Dans un contexte international incertain, le projet de budget 2027 conjugue un excédent prévisionnel de 3,6 millions d’euros, des recettes fiscales en recul et un fonctionnement plus coûteux. Il arrive sur fond de confrontation entre Gouvernement et Conseil national, alors que le rectificatif 2026 reste, à l’heure du bouclage, en attente d’adoption.
Un équilibre préservé, mais une marge réduite. C’est ce qui se dégage du projet de budget primitif 2027, qui prévoit 2,343 milliards d’euros de recettes pour 2,339 milliards de dépenses*. Soit un excédent prévisionnel de 3,6 millions d’euros, contre 8,8 millions inscrits au budget primitif 2026.
Ces prévisions restent exposées aux aléas d’un environnement international où les tensions géopolitiques et l’évolution des prix de l’énergie compliquent l’exercice d’anticipation. Dans son rapport sur le rectificatif 2026, le rapporteur Franck Julien soulignait déjà les conséquences de cette conjoncture sur le pouvoir d’achat : « Dans un contexte international marqué par de nouvelles tensions inflationnistes, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,6 % au mois de juillet 2026 et de 2,1 % sur un an selon l’INSEE. » Une pression qui concerne aussi les dépenses de l’État.
Des recettes fiscales moins généreuses
Les contributions fiscales prévues reculent de 61 millions d’euros, soit 3,6 %. La TVA accuse la principale diminution, estimée à 73,6 millions, soit une baisse de 6,4 %. Ce mouvement repose essentiellement sur la TVA dite « interne ». « La TVA immobilière et les restitutions, quant à elles, sont stables par rapport au Budget Primitif 2026 », indique le Gouvernement. Les recettes de l’impôt sur les bénéfices diminueraient également de 29,8 millions d’euros, soit 10,3 %. Une prévision qui reste tributaire des résultats des entreprises : les encaissements sont essentiellement constitués d’acomptes calculés sur les bénéfices de 2026, « non connus à ce jour », rappelle l’exposé des motifs. À l’inverse, les droits sur les transactions juridiques progresseraient de 40,1 millions d’euros, soit 17,8 %, dont 34 millions supplémentaires pour les droits de mutation. Les produits et revenus du domaine de l’État atteindraient quant à eux 499,3 millions d’euros (+6,9 %). Cette progression repose notamment sur les produits de cession, majorés de 59,7 millions.
Le fonctionnement poursuit sa hausse
Les dépenses de fonctionnement atteindraient, elles, 918,7 millions d’euros, soit 48 millions supplémentaires (+5,5 %). A noter que les dépenses de personnel augmenteraient de 32,2 millions, sous l’effet des traitements et des charges sociales, notamment des retraites et des prestations médicales. Les interventions publiques représenteraient 564,3 millions d’euros (+4 %). Parmi les postes renforcés figurent le soutien aux établissements publics comme le CHPG et l’aide publique au développement, dotée de 38,2 millions d’euros. Cette dernière enveloppe comprend 500 000 euros supplémentaires pour les actions climatiques, « pour satisfaire aux engagements internationaux de Monaco vis-à-vis de l’Accord de Paris ».
L’investissement évolue au rythme des chantiers
Le logement reste la première priorité affichée. Le Gouvernement prévoit d’y consacrer environ 280 millions d’euros en 2027, soit près de 15 % des financements mobilisés par l’État, selon le Ministre d’État. Un effort présenté comme un « contre-point des impatiences qui peuvent être exprimées par certains sur ce sujet », selon le Ministre d’État Christophe Mirmand, qui a promis de mieux programmer les investissements et identifier chaque opération « en coût complet ».
Les dépenses d’équipement et d’investissement affichent en tout 856,2 millions d’euros, en hausse de 7,8 % sous l’effet du transfert comptable du CTVD. Le projet de budget prévoit ainsi 38,1 millions d’euros pour les rames TER, 17,2 millions pour le socle Charles III, 34,6 millions pour l’îlot Pasteur, ou encore 10 millions pour le centre commercial de Fontvieille. Le numérique représenterait 68,7 millions d’euros de crédits d’équipement, dont 4,5 millions pour une opération dédiée à l’intelligence artificielle.
Un dialogue institutionnel sous tension
Le projet de budget primitif 2027 arrive dans un climat politique tendu. À l’heure où nous bouclons ces lignes, c’est le budget rectificatif 2026 qui reste en attente d’adoption, après l’interruption des débats du 7 octobre. Une séquence qui a cristallisé les désaccords entre gouvernement et Conseil national sur le logement, la priorité nationale et plusieurs grands projets (dont le centre commercial de Fontvieille ou le CTVD). L’ensemble des élus a alors décidé de suspendre la première séance budgétaire, Thomas Brezzo dénonçant « le ton condescendant employé, l’inflexibilité totale sur tous les sujets, le manque de considération pour l’assemblée », ou encore « un immobilisme généralisé ».
Jean-Louis Grinda fustige, lui, « une dérive autoritaire de l’État ». « Fermer à double tour les portes sur tous les sujets, ce n’est pas acceptable », lance-t-il, avant de mettre en regard le discours tenu à Strasbourg une semaine auparavant et les échanges avec les élus : « On ne peut pas […] tenir certains propos sur la démocratie, sur les députés, l’État de droit devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg, et aujourd’hui nous faire comprendre que nous sommes quantité négligeable. »
*Les montants de recettes et de dépenses du projet de budget 2027 intègrent un mouvement comptable exceptionnel de 150 millions d’euros lié à la clôture du compte de dépôt consacré au Centre de traitement et de valorisation des déchets. Ce transfert augmente les deux colonnes sans modifier l’excédent.
Milena Radoman
