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Castellini - Principaute de Monaco

« Le Fonds de Réserve se transforme graduellement en Fonds Souverain »

Évolution de la place bancaire et du Fonds de Réserve, création de marchés financiers, univers des cryptomonnaies, ICO monégasques… Le Conseiller de Gouvernement-Ministre des Finances et de l’Économie Jean Castellini balaie l’actualité financière.

PLACE FINANCIERE

Au deuxième trimestre 2022, le montant des actifs bancaires était de 141 milliards deuros, en hausse de 1,9%, malgré un impact négatif des effets de marché. Comment jugez-vous l’évolution de la place bancaire monégasque depuis quelques années (concentration des acteurs, attraction de nouveaux acteurs de premier plan comme Goldman Sachs, développement de hedge funds, private equity) ?

Le calcul du PIB 2021 de Monaco montre encore toute l’importance des activités bancaires, financières et d’assurance. Il s’agit du deuxième contributeur avec 1,168 milliard d’euros (soit une hausse de 7,1% par rapport à 2020).  En 2022, il y a eu certes un impact négatif de l’effet marché, alors que cet effet avait été positif ces dernières années, tant au plan de la collecte et du comportement des bourses internationales. Mais la place reste attractive comme le prouve l’installation des grands noms de la finance internationale tels Pictet ou encore récemment, Goldman Sachs. L’intérêt des grandes maisons s’explique par le poids de plus en plus important des actifs des résidents monégasques (on tend aujourd’hui vers la parité). Or, la clientèle fortunée a désormais un recours plus systématique à des acteurs implantés à Monaco.

Vous prônez un développement des hedge funds et du private equity en Principauté depuis des années. Où en est-on?

Ma vision n’a pas changé. Au niveau du capital investissement, la Principauté n’occupe pas encore la place qu’elle devrait avoir. Notre objectif est aujourd’hui de nous positionner comme l’endroit où les personnes en charge des décisions d’investissement peuvent s’implanter. Pour des raisons d’exiguïté du territoire, nous pouvons difficilement concurrencer Dublin et Luxembourg pour la gestion d’actifs et notamment le capital investissement. Mais si Monaco n’a pas vocation à attirer les équipes techniques et administratives, nous pouvons attirer les compétences managériales et les décideurs. Les clientèles fortunées, qui veulent investir dans les nouvelles technologies ou dans la finance durable – axes de développement de la Principauté, NDLR -, doivent se voir offrir des produits et des services dans le domaine du capital investissement/private equity. C’est un cercle vertueux: plus vous avez de clients intéressés dans le développement durable et plus vous avez de clients intéressés par le capital investissement, plus nous pourrons avoir d’acteurs dans ces secteurs qui s’implanteront en Principauté!

FONDS DE RESERVE CONSTITUTIONNEL

Quels sont les derniers chiffres du FRC? A-t-il pâti cette année de la crise énergétique et de la volatilité des marchés? Quel est aujourdhui le pourcentage de la finance verte dans le FRC?

Aujourd’hui, le FRC compte environ 2,5 milliards d’avoirs liquides et le pourcentage d’investissements en placements durables est supérieur à 50%, dont 20 à 25% de la partie liquide placée en capital investissement! Rappelons qu’il y a 10 ans, nous étions à 0! Ce taux nous rapproche de certains fonds, notamment des structures des grandes universités américaines qui privilégient depuis longtemps le capital investissement.

A côté de ces investissements en private equity (majoritairement dans les nouvelles technologies et dans le développement durable), le FRC a 25% à 30% investis dans des actifs plus traditionnels et plus liquides (actions, obligations, etc.) en stratégie durable. Notre objectif est de tendre un jour vers 100%. Nous sommes partis de deux fonds gérés par la CMB et le CFM, Ecoplus et MEDD, avec quelques dizaines de millions d’euros investis dans le développement durable et dans lequel le FRC était un investisseur historique et majoritaire. Nous sommes passés à plus d’un milliard d’euros investis en placements durables très liquides ou en capital investissement (durée moyenne de 7 à 10 ans), avec une stratégie ESG qui met l’accent sur le E, l’environnement (vert et bleu). L’accent doit être désormais mis davantage sur une stratégie S et G, misant sur des valeurs d’inclusivité, d’égalité hommes femmes, et de respect des droits humains. L’ESG doit se décliner sur tous les segments.

