christophe Mirmand. Et c’est sans doute aussi l’un des plus attendus par la population et l’un des plus délicats à conduire en raison de son impératif : bâtir un hôpital sans interrompre les soins.
On parle du nouveau Centre hospitalier Princesse Grace depuis plus de trente ans. Après plusieurs projets et concours, Monaco a retenu une reconstruction in situ, sur l’emplacement qu’occupe l’hôpital depuis 1902. Le premier grand bâtiment s’élève au-dessus du nouveau parking. Il accueillera bientôt 70% des chambres d’hospitalisation et des activités médicales. Au plus fort de l’activité du chantier, jusqu’à 700 compagnons ont travaillé simultanément sur le site. Le programme présenté pour le nouveau CHPG prévoit 500 lits et 22 salles d’opération, dont plusieurs salles polyvalentes. L’architecture – modulable – prévoit des toitures et des terrasses végétalisées, des patios, des protections solaires et des équipements de production de chaud et de froid. D’autres étapes suivront sur le reste du site – qui devraient porter la surface totale à 107 000 m² -, avec un horizon d’achèvement de l’opération d’ensemble fixé à 2032. La démolition d’une partie des anciens bâtiments libérera du terrain. Une réserve foncière à « destination hospitalière ».
« Le nouveau CHPG sera la pierre angulaire du service de santé monégasque !” a indiqué le Prince Albert II lors de la remise des clés du bâtiment à l’été 2026 aux équipes de l’établissement. Les premiers services devraient s’installer fin 2026 ou début 2027. Tandis que les premiers patients sont attendus au premier trimestre 2027, avant une occupation complète de cette première phase en mai.
Coût de l’opération : 1,4 milliard d’euros. L’estimation initiale de 867 millions d’euros a en effet été largement dépassée. Le chantier en site occupé, l’inflation, les adaptations techniques et les retards expliquent une partie de cette dérive. Reste également à financer le fonctionnement du nouvel établissement : environ 70 % de ses patients sont français, selon le ministre d’État, qui évoque un plan de retour à l’équilibre et de nouvelles discussions avec l’assurance maladie française.
Jardin Exotique : l’entrée ouest a déjà changé
Le projet d’entrée de ville par le Jardin Exotique ne se limitait pas à l’édification de L’Exotique, l’immeuble signé Rudy Ricciotti, l’architecte du MUCEM de Marseille, et Fabrice Notari. Il offre aussi un autre parcours à ceux qui arrivent de la Moyenne Corniche. Avec des serres pour le Centre botanique, des bureaux, un belvédère végétalisé et un immense parking….
Le changement le plus visible est désormais en service. Le parking des Salines a ouvert en avril 2024, avec environ 1 800 places sur quinze niveaux. Conçu pour retenir une partie des voitures à l’entrée de Monaco, il est devenu une pièce centrale de la stratégie de mobilité du Gouvernement. Le Jardin Exotique a, lui, rouvert au public en mars 2026.
Un nouveau cheminement permet désormais de rejoindre Fontvieille depuis le parking, grâce à une succession d’ascenseurs, de galeries et de passerelles. Le gouvernement poursuit les études de liaisons piétonnes.
Charles III : un World Trade Center en entrée de ville ?

C’est la première parcelle que l’on aperçoit en entrant dans Monaco par la basse corniche. Et l’un des derniers terrains libérés par l’enfouissement de la voie ferrée. C’est pourquoi l’îlot Charles III mobilise toutes les attentions.
Les premiers plans (ci-dessus) imaginaient un vaste socle accueillant la future usine de traitement des déchets, des activités logistiques, puis des bureaux et des commerces. Il était aussi question de remplacer les voies de circulation en surface par des espaces publics plus accueillants et de mieux relier Fontvieille, l’îlot Pasteur, Cap-d’Ail et le Jardin Exotique.
