Certaines sociétés monégasques comme Telis vivent au rythme des épreuves automobiles. Le groupe assure le support technique des infrastructures réseaux du Grand Prix de F1. Temps forts, coulisses, retombées… Le président délégué du groupe Thierry Leray raconte.
Depuis une quinzaine d’années, Telis gère les infrastructures télécoms, réseau et informatiques de l’Automobile Club de Monaco lors du Grand Prix. Que recouvre concrètement cette mission ?
Nous nous occupons de toute la partie réseau informatique : fibre optique, Wi-Fi, téléphonie, équipements réseau, stockage et sécurisation des données. Cela concerne aussi bien les bâtiments permanents de l’Automobile Club que les installations temporaires mises en place pour le Grand Prix.
Les stands de la Direction de course constituent-ils un défi particulier ?
Oui, parce qu’ils sont entièrement montés puis démontés chaque année. Lorsque les nouveaux stands ont été construits, nous avons développé une solution permettant de prééquiper chaque module avec ses connexions réseau. Ainsi, lorsque les modules sont assemblés, nous n’avons plus qu’à raccorder les fibres optiques entre elles grâce à des connecteurs spécifiques. Cela permet un montage rapide sans avoir à refaire toute l’installation chaque année.
Le Grand Prix représente-t-il un défi particulier en matière de trafic réseau ?
Oui, mais il faut distinguer le réseau privé que nous gérons et le trafic Internet mondial, qui relève de l’opérateur télécom. Nous maîtrisons parfaitement nos infrastructures internes. Les plus fortes sollicitations proviennent essentiellement des journalistes qui envoient des photos et des vidéos vers leurs rédactions partout dans le monde.
L’infrastructure garantit une connectivité haut débit, sécurisée et stable, adaptée aux fortes contraintes de trafic et aux besoins médias en temps réel. Nos équipements sont dimensionnés pour absorber ces pics d’activité. Les cœurs de réseau centralisent l’ensemble des connexions du Media Center et assurent la connectivité des photographes, journalistes, des équipes de l’ACM, de la FIA ainsi que des différents services opérationnels présents sur l’événement. En tout, cela représente environ 1300 personnes. Mais aussi, côté technique, 50 bornes partagées entre la Direction de Course et le Media Center avec 3 contrôleurs Wifi, 6 accès Gigabits internet opérateur, 1 accès internet de secours par satellite, 7 Firewalls sécurité, 5000 mètres de câbles de cuivre ou encore 2000 mètres de Fibre…
Les besoins augmentent-ils avec la vidéo et les réseaux sociaux ?
Oui, naturellement. Les photos sont de plus en plus lourdes, les vidéos toujours plus nombreuses et les contenus doivent être diffusés en temps réel. Cela dit, les infrastructures ont été prévues pour accompagner cette évolution. Aujourd’hui, nous utilisons environ 70 % de la capacité de nos équipements, ce qui nous laisse encore une marge confortable. Lorsque cela devient nécessaire, nous pouvons augmenter les capacités grâce à des extensions techniques.
Quels sont les moments les plus sensibles ?
Le départ du Grand Prix est probablement le moment le plus critique. Quelques secondes avant l’extinction des feux et immédiatement après le départ, les photographes envoient leurs images aux agences de presse du monde entier. À ce moment-là, une interruption du réseau serait extrêmement problématique. C’est pourquoi nous avons mis en place des mécanismes de redondance, des systèmes de secours et une surveillance permanente. Il n’y a pas de place pour l’erreur. C’est ce qui rend l’exercice motivant et passionnant.
Avez-vous déjà connu des incidents majeurs ?
Non. Nous avons parfois rencontré des situations particulières, comme des journalistes équipés de matériels utilisant des connectiques devenues obsolètes, mais les problèmes ont toujours été résolus rapidement. Il y a également eu, il y a plusieurs années, quelques perturbations liées à des réseaux Wi-Fi privés d’écuries configurés avec une puissance trop importante. Après concertation, les réglages ont été ajustés et tout est rentré dans l’ordre.
Gérez-vous également les réseaux des écuries ?
Non. Chaque écurie dispose de ses propres infrastructures de communication pour ses échanges stratégiques, ses données techniques et les communications entre les pilotes, les ingénieurs et les mécaniciens. Nous intervenons uniquement sur les réseaux mis à disposition par l’Automobile Club de Monaco pour le fonctionnement global de l’événement.
La cybersécurité constitue-t-elle un enjeu particulier pendant le Grand Prix ?
Comme sur toute infrastructure moderne, la cybersécurité fait partie intégrante du dispositif. Nous surveillons en permanence les tentatives d’intrusion et les comportements anormaux grâce à des outils spécialisés. Des tentatives existent continuellement, comme partout ailleurs. La différence est qu’elles n’aboutissent pas. Notre priorité est de garantir la disponibilité des services et d’empêcher toute tentative de perturbation des infrastructures.
Que représente le Grand Prix pour Telis en terme économique ?
Le chiffre d’affaires généré par les prestations liées à l’ACM et à ses événements est d’environ 150 000 euros par an. Nos équipes sont présentes sur l’ensemble des plages horaires du GP, de l’ouverture à la fermeture NON STOP. Au-delà de l’aspect économique, c’est surtout une formidable vitrine technologique et humaine.
En plus de la Formule 1, nous accompagnons également l’Automobile Club de Monaco sur le Rallye Monte-Carlo, le Rallye Historique et d’autres manifestations.
Vous êtes également commissaire de piste depuis 28 ans. Quel regard portez-vous sur cette aventure ?
C’est avant tout une passion. J’ai connu plusieurs générations de pilotes et vécu d’innombrables moments forts. Mais ce qui me marque le plus, c’est l’esprit de famille qui règne au sein de l’Automobile Club de Monaco. Le Grand Prix repose sur des centaines de bénévoles, de commissaires et de professionnels qui travaillent ensemble dans le même objectif. Après vingt-huit ans, c’est toujours le même plaisir et la même fierté de participer à cette aventure.
Milena Radoman