Concrètement, le FRC investira dans des entreprises qui ont une forte stratégie RSE et ne font pas de greenwashing?

Les entreprises ne doivent pas seulement afficher des valeurs RSE mais être capables de les démontrer! Cela a encore été rappelé à la COP27: “aucune tolérance pour le greenwashing sur la neutralité carbone”, a mis en garde Antonio Guterres et des « lignes rouges » contre le greenwashing des acteurs privés ont été tracées, ce qui intéresse les États et les investisseurs. Il faut proposer davantage de transparence et de preuves que l’objectif poursuivi est réalisé et non pas seulement espéré. De la même manière, il faudra lutter contre les pratiques de « social washing ».

Le FRC pourrait alors être transformé en Fonds Souverain?

Il est clair que de sa vocation historique de réserve, le FRC doit évoluer et a déjà évolué. Il peut devenir le bras armé d’une politique économique, financière et environnementale qui corresponde aux objectifs fixés par le Souverain. Alors que le budget finance les investissements basés en Principauté, le FRC peut financer tout ce qui se fait en dehors de nos frontières. C’est une vocation qu’il n’avait pas historiquement mais aujourd’hui, la façon dont il est investi fait qu’il se transforme naturellement et graduellement en Fonds Souverain. Notons qu’un certain nombre de tels fonds (Norvège, Qatar par exemple NDLR) sont très dépendants des énergies fossiles. Nous, nous n’avons pas de Fonds Souverain alimenté par des énergies fossiles. Avec nos stratégies durables, nous sommes doublement vertueux.

Le FRC n’a donc pas trop pâti de la volatilité des marchés?

Non grâce à sa diversification toujours plus importante. Aujourd’hui, nous suivons environ une cinquantaine de lignes, avec des fonds diversifiés (qui ont recours essentiellement à des actifs liquides du type actions et obligations investies sur les marchés internationaux) mais aussi des stratégies spécialisées, sur des classes d’actifs bien précises (notamment un fonds 100% investi dans les Midcap « vertes »). Nous voyons à quel point, dans une année comme 2022, il y a un intérêt à recourir au capital investissement en terme d’amortissement des chocs, grâce au rendement décorrélé des marchés qu’on en retire.  Le FRC a également une stratégie dans le domaine des hedge funds qui joue son rôle d’amortisseur en 2022 et délivre une rentabilité positive contrairement aux stratégies liquides soumises aux aléas des marchés.

MARCHES FINANCIERS/CRYPTOACTIFS

Pourquoi ny a-t-il pas de bourse à Monaco? Est-ce seulement une question de taille du pays?

La taille du territoire est un obstacle. Mais ce n’est pas la seule raison: les accords franco-monégasques ou la convention Euro font que pour avoir des acteurs dans le domaine boursier en Principauté, il faudrait transposer en droit interne un certain nombre de règlements et directives européens. Ce serait un exercice long et compliqué. Il faut se poser la question de ce que cela pourrait apporter financièrement et économiquement, et a contratrio de ce que cela pourrait requérir en terme d’adaptation de la législation et de lourdeurs induites pour les services administratifs et législatifs.

Lutilisation conjointe du cloud et des cryptoactifs pourrait-elle faire émerger à Monaco un micro marché financier comme le souhaitent certains?

Ce serait la même problématique. La France et l’UE attachent une grande importance à ce que la législation monégasque soit conforme aux meilleurs standards. Nous avons démontré une agilité pour adapter notre législation en matière d’innovation financière, de cryptoactifs et de métavers. Mais il faut peser en permanence l’équilibre entre rentabilité et risque. Au-delà de l’image innovante de Monaco, qui est essentielle, les risques réputationnels sont importants. En terme d’écosystème, on peut incuber des fintech au sein de MonacoTech mais quel rôle peut-on jouer de manière réaliste? Nous échangeons actuellement sur ces questions avec des résidents entrepreneurs qui ont été actifs dans ce domaine et sont disponibles pour nous aider à avancer sur ce sujet. Ils nous aident à réfléchir à ce qui a marché ailleurs et ce qu’on peut mettre en œuvre.

