Suivi renforcé de Moneyval, liste grise du Gafi, liste des pays à haut risque en matière de blanchiment de l’Union européenne… Depuis début 2023, Monaco enchaine les évaluations… et les listes.
« C’est difficile de croire que dans un pays où il y a tellement de richesses, avec un centre financier important et très ouvert à l’international, il n’y a pas de blanchiment. » Cette analyse d’Irina Talianu, cheffe de l’unité évaluations de Moneyval et responsable de la mission à Monaco en 2022, résume bien la logique qui a conduit au rapport négatif du l’organisme anti-blanchiment du Conseil de l’Europe sur la Principauté publié début 2023.
À l’issue d’une évaluation conduite sur place en février-mars 2022, Moneyval pointe un écart persistant entre le dispositif anti-blanchiment monégasque et sa mise en œuvre concrète. Faible nombre de poursuites et de condamnations, confiscations marginales, sanctions jugées peu dissuasives et supervision inégale de certains secteurs à risque. Par exemple, entre 2017 et 2021, 192 enquêtes pour blanchiment ont été ouvertes en Principauté, mais seules 19 poursuites ont été engagées… Pour Moneyval, ce décalage ne correspond pas au profil d’exposition d’un centre financier international concentrant des flux patrimoniaux élevés. A titre de comparaison, le Liechtenstein affichait alors près de dix fois plus de condamnations pour blanchiment !
L’épreuve de l’effectivité
Moneyval pointait alors aussi des défaillances dans la supervision de certains secteurs, notamment les casinos, les bijoutiers, l’immobilier et les sociétés civiles, ainsi qu’un manque de ressources humaines et technologiques au SICCFIN, la cellule de renseignement financier monégasque – qui sera transformée en Autorité monégasque de surveillance financière. Ce constat entraîne le placement de Monaco sous suivi renforcé, une procédure classique mais engageante, obligeant la Principauté à démontrer rapidement des progrès mesurables.
C’est sur cette base que le GAFI, en juin 2024, décide d’inscrire Monaco sur sa liste grise, malgré une nouvelle évaluation positive de Moneyval. Et ce même si entre temps Monaco a dopé son arsenal anti-blanchiment, avec un train de réformes législatives, dès 2023, favorisant l’entraide judiciaire internationale, la saisie et la confiscation des avoirs criminels, ainsi que le renforcement des pouvoirs et des moyens de supervision. Un Plan d’action national LBC/FT, piloté au plus haut niveau de l’État, a été mis en œuvre pour répondre point par point aux recommandations de Moneyval.
Le GAFI reprend les griefs centraux de Moneyval : manque de résultats concrets en matière de poursuites, confiscations encore limitées, ressources institutionnelles jugées insuffisantes au regard de l’ampleur des flux financiers, et nécessité d’une meilleure priorisation des risques. Et fixe un calendrier avec les lacunes à combler pour une sortie en 2026.
Dès lors, on s’attendait à une inscription dans la foulée de Monaco sur la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent de l’Union européenne, conséquence mécanique de son maintien sur la liste grise du GAFI. Le verdict ne tombera qu’un an après, en… juin 2025. Bruxelles s’appuie explicitement sur les évaluations internationales existantes pour imposer aux acteurs financiers européens des obligations de vigilance renforcée vis-à-vis des juridictions concernées. Une annonce qui intervient en même temps que le retrait des Émirats arabes unis (EAU) de sa liste des pays “à haut risque”, notamment en raison des lourdes sanctions infligées par les autorités (par exemple 200 millions de Dh contre une maison de change pour de graves violations.) Et ce alors que la commission d’enquête parlementaire française sur le narcotrafic a qualifié il y a peu Dubaï de paradis de blanchiment pour les trafiquants…
A l’occasion de sa dernière Assemblée Plénière du Gafi, qui s’est déroulée fin octobre 2025 à Paris, le GAFI a adopté le deuxième rapport de progrès soumis par la Principauté de Monaco.
Prenant en compte les mesures prises par la Principauté pour améliorer son dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme : l’augmentation des demandes internationales pour identifier et, le cas échéant, saisir des biens d’origine criminelle à l’étranger, le renforcement des moyens humains et techniques de l’Autorité Monégasque de Sécurité Financière (Cellule de Renseignement Financier), l’effort au niveau du Parquet Général avec le recrutement de trois magistrats, dont deux affectés au nouveau pôle économique et financier…. Un bon signe pour une sortie en 2026 ?
Monaco et les précédents internationaux
Monaco a déjà connu, par le passé, une inscription sur une liste noire de l’OCDE en 2009, dans le cadre de la lutte contre les paradis fiscaux non coopératifs. La Principauté avait été retirée de cette liste quelques mois plus tard, après s’être engagée à respecter les standards internationaux de transparence fiscale. Monaco intègre la liste blanche de l’OCDE affichant alors des accords de transparence fiscale avec 12 pays : Andorre, l’Autriche, les Bahamas, la Belgique, les Etats-Unis, la France, mais aussi, le Liechtenstein, le Luxembourg, Qatar, Samoa, Saint-Marin et Saint Kitts.
Chronologie – Monaco et la surveillance internationale LBC/FT
- Février–mars 2022 : mission d’évaluation Moneyval à Monaco
- Janvier 2023 : publication du rapport Moneyval – placement sous suivi renforcé
- 2023 : adoption par Monaco d’un Plan d’action national LBC/FT
- Juin 2024 : inscription de Monaco sur la liste grise du GAFI
- Décembre 2024 : Moneyval salue des « progrès significatifs »
- Juin 2025 : inscription sur la liste européenne des pays à haut risque
- 2026 (objectif annoncé) : sortie de la liste grise du GAFI, sous réserve de résultats probants