Exit ce plan depuis juin 2025. Ce scénario a été profondément remanié avec la décision de reconstruire le Centre de traitement et de valorisation des déchets sur son site actuel, à Fontvieille. Le Gouvernement monégasque a lancé un appel à concurrence pour le projet de Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets (CTVD), s’appuyant sur un Marché de Partenariat Global de Performance (MPGP). Les groupements avaient jusqu’au 17 septembre 2026 pour candidater afin de décrocher un contrat associant à la fois une opération de construction mais également aussi d’exploitation (16 ans). Objectif : « permettre au Gouvernement d’avoir la garantie de disposer en permanence d’un outil qui répondra à toutes les exigences environnementales et de performances énergétiques compte tenu du rôle que joue aussi cette installation pour produire du chaud et du froid, en particulier, pour le quartier de Fontvieille », rappelle le Ministre d’Etat Christophe Mirmand. En plus du traitement des déchets, est prévu « un réservoir d’eau qui permettra d’optimiser le recyclage des eaux usées dans la Principauté pour que nous puissions disposer de volumes d’eau importants. » Surtout compte tenu du réchauffement climatique et du stress hydrique que nous vivons désormais chaque été…
Sur Charles III, le Gouvernement envisageait deux tours à vocation principalement économique, en lien avec les activités de Fontvieille. « En relocalisant des activités économiques à cet endroit-là, on gère aussi la mobilité en entrée de ville et non plus en cœur de ville », défend la Ministre de l’Équipement Céline Caron. Mais que contiendront exactement ces tours ? Peut-on imaginer une espèce de World Trade Center à l’entrée de ville ? Quelle place pour les bureaux, les services ou d’autres activités ? La programmation et le coût restent à arbitrer. L’autre entrée ouest de Monaco est encore à inventer… Pour le quartier Charles III, il est inscrit 888 millions d’euros de crédit global au programme triennal d’équipement public. Tandis que le CTVD bénéficie d’une inscription de 694 millions d’euros.
Plan logement : 633 appartements livrés, et après ?
On ne risque pas de l’oublier. À Monaco, « la première priorité, ne serait-ce qu’en terme de volume de crédits consacrés dans les budgets – soit environ 280 millions d’euros pour 2027 -, c’est le logement. Il s’agit de permettre aux Monégasques de continuer à vivre dans leur pays », a rappelé encore récemment le Ministre d’Etat Christophe Mirmand. C’était d’ailleurs l’ambition du Plan national pour le logement, lancé en 2019 avec une programmation initiale de 1 831 appartements supplémentaires en quinze ans, soit 1 363 logements nets après démolitions et reconstructions.
Testimonio II, Grand Ida, Honoria… La première vague a livré 633 logements neufs, construits et attribués entre 2019 et 2024. La deuxième phase, prévue sur 2026-2032, porte sur 421 à 435 logements. Soit dans le détail, 223 logements au Bel Air (135 logements nets après prise en compte des dations) ; 35 au Larvotto Supérieur ; 27 à La Luciole ; 76 à 90 avenue Hector Otto ; et 60 aux Villas Les Lierres/Nathalie, soit 48 nets).
Un tel effort a un prix : 1,64 milliard d’euros consacré à la construction de logements domaniaux entre 2019 et 2026 ! Rien que les opérations Testimonio II et II bis représentent 677 millions au triennal ! Le coût est désormais évalué à environ 2,11 milliards d’euros pour quelque 990 logements. Début 2026, le parc domanial comptait 4 380 appartements. Environ 62 % des Monégasques y étaient logés, alors que l’objectif gouvernemental se situe autour de 65 %. Bref, du travail pour les entreprises de construction.
Annonciade II : « c’est deux fois Mareterra » !
L’annonciade, « c’est presque deux fois Mareterra et cela représente les 10 /15 prochaines années de construction », souligne Céline Caron, la Ministre-Conseillère de Gouvernement de l’Équipement.