Le FRC a-t-il franchi le pas et investi dans les crypto?

Non car pour moi, cela reste une stratégie d’une forte volatilité, comme les derniers mois [et la récente faillite de FTX] l’ont démontré. Dans le portefeuille d’un client privé HNW, où le play money va de 2 à 10% du portefeuille, c’est risqué mais pourquoi pas avoir un investissement en cryptodevises surtout si cet investissement est décorrélé des autres classes d’actifs, un peu comme l’or. Pour un investisseur institutionnel, en revanche, la stabilité doit prévaloir, donc l’investissement dans ce type de placements ne me semble pas conseillé. D’autant qu’il n’est plus autant décorrélé des autres actifs que par le passé. Un investisseur institutionnel cherche avant tout la décorrélation et la diversification, en plus de la performance et des objectifs sociaux et environnementaux.

Faut-il transposer la réglementation bancaire au monde des cryptomonnaies ?

C’est un préalable indispensable. Je vois les travaux des régulateurs en Europe. (En France, l’AMF, l’Autorité des Marchés Financiers, a publié des informations sur les précautions à prendre avant d’investir dans les cryptoactifs. De nouvelles règles doivent s’appliquer début 2024 pour mieux protéger les épargnants européens contre les arnaques et donner un cadre légal et de supervision aux prestations de service sur les actifs numériques, NDLR).

Je pense, comme la nouvelle présidente de l’Autorité des Marchés Financiers, Mme. Marie-Anne Barbat-Layani, qu’il faut améliorer le volet informations et le volet sanctions. Les cryptomonnaies ne sont pas des stratégies adaptées à tous et à toutes. Il doit y avoir une formation des épargnants, des prestataires, des promoteurs de produits ou de services, etc. Mais aussi une réglementation stricte pour sanctionner les manquements dans l’information du client, dans la proposition de stratégies inadaptées en fonction des objectifs de risque d’un client… Il y a une pesée entre l’innovation et la recherche d’un profit rapide et important. Il ne faut pas laisser penser que les arbres montent au ciel! Une des principales forces de rappel est la corrélation. Au-delà des dommages réels sur l’environnement liés la création de cryptomonnaies, il y a une logique purement financière: si un actif conserve une forte volatilité mais est davantage corrélé à des stratégies qui le sont moins, il perd de son attractivité. Encore faut-il que l’épargnant en soit conscient! On a vu la limite des fonds alternatifs notamment dans l’affaire Madoff. On s’oriente dans le domaine des cryptos vers une évolution de ce type.

Du côté monégasque, une ordonnance souveraine complètera bientôt la législation sur les volets contrôle et sanction.

Le Gouvernement souhaitait attirer des entreprises via les ICO (Initial Coin Offering), au service de sociétés liées par exemple à l’économie verte ou à la santé. Le réalisateur Luc Jacquet a ainsi pu bénéficier de la première ICO. L’objectif était  une dizaine dopérations de 30 а 50 millions deuros par an et la création de 100 à 150 emplois avec les entreprises qui s’installent. Où en est-on?

Nous nous sommes rendus compte, dans ce dossier comme dans d’autres, que les investisseurs préféraient pour le moment privilégier des modalités de placement plus traditionnelles. Même dans le domaine du capital investissement où l’innovation est la norme, ils préfèrent utiliser des devises comme l’euro ou le dollar par rapport à l’émission de jetons. L’enthousiasme assez fort qui s’était manifesté avant la crise du Covid n’est pas reparti de la même manière. Surtout avec une année 2022 marquée par le redémarrage de l’inflation, la remontée des taux et un environnement financier international perturbé par la crise en Ukraine, les investisseurs sont moins aptes à innover pour soutenir certains projets. Le recours aux ICO et STO est donc moindre. Tout cela conserve son intérêt. Mais certains excès passés ne se reverront pas, et c’est une bonne chose.

Propos recueillis par Milena Radoman

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