La rénovation du centre commercial de Fontvieille en 2028 laisse de nombreux commerçants sur le carreau.
« Nous sommes désorientés, fatigués, avec l’impression d’être menés en bateau… » C’est dans ces termes que Philippe Clérissi, Président du GIE du Centre Commercial de Fontvieille, dépeint l’état d’esprit des commerçants. Et on le comprend. Au cœur de la Principauté, le CCF, inauguré en 1992, est devenu le symbole d’un projet d’aménagement interminable. L’agrandissement a été imaginé dès 2002, abandonné puis repris en 2008, confié en 2018 à Socri Reim (qui a géré le Polygone Riviera), avant d’être finalement revu à la baisse en 2023… « Cela fait 17 ans et on ne sait toujours pas de quoi demain sera fait. Seize millions ont été dépensés pour des études, vingt-deux pour les cabinets d’architectes. Et nous, nous n’avons toujours aucune visibilité », déplore Philippe Clérissi. Cerise sur le gâteau : alors que des entretiens avaient été menés en 2023 par l’administration des Domaines pour organiser un relogement dans le futur centre, il a été décidé que seuls Carrefour et la pharmacie de Fontvieille – autorisés à rester pendant les 3 ans de chantier – soient reconduits automatiquement. Un appel à candidatures est prévu pour les autres… Les commerçants, contraints à cesser leur activité et à licencier leurs salariés (environ 200 en tout !), seront indemnisés.
Lors des séances budgétaires, le Conseiller de Gouvernement-Ministre de l’Economie et des Finances, Pierre-André Chiappori, a annoncé qu’une enveloppe d’environ 10 millions d’euros serait allouée aux commerçants avec des indemnisations calculées d’après une méthode complexe et unique.
Plutôt que de verser des indemnisations forfaitaires, l’État monégasque a choisi de calculer l’aide en fonction de la moyenne du chiffre d’affaires de la période 2022 à 2024, pondérée à un taux dégressif selon 3 tranches par fraction de de chiffre d’affaires (1,80%, 0,90% et 0,45%) suivant le nombre d’années d’exploitation du commerce depuis 2015, date de l’annonce du projet. Une aide pour amortir les investissements réalisés par les commerçants au cours des dix dernières années est également prévue (1 000 € d’investissement par m² est pris comme base de calcul, amortie linéairement sur dix ans). L’administration a proposé une réduction de moitié des redevances locatives à compter du 1er janvier 2026 ainsi qu’une prime de soutien social de 10 000 € par tranche de 25 m² de surface commerciale pour accompagner les aspects sociaux et humains.
Une méthode et des chiffres qui n’ont pas vraiment convaincu les conseillers nationaux dont certains ont rappelé la responsabilité des politiques dans la situation actuelle du centre commercial de Fontvieille. Dans l’hémicycle, les réactions ne se sont pas fait attendre : « Je suis une libérale, mais quand j’entends parler de 10 millions d’euros, alors que ça fait à peu près sept heures qu’on balance des centaines de millions d’euros à droite et à gauche pour diverses choses. Là on parle de gens qui ont investi dans leur pays, qui ont généré de la TVA, qui ont embauché du personnel, j’ai un peu de mal… ça me choque. A situation exceptionnelle que nous avons créée … solution exceptionnelle, c’est ce que je demande au Gouvernement » commentait Mme Pasquier-Ciulla. Selon M. Palmaro, la seule question à se poser est simple : est-ce qu’avec ces indemnisations les commerçants auront assez pour régler les licenciements et partir avec une somme décente ?
Pour Philippe Clérissi, les conditions sont effectivement loin de satisfaire les commerçants.