Exit l’ancien lycée technique, puis le collège Charles III. Au pied de la Tour Odéon, leur déménagement a libéré l’une des dernières grandes emprises de l’est monégasque, soit environ 11 000 m². L’enjeu ne se résume plus au vieux rêve d’une « mini La Défense » monégasque. C’est tout un quartier qu’il faut penser. Le programme à étudier comprendrait des logements domaniaux et privés, une école, une crèche, les casernes des pompiers et des carabiniers et, éventuellement, un EHPAD. Or, l’avenue de l’Annonciade coupe le terrain en deux. Les anciens bâtiments formaient une barrière visuelle et accentuaient l’impression de « canyon ». Entre la rue Frolla et le chemin des Œillets, le dénivelé atteint environ dix mètres. Comment créer des traversées, faire passer les transports et reconnecter ce quartier au reste de la ville ? La question est désormais posée à trois équipes internationales d’urbanistes, retenues parmi treize candidatures dont plusieurs prix Pritzker (l’équivalent des Nobel de l’architecture). Leur mission : proposer les volumes, les accès et les phases de construction de ce secteur. « L’idée, c’est que, vers le milieu de l’année 2027, on aura choisi le groupement lauréat et on pourra commencer à travailler avec lui. »
La géologie entre aussi dans l’équation. Après les désordres observés à l’ancien collège, de nouvelles études hydrogéologiques ont été lancées. Leurs résultats sont plutôt « rassurants », indique Céline Caron-Dagioni, mais les futurs ouvrages devront pouvoir être inspectés et entretenus.
Fontvieille : une galerie rénovée avant le grand projet

Il devait être entièrement reconstruit avec un design futuriste. Mais le futur centre commercial de Fontvieille (CCF) se fait toujours attendre. Lancée il y a plus de dix ans, l’opération a donné lieu à un appel d’offres en 2015, puis à des contrats en 2018. Depuis, plusieurs versions ont été étudiées, sans déboucher « sur un projet jugé satisfaisant par le gouvernement ». « C’est un projet qui remonte loin, trop loin sans doute », reconnaît Christophe Mirmand.
En attendant, l’État rénove le centre actuel. D’abord les accès : escaliers mécaniques remplacés près du Jardin Animalier et du parvis Léo Ferré, nouveaux travelators vers les parkings, ascenseurs à l’extrémité de la passerelle reliant le centre au port. Puis la galerie elle-même, du rez-de-chaussée à la mezzanine. L’agence TAG, dirigée par Jérôme Hein, a conçu cette opération d’embellissement. Plafonds rétroéclairés, murs plus clairs, colonnes habillées d’acier inoxydable, mobilier et signalétique repensés : l’objectif est de rendre les parcours plus lisibles. « L’idée première, c’était de simplifier la lecture du centre, de le rendre plus agréable, plus accueillant », explique Aurélie Peri, administrateur des Domaines. Le tout pour un budget de 4,36 millions.
Les travaux doivent s’achever début décembre. Les commerces restent ouverts. Dans la galerie centrale, une structure provisoire permet aux entreprises de travailler en hauteur ; une partie des interventions se déroule de nuit. « C’était indispensable pour pouvoir maintenir les commerces ouverts », précise Aurélie Peri.
S’agissant de la reconstruction du CCF, le Gouvernement renégocie encore avec l’opérateur retenu l’équilibre financier d’un projet évalué en centaines de millions d’euros… « On est en 2026 et il n’y a pas l’ombre d’un nouveau projet », déplore Philippe Clerissi, Président du GIE des commerçants du centre commercial qui défend une rénovation et un agrandissement par phases, sans démolition générale, en conservant autant que possible les surfaces commerciales. Philippe Clerissis’oppose fermement à un projet pharaonique à 400 millions d’euros et au bail à construction avec l’opérateur pressenti. Il souhaite que « l’État reprenne la maîtrise du projet ».
Larvotto : le Ni-Box a disparu, la Villa Sauber va grandir

Il n’y a pas que Mareterra qui a changé la face du Larvotto. Le Ni Box a été démoli et a depuis laissé place à un bâtiment longitudinal signé Renzo Piano. Objectif : cacher le plus possible la dorsale et proposer un cheminement piéton reliant Monte-Carlo et Mareterra. S’il ne sera finalement pas exploité par Neuehouse, le bâtiment devrait proposer prochainement des espaces de co-working et d’échanges.
Juste à côté, la Villa Sauber s’apprête à changer d’échelle. Les premières discussions évoquaient des extensions limitées d. Le projet du Nouveau Musée National prévoit de créer de nouvelles surfaces sous les jardins de cette demeure Belle Époque (l’une des dernières de Monaco). Sa surface utile passerait d’environ 600 à plus de 4 000 m². La réouverture est annoncée pour 2029. Le crédit global inscrit pour l’extension atteignait 138 millions d’euros au 1er janvier 2026.
Milena Radoman